Rue Sarrette

Nous vous avions laissé sur un paisible quai de gare à Caudéran à profiter de la douceur du soleil hivernal … Depuis, les éléments se sont déchainés, la Garonne a craché son trop-plein sur nos berges, et Excel nous a fait passer de l’autre côté de la gare… mais cette fois-ci la vraie, la grande : la Gare Saint-Jean. Et l’autre côté, oui c’est bien Belcier, quartier plein de mythes, de préjugés et de fantasmes bordelais.

Rue_sarrette

Pour nous c’est près de la place Ferdinand Buisson, rue Sarrette, que tout commence.

P1030639

Pour ceux qui veulent sortir de l’image basique du quartier « putes (NDLR : ça c’est juste pour notre référencement, on sait que c’est un mot-clé qui cartonne sur Google) – marché de gros – friches industrielles » on vous conseille les itinéraires de ballades patrimoniales publiés par nos sérieux collègues de Bordeaux 2030. On rappellera simplement que nous sommes là dans une des zones historiquement industrielle et ouvrière de la ville. Proximité de la Garonne puis de la gare aidant, de nombreuses industries se sont installées dans le quartier dans la seconde moitié du XIXème siècle. Au XXème siècle le Marché d’Intérêt National de Brienne (sorte de Rungis aquitain) viendra compléter le paysage, et le bruit des camions s’ajoutera à celui des trains.

Avec l’industrie, viennent également les ouvriers. Ceux-ci se logent souvent à proximité, et c’est un véritable quartier d’habitation qui se développe à Belcier. La place Ferdinand Buisson l’illustre encore parfaitement, avec ses allures de place de village où convergent plusieurs rues plantées d’échoppes et autres maisons ouvrières.

A droite : l'école Ferdinand Buisson. Au fond : la place du même nom.

A droite : l’école Ferdinand Buisson. Au fond : la place du même nom.

La rue Sarrette est justement l’une de ces rues. A l’angle de la place, elle accueille une école et un dépôt de pain fermé. Dans l’axe, de petites échoppes sont alignées. Mais le passé n’est pas éternel, et quelques mètres plus loin pointent déjà des immeubles modernes, visiblement bâtis il y a une dizaine d’années pour accompagner le tramway venu s’implanter dans ce quartier longtemps délaissé.

 P1030638

P1030640

Les passants nous confirment qu’avant, la rue avait une vocation industrielle et artisanale affirmée : Outibat qui a aujourd’hui déménagé à deux pas de notre première rue explorée, une casse automobile, les transports Ducros, la verrerie Domec située sur l’actuelle emprise du tramway… C’était des centaines d’ouvriers qui travaillaient et vivaient dans le secteur. Mais voilà, en vingt ans tout a changé : les entreprises ont fermé ou sont parties en périphérie, et les immeubles modernes du nouveau Belcier ont poussé.

Deux époques se côtoient.

Deux époques se côtoient.

Le tram, sur le terrain de l'ancienne verrerie.

Le tram, sur le terrain de l’ancienne verrerie.

Le tramway est même venu couper en deux la rue Sarrette : sur une dizaine de mètres de large, sur l’emprise foncière de la verrerie disparue en 1992, l’allée Eugène Delacroix offre une percée très hausmanienne au bolide de la TBC, percée le long de laquelle on remarque quand même l’îlot Armagnac, ensemble architectural moderne plutôt audacieux, bien que son esthétique suscite le débat jusqu’au sein de l’équipe de Bordeaux 2066.

Le Belcier contemporain

Le Belcier contemporain

Notre rue ne s’arrête pas avec le tramway. Elle le traverse et poursuit son chemin quelques dizaines de mètres plus loin, mais dans un environnement intégralement moderne : plus de maisons ouvrières, plus de passé industriel visible… On pourrait même oublier qu’à deux pas de là était installée il y a encore peu de temps la célèbre boite de nuit / salle de concert du 4 Sans, en lieu et place du siège du bailleur social Gironde Habitat. 

Et les habitants dans tout cela ? Se faisant discrets lors de notre déambulation, on rencontre quand même la pharmacienne, installée depuis quelques années et qui trouve le quartier plutôt calme, en tout cas pas aussi « chaud » que certains le pensent. Les prostituées, la drogue … bien sur il y en a toujours, mais moins qu’avant quand « les filles faisaient n’importe quoi ».

Selon certains leur présence est tout de même fluctuante. Gigi, restauratrice bien connue de Vinjo et qui vit à Belcier nous le confirme : « Bordeaux c’est patrimoine mondial de l’Unesco, mais ce quartier on ne le montre jamais. Il n’y a qu’en ce moment que c’est calme, c’est les élections. Pendant les élections, elles disparaissent, après elles reviennent toujours plus nombreuses. »

Les prostituées à Belcier, un patrimoine intangible ? Vaste débat … en tout cas Gilles nous confirme qu’elles sont bien présentes : « une tous les trois mètres le soir » et parfois violentes (agression à coup de talons aiguilles semble-t-il). Gilles, qui est il ? Il est le dernier fier représentant de la vocation industrielle de la rue Sarrette. Gilles est le patron de Sodigraf, entreprise familiale d’agrafage professionnel (bah quoi, vous n’agrafez jamais rien vous ?) créée par ses parents en 1966. Enfant du quartier, il l’a vu changer, évoluer, et pas toujours en bien selon lui. C’est en tout cas grâce à son accueil et sa générosité que nous avons appris tant de choses sur le quartier, et nous l’en remercions. Rien à dire, ce vendeur d’agrafes nous a scotché !

Farces et agrafes.

Farces et agrafes

Gilles devant sa boutique

Gilles devant sa boutique

Malgré toutes ses qualités, Gilles n’a pas encore la Licence 4. C’est donc à la Brasserie de Belcier que nous terminons notre exploration. Ancien « tripot de quartier un peu louche » (dixit plusieurs riverains) le restaurant a été entièrement retapé par Pascale et Véronique pendant un an, et le résultat est magnifique. Elles servent de bons petits plats à une clientèle d’habitués dans une ambiance sympa et décontractée. On y savoure un filet mignon tout en sirotant notre traditionnelle bière de fin d’exploration (Goudale pression, assez rare pour être signalé).

20140212_125242

En regardant la place, et avec un peu d’imagination, on peut imaginer les grandes heures industrielles de Belcier, quand le va-et-vient des camionnettes n’annonçait pas des relations sexuelles tarifées. Et sur un petit air de Bouga, nous improvisons ceci :

« Tout part et Sarrette ici

Tu contestes ? Prépare ton testament gars.

Belcier, fleuron des quartiers bordelais

Coincé entre la gare et les quais …

Belcier Breakdown »

Gageons que depuis là où il est, Bernard Sarrette, Bordelais fondateur du Conservatoire de Paris, saura apprécier. A bientôt pour la 21ème rue.

Advertisements

3 réflexions sur “Rue Sarrette

  1. Je souhaite juste apporter une petite précision. Le 4 sans a fait place à la résidence Les souffleurs (bâtiment jaune bardage bois). Le siège social du bailleur Gironde Habitat (bâtiment rouge) est situé juste à côté… mais vous en parlerez sûrement lors de votre exploration de la rue d’ Armagnac

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s