Rue Gouvea

RueGouvea

Gouvea, Gouvea… Au moment où Excel rend son verdict quant à notre destination du jour, nos pensées oscillent entre un atoll propice aux essais nucléaires ou encore une marque de gel douche, mais pas tellement vers une rue de Bordeaux. Et pourtant Vinjo en fouillant dans les souvenirs de sa folle jeunesse se souvient d’une cave de Saint-Pierre où il se trémoussait sur de la mauvaise musique en buvant du mauvais alcool. Il y avait là une demoiselle fort aimable, qui au moment de s’adonner au rituel du « zéro-six » avait laissé Vinjo médusé, déclarant préférer laisser son adresse postale, la belle ne goûtant pas trop aux joies du « Kikou g paC 1 tro bonne soirée hier jspr que toi ossi, rv o mcdo du pont de la maye à 17h si sa te di ». Non, A. était du genre à vouloir recevoir une missive en bonne et due forme dans sa boîte aux lettres, rue Gouvea donc. La suite (et c’est aussi le nom de la boîte de nuit en question, d’aucuns l’auront déjà deviné), c’est qu’il n’y en a pas. Désolé lecteurs en mal d’eau de rose, mais si les histoires d’amour finissent mal en général, il arrive parfois qu’elles ne commencent même pas, en tout cas pas rue Gouvea.

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La rue est très courte (moins de 50 mètres), mais très centrale puisque perpendiculaire à la rue Sainte-Catherine et menant vers le palais des sports, un bâtiment très ****** (insérer ici l’adjectif injurieux de votre choix). C’est néanmoins à lui que l’on doit la première curiosité que l’on remarque dans la rue : la numérotation des immeubles commence à 24 au lieu de commencer à 2, le côté ouest de la rue étant devenu « Rue Pierre de Coubertin » suite à la construction de l’enceinte sportive en 1966. Voilà qui fait de la rue Gouvea une voirie idéale pour laisser une fausse mais crédible adresse (NB : cette remarque n’a rien à voir avec l’anecdote précédente, l’adresse de A. ayant été certifiée conforme – elle peut en revanche intéresser les contrôleurs de TBC).

Perspective côté Sainte-Catherine

Perspective côté Sainte-Catherine

Perspective côté Palais des Sports

Perspective côté Palais des Sports

Si la rue s’appelle Gouvea, ça n’est pas en hommage au charme discret (hum hum) du mannequin brésilien Nana Gouvea, mais plutôt à l’œuvre de l’humaniste André de Gouvea, d’origine juive portugaise, qui fut au 16ème siècle directeur du Collège de Guyenne où étudia un certain Montaigne. L’établissement occupait alors l’angle avec la rue Sainte-Catherine, celui par lequel nous abordons notre visite, et qui a laissé place aujourd’hui à un immeuble classique abritant une pharmacie et un magasin de prêt-à-porter bon marché.

Un homme un peu hagard assis sur un scooter vide une bouteille de bière et tire sur son joint, sans prêter attention à nos déambulations. Scène banale d’après les vendeuses de la librairie Album, spécialisée dans les bandes dessinées de tous genres, et qui occupe l’angle opposé à feu le Collège de Guyenne. Rien de bien grave ou de bien méchant nous dit-on, mais ici on soupire un peu devant les petites incivilités, les parties de foot improvisées dans la rue et l’odeur perpétuelle de cannabis. « La rue Gouvea c’est un peu la chasse d’eau de la rue Sainte-Catherine » nous glisse une des vendeuses.

Une chasse d’eau, rien que ça ? D’après Wikipedia, « une chasse d’eau est un dispositif dont le rôle est d’évacuer les excréments de la cuvette des sanitaires. Le fonctionnement d’un tel mécanisme repose sur la libération brutale d’une quantité d’eau préalablement stockée dans un réservoir. Ce flux d’eau crée un courant suffisant pour entraîner avec lui les matières fécales et le papier hygiénique. »
Comparer une rue à une chasse d’eau n’est pas très académique dans la doctrine urbanistique, mais une analyse de la définition ci-dessus donne en partie raison à notre commerçante, puisqu’une autre curiosité de la rue Gouvea c’est son cimetière de poubelles, amassées devant une laverie abandonnée. « Elles finissent toutes là, on n’arrive pas à comprendre pourquoi ». Nous non plus à vrai dire, mais si un jour on doit accompagner une poubelle vers sa dernière demeure, nul doute qu’on songera à cet endroit somme toute parfaitement adapté.

On ne salit pas la chasse d'eau, merci.

A gauche : laverie abandonnée, cimetière de poubelles et copines lilloises (dont notre 1000ème fan Facebook)                                 A droite : vaine incitation

Pour admirer le cimetière de poubelles de la rue Gouvea, le mieux est encore de prendre une bière chez Louis. S’il porte ce prénom si vieille France, c’est que Louis avait un grand-père marseillais. Mais ce rude gaillard tatoué de partout est bel et bien un Yankee, un vrai. The Grind House, comprendre « la maison de la cuite », est un établissement qui joue à fond la carte Oncle Sam, avec sa décoration virile qu’on ne sait pas trop à quel degré prendre. Mais si vous aimez l’Amérique, c’est bel et bien ici qu’il faut venir, puisque d’après Louis The Grind House est le seul bar américain de Bordeaux.

Louis aime beaucoup la France, Bordeaux, et même la rue Gouvea qui est d’après lui sans problèmes, mais il va rentrer prochainement dans sa Floride qui lui manque trop. Son associé français va tenir le comptoir, mais promis l’esprit Route 66 et les tournois de Beer Pong vont rester !

Louis, Vinjo, et Greg, éphémère visiteur lillois

Louis, Vinjo, et Greg, éphémère visiteur lillois

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Amérique toujours, mais un peu plus au Sud, c’est dans l’établissement d’en face que nous terminons notre visite. Le snack-restaurant Délices des Antilles nous permet de prolonger l’apéro avec un ti-punch et un bokit à la morue. C’est économique, c’est simple et c’est bon : voilà qui constitue une alternative sérieuse aux sempiternels kebab et MacDo de milieu de soirée ! L’établissement s’est installé rue Gouvea il y a environ quatre ans, mais Patricia est loin d’être une novice puisqu’elle tenait auparavant la même enseigne à Saint-Michel puis sur le Cours de l’Argonne.

Sa ke bon menm

Sa ke bon menm

Au final, cette petite rue de 49 mètres devant laquelle des milliers de personnes passent chaque jour vaut le détour. Si vous aussi, vous trouvez parfois la rue Sainte-Catherine merdique, alors n’hésitez pas à actionner la chasse d’eau qui vous mènera rue Gouvea, jusqu’au Palais des sports qui, sous ses faux airs de fosse septique géante, est en train de s’offrir une sacrée toilette. Certes il y a un peu de drogue et beaucoup de poubelles, mais une pinte, un ti-punch et un bokit plus tard, on parvient à sentir les effluves de l’enseignement humaniste d’André de Gouvea, même quand il fait un temps de chiotte.

BONUS : ce lien ne vous laissera pas insensible.

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2 réflexions sur “Rue Gouvea

  1. D’après le site sur la réfaction du Palais des Sports, le chantier est censé se terminer dans quelques jours. Soit ils ont prévu d’embaucher de la main d’oeuvre par horde d’hommes que même le film « 300 » en serait jaloux… Soit… Soit… Soit, j’ai pas d’autre alternative.
    En tout cas, j’avais déjà remarqué le cimetière de poubelles, mais fait l’impasse sur le seul (!!) bar américain de la ville, merci du conseil : je vais aller tester ça très vite !

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