Rue Fénelon

Excel blagueur, Excel farceur. Alors que pour notre 22ème rue nous avons l’honneur d’être accompagnés par Tim Pike – auteur de ce très bon blog anglophone sur Bordeaux – le logiciel se montre espiègle et nous envoie dans une rue faisant … moins de 50 mètres de longueur, 43 mètres pour être précis.
Traître, fourbe, félon le logiciel ? Non Fénelon plutôt. Car c’est bien rue Fénelon, en plein cœur du Triangle, là où vivent des gens carrés, que nous partons en exploration. On notera pour la petite histoire que Fénelon est un habitué des rues courtes, puisque celle de Paris ne mesure que 80 mètres.

RueFenelon

Une fois sur place, il faut le constater : 43 mètres, c’est très court. Pour vous donner une idée, cela correspond à peu près à la largeur d’un cinéma, puisque justement tout un côté de la rue est occupé par les portes de sortie des salles du CGR Le Français.
On vous aurait bien raconté l’histoire du Français, salle historique de Bordeaux, plus grand écran d’Europe pendant quelques temps (Bordeaux aime collectionner les records d’Europe), mais l’adresse officielle de la salle étant rue Montesquieu, nous restons fidèles à nos principes pour nous concentrer sur la rue du jour.

La rue Fénelon dans son intégralité.

La rue Fénelon dans son intégralité.

Le CGR Français, côté pile.

Le CGR Français, côté pile.

La rue est belle, la pierre blonde montre toute sa gamme de couleurs avec le soleil un peu capricieux du mois de mars. Pas de doute, on est en plein cœur du Bordeaux bourgeois et classieux, proche des boutiques de luxe et des grands noms du négoce. Luxe, noblesse et élégance au programme de nos 43 mètres ? Allons vérifier cela.

L’enquête commence chez Bob Corner où nous sommes accueillis par David, qui vend ici tout un tas de petits objets pour la déco, plus ou moins utiles, mais tous insolites et plutôt sympas ! Les 165 marques vendues par David lui ont permis de trouver un public fidèle d’acheteurs, souvent renforcé par les quidams innocents sortant des salles obscures du Français : l’emplacement est hautement stratégique ! Pourtant tout n’a pas toujours été aussi simple. Reprenant un ancien salon de coiffure il y a 5 ans, Bob Corner s’est retrouvé dans une rue noire, sale, isolée du reste du Triangle et avec un bar assez louche au coin de la rue (des hôtesses apparemment, voire un peu plus, nous contacter pour avoir un dessin). Puis avec les années, les ravalements de façades et surtout la réouverture du cinéma, la rue a maintenant rattrapé le standing du reste du quartier et Bob Corner semble tirer son épingle du jeu. Sur ce coup là, David a bien fait de croire en son étoile.

L'intérieur du Bob Corner

L’intérieur du Bob Corner

Queen Elizabeth saluant le partenariat Bordeaux 2066 / Invisible Bordeaux

Queen Elizabeth saluant le partenariat Bordeaux 2066 / Invisible Bordeaux

A côté de Bob Corner, et pour poursuivre l’hommage à notre ami de la Perfide Albion, c’est encore une enseigne au nom anglicisant qui nous accueille : la boutique de prêt-à-porter (et non de liquide vaisselle) Sun, tenue par Anne-Sophie, Béatrice et Caroline. La boutique est belle, même s’il faut avouer que les vêtements féminins nous intriguent moins que les babioles d’à côté. Les sympathiques patronnes nous confirment en tout cas le changement récent du pâté de maisons, le départ des bars interlopes, la tendance consommatrice des sorties de cinéma etc. Malheureusement timides, nos trois grâces locales se refusent à une photo, mais nous encouragent à aller prendre la pose à côté chez les « Enfants du cirque », qu’elles gèrent également.

Sun

Sun

Nous voici alors dans un magasin de chaussures pour enfants, qui comporte un véritable bestiaire en peluche pour faire passer le temps autour de l’éternel débat des 6/8 ans : scratch ou pas scratch ?
Entre girafe, éléphant, kangourou, lion et dromadaire, nous réussissons enfin notre première photo d’être humain de la rue ! Bon avouons-le, elle était facile puisque c’est Dorian, le fils de Tim Pike qui pose pour nous. Profitons-en pour saluer notre plus jeune accompagnateur à ce jour, en espérant lui avoir donné des idées, pour que d’ici quelques années il poursuive l’exploration des rues que nous n’aurons pas vues.

