Rue Monneron

Un soir de juillet 2014, angle rue Pasteur / rue Monneron, Bordeaux-Caudéran : « Putain mais c’est le trottoir le plus large de Bordeaux ici ! ». Certes, les aventuriers de Bordeaux 2066 sont un petit peu grossiers, mais le superlatif n’est pas volé tant la rue Monneron se présente à nous avec un trottoir d’une largeur démesurée par rapport à l’importance de la rue et au nombre de piétons de l’endroit.

 ruemonneron

 Malgré un soupçon de réticence et de scepticisme au début : « Putaaaain (oui encore grossiers) on va encore à Caudéran, et en plus juste à côté de la rue Wilson, ça commence à dailler », une telle curiosité ne manque pas de lancer cette promenade sous les meilleurs auspices : au moins aura-t-on quelque chose à vous raconter, lecteurs.

Et ça n’est pas tout ! Tandis que nous contemplons le trottoir-esplanade de la rue Monneron, nous baignons encore dans l’euphorie de la mauvaise bière que nous venons d’absorber. Volonté de se saouler à pas cher avant d’affronter une nouvelle rue caudéranaise sans intérêt évident ? Point du tout, il s’agit simplement de professionnalisme, notre œil affûté ayant remarqué un petit troquet de quartier qui allait fermer une demi-heure plus tard.

Et quel troquet ! Pas de nom sur la devanture, déco très années 60 (lambris et vieilles affiches), cartes postales de plus ou moins bon goût épinglées au mur, patronne taiseuse et population 100% masculine en train de jouer aux cartes dans l’arrière salle. Comme un arrière-goût de Bar du Chalet, pour ceux qui connaissent, le voisinage bobo-hipster en moins !

CAUDERAN NIGHTMARE ANARCHY 2

CAUDERAN NIGHTMARE ANARCHY 2

C’est complexe Caudéran, se dit-on en train de siroter notre infâme mais économique Koenigsbier (à 2€, il s’agit de la bière la moins chère depuis que nous avons commencé le blog, bravo!), mais n’obtenant pas grand chose de plus que des haussements d’épaules de la part de la patronne questionnée sur la sociologie caudéranaise, nous décidons d’aller sur le terrain sans plus attendre.

Boire de la Koenigsbier... Admirez, lecteurs, notre dévouement.

Boire de la Koenigsbier… Admirez, lecteurs, notre dévouement.

Revenons sur notre trottoir donc. L’explication, c’est Google Street View qui nous la donnera plus tard : il y avait auparavant à l’entrée de la rue Monneron un alignement de maisons étroites et visiblement très insalubres, aujourd’hui rasées, et remplacées par… rien du tout ! Il faut dire qu’on voit assez mal comment on pourrait exploiter cette parcelle longue et étroite en bordure de route : un garage à vélos ? Un mini skate-park ? Une piste de bowling peut-être ?

Avant (Google Street View - Septembre 2010)

Avant (Google Street View – Septembre 2010)

Après (Bordeaux 2066 - Juillet 2014)

Après (Bordeaux 2066 – Juillet 2014)

La suite de la promenade rue Monneron nous donne l’impression de jouer à un abécédaire de l’urbanisme bordelais.

Une arcachonnaise ? Il y en a, on a même discuté avec l’artisan périgourdin en train d’en retaper une (on parle bien de maison hein).

Des constructions modernes ? Oui, une résidence assez standing occupe tout un pâté de maisons, face à des cubes en béton en cours d’achèvement.

Des logements collectifs des années 60 ? des années 80 ? Il y a tout ça, avec notamment une imposante barre de 10 étages à mi-rue.

Des maisons bordelaises en pierre blonde ? Vous trouverez rue Monneron toute la gamme, de la petite échoppe avec jardinet jusqu’à l’immense demeure sur un parc arboré, dont une riveraine nous a soufflé qu’elle appartenait à la famille Bayle, vous savez cette entreprise de meubles dont on aperçoit parfois de vieilles publicités peintes au bord des départementales girondines.

