Rue Calvimont

Dans le cadre d’Agora, Biennale d’architecture de Bordeaux, nous vous proposons un hors-série de quatre rues visitées en quatre jours, avec pour une fois un tirage au sort restreint parmi les quartiers liés à la biennale. Aujourd’hui, c’est la rue Calvimont qui a tirée au sort, autour de la maquette représentant le futur de la rive droite installée Place Stalingrad.

« Point n’est homme de bien qui oserait prétendre que lui est inconnu le nom des Calvimont« . Ce n’est sûrement pas sa citation la plus connue, mais cette phrase est de La Boétie. Gageons qu’après ces quelques lignes nous contribuerons modestement à la concrétisation des volontés du philosophe. En effet, notre périple des « hors-séries Agora » nous mène en ce troisième jour sur la rive droite : rue Calvimont.

RueCalvimont

Les Calvimont, VIP du XVIème siècle si on en croit donc La Boétie, sont une riche famille de seigneurs implantée en plein Périgord Noir, avec le château de L’Herm comme camp de base. Mais si vous savez, cette place forte qui quelques siècles plus tard inspira fortement les aventures de Jacquou le Croquant.

Quel rapport entre nos seigneurs du Périgord et Bordeaux ? Il semblerait qu’une partie de la famille vint s’installer à Bordeaux, certains membres de la lignée étant même parlementaires. La famille disposait de quelques terres, notamment rive droite ou fut ensuite développé au début du XIXème siècle le quartier de la Bastide avec la construction du Pont de Pierre. Si la famille perdit quelques hectares pour permettre le développement urbain, elle gagna un nom de rue pour la postérité.

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Les premières heures de la rue furent certainement assez paisibles, à proximité des nouvelles constructions et notamment du théâtre Alcazar, véritable institution locale dont nos rencontres du jour nous ont encore parlé sans que l’on sache s’il s’agit du théâtre originel, du lieu de sortie ou du centre commercial qui se sont succédés à cet endroit. Aujourd’hui l’ensemble a été transformé en appartements ce qui illustre assez bien le destin de la rue Calvimont, voisine immédiate.

Vue d'ensemble de la rue.

Vue d’ensemble de la rue.

Dès nos premiers pas nous sommes frappés par le nombre de rideaux baissés et de panneaux «A louer». Pourquoi un tel désamour pour une rue qui accueillait auparavant une clinique vétérinaire (un œil à 10/10 arrive encore à déchiffrer « Clinique vétérinaire Séverac » peint sur la façade), un restaurant, et un vendeur/réparateur d’électroménager ? Tout d’abord le colossal chantier du tram a fait souffrir de nombreux commerçants de quartier… Et si une fois les travaux terminés l’arrivée du tram fit gagner de la notoriété à la rive droite, ce succès poussa certains commerçants à délocaliser dans des communes voisines, plus accessibles en terme de logistique et de parking.

Devant la Clinique Vétérinaire Séverac, début XXème siècle (source : www.delcampe.net)

Devant la Clinique Vétérinaire Séverac, début XXème siècle (source : http://www.delcampe.net)

L'ancien Pulsat, délocalisé à Bouliac, au local vacant.

L’ancien Pulsat, délocalisé à Bouliac, au local vacant.

Car aujourd’hui, et c’est le paradoxe de la rue : « Elle est située à 50 mètres du centre de gravité de la rive droite mais personne n’y vient ou presque« . Ce constat, c’est le tatoueur installé dans la rue qui nous le livre. Il s’appelle Seb « comme la cocotte-minute sauf que moi je ne suis pas sous pression« , et il a ouvert son activité il y a quatre mois avec Marielle. La rue Calvimont ne lui était pas inconnue, puisqu’il y a maintenant 17 ans, Seb travaillait dans le même local, mais comme petite main pour le réparateur d’électroménager. La roue tourne, autour de la Place Stalingrad en l’occurrence.

Seb ne se plaint pas trop : son activité fonctionne surtout avec le bouche à oreilles (percées) et la proximité immédiate du lycée Mauriac entraîne son flot quotidien de jeunes qui observent sa vitrine et constitueront sa clientèle de demain (puisqu’on ne peut pas se faire tatouer avant 18 ans en France).

Seb, Marielle et leurs enfants.

Seb, Marielle et leurs enfants.

En face de notre tatoueur, un petit passage nous intrigue. Entre deux échafaudages nous tombons sur une grande cour intérieure, vestige probable des relais de l’époque. Elle accueille aujourd’hui les voitures des locataires et un vieil atelier de serrurerie, tellement délicieusement désuet qu’on ne sait s’il est encore ouvert ou pas. Avec cette ambiance sans bruit, ce lierre qui grimpe sur les murs et ces énormes pavés au sol on a l’impression d’être dans une faille spatio-temporelle.

Dans la cour de la rue Calvimont

Dans la cour de la rue Calvimont

Mais bien vite notre estomac nous rappelle à l’ordre : nous sommes en 2014, la nuit tombe et il serait temps de songer au repas. Depuis qu’un restaurant a été transformé en local associatif pour du « yoga simplifié », l’unique adresse pour casser la croûte rue Calvimont est la pizzeria Illico Presto. Autour d’une bonne pizza maison, Fabien, l’un des deux associés nous explique tout. S’installer rue Calvimont est un pari car si l’hiver les lycéens sont nombreux au déjeuner, ils désertent les lieux aux beaux jours pour s’installer en terrasse. Le soir, il n’y a plus grand monde dans cette rue à deux visages selon Fabien : « Plus l’heure avance, plus on voit des gens sortir d’un peu nulle part, des poivrots, des paumés… ». Sans tomber dans du sensationnalisme digne de 90 Minutes Enquête, on peut confirmer les propos du patron. Rien de bien dangereux, mais une réelle évolution de la faune locale entre la sortie du lycée et le clair de lune. Mais alors pourquoi avoir fait ce pari ? « Parce qu’on croit en Bordeaux, au potentiel de la ville et encore plus au potentiel de la rive droite. Ici il y’a plein de projets en cours, et demain nous on sera au centre de tout ça« .

Fabien

Fabien

On leur souhaite a Seb, Marielle, Fabien, et à tous ceux qui parient sur la rive droite que leur rêve se réalise. A quelques mètres de la rue Calvimont, sur la Place Stalingrad, une grande maquette représentant le futur de la Bastide est installée. Plusieurs passants s’arrêtent, regardent, rêvent et s’interpellent : entre excitation et doutes. Chez Bordeaux 2066 nous espérons tout simplement que la citation de La Boétie pourra être dupliquée dans quelques années : « Point n’est homme de bien qui oserait prétendre que lui est inconnue la rive droite.« 

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