Le portrait de Dorian Pike

Le portrait de Dorian Pike

Cher lecteur, tu trouves peut-être que cette chronique commence à ressembler à un dépliant promotionnel de l’association des commerçants du triangle d’or. Certes, mais on rappelle que la rue ne mesure que 43 mètres et est occupée sur tout un pan de mur par le cinéma.
Rue Fénelon, il n’y a que quatre adresses possibles : les numéros 1, 3, 5 et 7, ce qui nous offre le luxe de faire une description exhaustive pour cette fois. Une autre particularité de la rue, et hélas pour la diversité de nos écrits, c’est qu’il n’y a pas d’habitants ou presque. Seul le numéro 5 de la rue en abrite, dixit notre patronne du Sun. Le reste des étages se compose de bureaux, souvent vacants en raison du prix élevé au mètre carré du secteur. On aura tout de même relevé sur les plaques de porte la présence de cabinets de conseil, de graphistes, de spécialistes en gestion du patrimoine, des collecteurs de logement et de dealers de pins.

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A l'angle avec la rue Condillac

A l’angle avec la rue Condillac

Alors on vous a décrit ce qu’il y avait au 7, au 5 et au 3. C’est maintenant au numéro 1 que nous toquons à la porte, avec la ferme intention d’y boire notre bière de fin de rue. Ici feu le Cap Horn dont la mémoire titubante hante encore la rue et feu le gay friendly Bateau Ivre ont vu leur succéder un restaurant japonais. En plein milieu d’après-midi, nous n’avons pas goûté les sushis du Maruya, ni même pu boire une Asahi comme nous l’avions fait pour notre première sortie rue Roger Touton. Alors on s’est contenté de discuter cinq minutes avec Christophe et Willy, les deux patrons d’origine chinoise, qui ont ouvert leur resto il y a tout juste trois mois. Cette courte durée a suffi pour séduire les voisines du Sun qui nous ont dit le plus grand bien de l’endroit, ainsi que les quelques internautes ayant exprimé un avis.

Le Maruya

Le Maruya

C’est donc dans la rue Montesquieu voisine, au bar 5th Avenue, que se termine notre visite autour d’une bière. Spot idéal pour l’observation d’adolescents bourgeois dans leur milieu naturel, ce bar à la déco new-yorkaise nous fait méditer sur le destin du périgourdin François de Salignac de La Mothe-Fénelon .

Pour faire court, Fénelon fut un homme d’église, prédicateur, et précepteur du fils de Louis XIV. Son œuvre la plus célère est justement le livre Les aventures de Télémaque écrit pour le royal élève. L’ouvrage, un peu trop critique de la monarchie, lui valut un exil forcé à Cambrai … Comme quoi déjà à la fin du XVIIème siècle le Nord-Pas-de-Calais était une punition administrative classique, Dany Boon et son Bienvenue chez les Ch’tis n’a rien inventé.
Notons enfin, qu’avant de porter le nom de Fénelon, la rue s’appela Bailly. Maire de Paris et auto-proclamé président de l’Assemblée nationale, le révolutionnaire fut jugé trop conservateur et guillotiné en 1793 après avoir refusé de témoigner contre Marie-Antoinette. Trahison révolutionnaire qui en plus de lui faire perdre la tête lui fit perdre ses 43 mètres de rue.

Saurez-vous trouver le verre de Dorian ?

Saurez-vous trouver le verre de Dorian ?

Un peu circonspects au moment du tirage au sort sur ce qu’on allait bien pouvoir vous raconter, Excel nous aura fait faire un court mais joli voyage mêlant cinéphiles, bar à putes, prêt-à-porter, objets insolites et sushis. Le tout suivi de près par le plus bordelais des Anglais, dont on vous invite à lire in English la mise en abime ici.

Cheers !

BONUS : Diamant Street Art est passé par la rue Fénelon. Merci à Monsieur Poulet et à Julien pour nous avoir aidé à percer ce mystère.

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7 réflexions sur “Rue Fénelon

  1. Le coup du « Bordeaux aime collectionner les records d’Europe » est bien vrai : plus grand miroir d’eau d’Europe (Bourse), plus grande place (Quinconces), plus grande rue piétonne (Ste Catherine), la dune la plus haute (au Pyla, certes, pas vraiment dans Bordeaux) et même à l’époque révolue du 7/8 et de la CGTE, les bus les plus longs d’Europe (Heuliez GX237, dits Megabus).
    On peut aussi dire que Bordeaux2066 détient le record d’Europe du « plus grand blog sur les rues de Bordeaux ». Assurément.

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