Du patrimoine industriel ? L’arrière de la Glacière de Caudéran (sur laquelle Yves Simone raconte tout ici) donne sur la rue Monneron.

Toutes ces merveilles se trouvent rue Monneron.

Toutes ces merveilles se trouvent rue Monneron.

Tout ceci est bien beau, mais un soir de juillet, nous peinons un peu à rencontrer des habitants. Vu la saison et le quartier, on ne s’attendait pas à tomber sur une étudiante. Et pourtant ! Laurie, bayonnaise, la petite vingtaine, est en classe prépa au lycée Grand Lebrun et s’est installée dans une résidence de la rue Monneron, en face de la grande demeure des Bayle. Bien sûr, de la rue elle n’en connaît pas grand chose puisque ça ne fait qu’un an qu’elle est là, et puis en prépa il s’agit de bosser ! Néanmoins, si tu nous lis chère Laurie, sache que l’immeuble où tu potasses tes cours était autrefois une grande propriété de maître, la Villa Esperenza, comme en témoigne cette photo datée de 1913 figurant dans le bouquin « Mémoire en images de Caudéran », de Pierre Debaig.

 Pas sur que la qualité de l’urbanisme y ait gagné au change, mais au moins tu as un studio !

La Ville Esperanza, aujourd'hui disparue (source : Mémoire de Caudéran)

La Ville Esperanza, aujourd’hui disparue (source : Mémoire de Caudéran)

Laurie

Laurie

 Laissons la pimpante Laurie vaquer à ses occupations et tirons un petit bilan de notre promenade rue Monneron. Après avoir bu une bière parmi les moins chères de Bordeaux dans un troquet hors du temps, nous voilà face à l’imposante demeure d’un grand entrepreneur local. Entre les deux, on a constaté la diversité du bâti et ce manque de cohérence assez typique de Caudéran comme le soulignait cet article de Rue 89 Bordeaux.

« Et finalement Caudéran, c’est vraiment un Neuilly bordelais ? ». Au café sans nom, tant que la partie de cartes ne sera pas terminée, on continuera à hausser les épaules à cette question finalement sans importance.

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4 réflexions sur “Rue Monneron

  1. En tant que fin amateur de bière, il faut savoir que la Koenigsbier est la marque premier prix de chez Carrefour (85 cts/litre de souvenir), qui fait donc passer la « 33 Export » pour une boisson de bourgeois (de Caudéran ou de tout autre quartier chic de Bordeaux (bien que l’article ne peut apparemment pas confirmer ou infirmer cette image de bourgeoisie qui colle au quartier)).
    Ainsi, si la rue propose toutes sortes d’architectures (HLM des années 70, 80, maisonnettes, maisons fantômes-que-sur-StreetView…), elle fait partie des rares à aussi proposer un large choix de bières, introuvables ailleurs comme le premier prix de la superette du coin (introuvable, je suis sûr, au Lucifer). Ceci jumelé aux tailles variées de trottoirs font donc de cette rue, un lieu riche en diversité et anecdotes qui n’a rien à envier aux Cours de l’Intendance et autres rues over-hypées.

  2. Merci de cet article sur une rue que j’emprunte tous les jours pour conduire mes enfants à l’école : un charme particulier très représentatif de Caudéran. Vous ne parlez pas de la voirie digne de Krasnoïarsk après le dégel.
    Il me semble que le bar sans nom est rue Etchenique mais j’avoue n’avoir jamais osé pousser la porte : merci donc aux courageux reporters. Si vous repassez dans le quartier ne manquez pas la cordonnerie voisine pour une étude sociologique du quartier à travers la chaussure.
    Bravo pour le blog : une idée qu’on aimerait avoir eu soi-même

  3. Merde (pour démarrer sur le même ton que la page), c’est la 1ère rue qui me déçoit depuis que je lis ce blog.
    De plus en allant faire un tour sur street view, je remarque que vous êtes passé un mois après la voiture Google, et donc à la place d’un nanard holiwoodien en publicité, vous auriez eu droit à une belle publicité Ricard.
    De quoi commencer la rue par une Koenigsbier et finir par un Ricard. Tout dans l’esprit Caudéranais.

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