Rue de Cheverus

Dans le cadre d’Agora, Biennale d’architecture de Bordeaux, nous vous proposons un hors-série de quatre rues visitées en quatre jours, avec pour une fois un tirage au sort restreint parmi les quartiers liés à la biennale. Aujourd’hui, c’est la rue de Cheverus qui a été tirée au sort le long de l’animation « Trônes d’asphalte » d’Ann Cantat-Corsini.

Après avoir visité les limites « trash » de Bordeaux sur les boulevards automobiles de la rive droite, nous voici de retour dans du bien plus classique : en plein centre de Bordeaux, rue de Cheverus, à quelques mètres de la bouillonnante rue Sainte Catherine, du cours Alsace-Lorraine et de la place Pey Berland avec ses incessants ballets de tram.

Pourtant rue de Cheverus tout est calme, très calme. Cela n’était sûrement pas le cas il y a quelques années, lorsque le collège du même nom accueillait des centaines de jeunes en culotte courte, et que le quotidien Sud Ouest avait ses bureaux dans un superbe hôtel particulier de la rue (ayant auparavant accueilli le palais de la monnaie). Mais depuis quelques années le collège est en rénovation et les journalistes ont déménagé sur les quais de la rive droite, laissant bientôt la place à la nouvelle « promenade Sainte Catherine », déjà réputée pour ses tarifs au mètre carré.

Un petit côté ville abandonnée...

Un petit côté ville abandonnée…

 Dans le haut de la rue, on croise donc des grues de chantiers et des façades noires, parsemées ci et là de photos de chaises et autres trônes d’asphaltes, installées là par Ann Cantat-Corsini dans le cadre d’Agora. L’occasion pour nous de conseiller à tous nos lecteurs de regarder le film La clairière des Aubiers – une histoire à suivre réalisé par l’artiste et que nous avions beaucoup aimé lors de notre visite du cours des Aubiers.

Installation d'Ann Cantat Corsini

Installation d’Ann Cantat Corsini

Passée cette première impression d’une rue de village en chantier, on constate très vite que notre voirie dispose de nombreux commerces.  On est ici à l’opposé des rues voisines Sainte-Catherine ou Porte-Dijeaux avec leurs commerces de chaînes et leurs magasins souvent standardisés. Rue de Cheverus on croise par exemple Alexandre, installé depuis 18 ans au Diabolo Menthe, un des cinq disquaires de Bordeaux. Il règne dans le magasin, derrière une vieille devanture boisée, une atmosphère hors du temps et rassurante : on se sent dans un cocon entre les disques de Johnny Halliday, Bob Marley ou Black Sabbath.

Ce cocon Alexandre l’étend à toute la rue qu’il juge très agréable : même si elle évolue un peu au fil du temps et que l’offre commerciale s‘étoffe, rien ne semble la détourner d’une certaine quiétude. Pas même les différentes colocations étudiantes installées dans les appartements voisins. Une rue calme en plein centre … comment l’expliquer ? Pour Alexandre pas de doute : « Les Bordelais passent toujours par les mêmes rues, ils sont en pilote automatique : Sainte-Catherine / Porte-Dijeaux, en avant ! ». Un constat que l’on ne contredira pas puisqu’il est une des raisons des aventures de Bordeaux 2066 : découvrir toutes ces rues dont on ne parle pas, ou trop peu.

Alexandre parmi ces disques

Alexandre parmi ses disques

Juste à côté, même son de cloche avec Françoise, propriétaire de la Maison du Japon. Cette enseigne est, comme son nom l’indique, spécialisée dans le produit nippon, mais attention pas de manga ou de gadget technologique ou de folklore ici, non non, Françoise vend des produits traditionnels utilisés par les Japonais : ustensiles de cuisine, vêtements, œuvres d’arts etc. Mariée à un Japonais, Françoise est une enfant du quartier. Née à Saint Pierre, elle a toujours vécu dans les rues avoisinantes et tient sa boutique depuis 13 ans maintenant.

Pour nous décrire son cadre de vie, elle utilise spontanément la même expression qu’Alexandre : « une rue de 7 à 77 ans ». En bref une rue pour tous (si vous avez 78 ans, une dérogation doit être envisageable), avec un savant mélange d’habitants, de commerçants, de jeunes et de moins jeunes, qui vivent ensemble sans se couper les cheveux en quatre … on remarque d’ailleurs une insolite abondance de salons de coiffure dans la rue, puisqu’il y en a justement quatre. Mais Françoise nous rassure « ils ne sont pas en concurrence, ils fonctionnent tous ».

Cette harmonie et cette quiétude auraient sûrement plu à Monseigneur Cheverus. Prêtre ordonné à la révolution, il émigra en Angleterre et aux États Unis ou il devint le premier évêque de Boston puis il fut nomme archevêque de Bordeaux en 1826 et y mourut dix ans plus tard (son tombeau se trouve non loin de là, dans la cathédrale Saint-André) après une vie dédiée aux plus pauvres, ceux qui n’habiteront pas Promenade Sainte-Catherine.

La quiétude décrite jusque là a tendance à s’estomper au fur et à mesure que l’on se rapproche du cours Alsace-Lorraine. On relèvera tout juste qu’une célèbre secte a pignon sur rue ici, l’occasion de croiser Tom Cruise dans les parages peut-être ? Bien plus intéressant et bien moins nuisible qu’un local sectaire, on trouve surtout plusieurs bars en quelques mètres, dont le plus connu est sans nul doute le Fiacre : véritable institution des soirées du Bordeaux Rock. Pour les non initiés, le Fiacre existe sous ce nom depuis 1870 et accueille depuis plusieurs décennies de nombreux concerts de la scène rock bordelaise, nationale et internationale.

Une photo qui résume la philosophie de Bordeaux 2066

Une photo qui résume la philosophie de Bordeaux 2066

Bel endroit pour terminer notre visite autour d’une bière … et bien non, décidés à ne pas tomber dans la facilité, nous nous détournons du Fiacre pour entrer au Flacon, bistro à vin ouvert depuis près d’un an par Valérie et Gilles, jeune couple de Toulousains. Pas de cassoulet ni de bonbons à la violette dans l’établissement mais des petits plats ou tapas à base de produits traditionnels réinventés… un délice pour nos papilles. « Non marqués du sceau de Bordeaux », Valérie et Gilles proposent des vins assez atypiques de la France entière, ainsi que de la Jupiler, pour laquelle nous optons par respect de la tradition de ce blog.

Valérie, Gilles, la Jupi et le Flacon

Le Flacon, La Jupi, Valérie & Gilles

Au final que retenir de cette rue d’hyper-centre ? Comme nous l’a dit Françoise, « le centre de Bordeaux a toujours brassé toutes les populations ». Du rock en galette, du rock en live, des produits asiatiques, des collégiens, des Toulousains, des ménages aisés et quelques illuminés. Oui, le centre de Bordeaux est à tout le monde, au moins de 7 à 77 ans.

PS : encore un bonus pour nos lecteurs, une véritable déclaration de haine envers les hipsters … à quand la prochaine guérilla urbaine ?

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5 réflexions sur “Rue de Cheverus

  1. Une question pour un bordelais… J’ai eu une bonne discussion avec une amie en relation à si la S de CHEVERUS se prononce ou pas… J’ai dit oui… Comment on prononce le nom de ce rue correctement?

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