Rue du Grand Maurian

38. Ca n’est pas (ou plus) notre taille de pantalon, mais c’est le nombre de tirages au sort qu’il aura fallu attendre avant d’enfin mettre un pied dans le quartier Saint-Augustin, excroissance bordelo-mérignacaise extra-boulevards. Ce quartier est une des pièces manquantes de notre exploration de la cité, mais Excel nous le fait découvrir par son axe principal : la rue du Grand Maurian.

RueduGrandMaurian

Nous sommes ici derrière le Parc Lescure (Stade Chaban-Delmas pour les néophytes) et le CHU (Tripode pour les poètes), mais pourtant encore sur la commune de Bordeaux. Contrairement au Caudéran voisin, il ne s’agit pas d’une histoire de rattachement économico-électoraliste dans la mesure où Saint-Augustin n’a jamais été une commune, mais il paraîtrait qu’il s’agit là d’une volonté de l’ancien maire David Johnston qui avait une propriété dans les parages, et qui apparemment aurait considéré comme insultant d’être mérignacais. Nos lecteurs du 33700 apprécieront.

Aujourd’hui, « Saint-Aug' » se veut être un « village » dans la ville. Réalité vécue ou bien slogan vide de sens ? Nous avons entendu les deux sons de cloche lors de notre promenade et invitons ceux qui le souhaitent à s’exprimer sur le sujet. Mais village ou pas, toujours est-il qu’on ressent fortement le positionnement atypique de ce quartier commerçant, calme, et plutôt chic.

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Le quartier tient son nom d’une paroisse constituée au milieu du XIXème siècle par Jenny Lepreux, une religieuse déterminée à diffuser la bonne parole et la charité hors des murs de Bordeaux, dans ce qui est alors un territoire viticole parsemé de propriétés. Sur ces terres se dresse notamment le Grand Maurian qui, comme nous l’apprend un article Sud-Ouest du 28 octobre 1968 (attention si vous êtes au bureau, ce lien fait de la musique 🙂 ), était « un pavillon de chasse, bâti au XVIIème siècle par les ducs d’Epernon (…). Vendu au début du XVIIIème siècle, il devient la propriété de familles plus ou moins illustres, puis échoit dans la seconde moitié du XIXème siècle à Mgr Dupuch, premier évêque d’Alger« .
Suite à la mort de Monseigneur Dupuch, l’archevêché de Bordeaux acquit le Grand Maurian pour y construire une chapelle qui fit office de lieu de culte du quartier, jusqu’à l’achèvement en 1894 de la construction de l’église Saint-Augustin, quelques mètres plus loin. Ce quartier bordelo-mérignacais en cours de développement avait besoin d’être relié au reste de la ville, et dès 1895 fut donc percée la rue du Grand Maurian, officiellement inaugurée en 1900. Depuis, elle est à la fois porte d’entrée et rue principale du quartier.

La rue au début du XXème siècle. Remarquez le tram, et l'orthographe "Morian"

La rue au début du XXème siècle. Remarquez le tram, et l’orthographe « Morion » (extrait du livre « Saint-Augustin en images »)

La rue au début du XXIème siècle. Remarquez heu... cette belle Citroën Saxo.

La rue au début du XXIème siècle. Remarquez heu… cette belle Citroën Saxo.

Passées ces considérations historiques, nous commençons notre exploration à table. Et à une bonne table. Le Family est une institution du quartier existant depuis plusieurs décennies, et gérée par Philippe depuis 2011. La cuisine est simple et locale, les plats savoureux et le rapport qualité-prix intéressant : on vous le conseille.
En nous parlant du quartier, Philippe parle lui aussi du « village », et surtout des efforts que des commerçants font pour maintenir et développer cette ambiance un peu à part : soutien aux clubs sportifs des JSA (les fameuses « Jeunesses de Saint-Augustin », dont le basket présidé par Boris Diaw), animations de quartier, et organisation chaque année de la fête de l’huitre dont le succès a dépassé les frontières du « village ».

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Philippe du Familly

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En profitant de notre balade digestive dans la rue, nous constatons en effet que le quartier est calme : quelques commerces au bout de la rue proche du tram, quelques autres boutiques près de l’église, et au milieu de tout cela rien que du résidentiel.

On remarque une certaine diversité dans le style architectural local : un immeuble moderne (on y reviendra), de belles maisons bourgeoises, et quelques petites échoppes aujourd’hui rénovées et pimpantes mais qui datent du début du siècle dernier, lorsque la TEOB (ancêtre de la TBC actuelle) installa un dépôt dans le quartier. Pour loger ses salariés, la TEOB a construit moult petites maisons ouvrières qui parsèment le quartier : rue du Grand Maurian elles se remarquent notamment du n°36 au n°44 et du n°41 au n°63.

Ancien habitat de fonction des traminots. Pas mal non ?

Ancien habitat de fonction des traminots. Pas mal non ?

Comme c'est mignon <3

Comme c’est mignon ❤

Nous sommes toujours à la recherche des vestiges de la propriété du Grand Maurian quand nous croisons dans la rue Gérard et Michèle, de retour de promenade avec leur chien. Après quelques considérations sur le quartier, et alors que nous craignons que l’averse de pluie qui arrive n’écourte notre conversation, ce sympathique couple habitant ici depuis les années 1970 nous propose de passer chez eux afin de consulter quelques ouvrages sur l’histoire de Saint-Augustin.
Bingo, on retrouve dans la bibliothèque de Gérard l’information tant recherchée. Le domaine du Grand-Maurian, qui avait déjà vendu des terres nécessaires à l’urbanisation, fut remplacé après guerre par un garage / station-service, puis ensuite fut construite la résidence Hermitage Saint Augustin que l’on peut encore « admirer » aujourd’hui.

En lieu et place du Grand Maurian

En lieu et place du Grand Maurian. On remarquera une offre commerciale multigénérationnelle : de l’auto-école aux pompes funèbres.

Gérard s’intéresse lui aussi aux rues de Bordeaux, et a fortiori à la sienne, et nous aiguille vers des habitants historiques du quartier. L’heure de la sieste sera hélas assez défavorable à nos coups de sonnette. Une dame d’un certain âge nous confirme néanmoins l’existence de la station-service avant la résidence moderne sur le terrain de feu le Grand Maurian, mais se souvient encore avant de la présence d’une famille de Biarrots qui organisait des colonies de vacances vers la Côte Basque. Agée mais pas tant que ça, notre riveraine-témoin n’a en revanche pas connu la propriété du Grand Maurian, dont finalement seuls les panneaux semblent conserver le souvenir.

Nous quittons donc Gérard, que nous remercions encore pour son aide précieuse. Avant de revenir intra-boulevards, et tandis que les éléments se déchaînent à présent sur la rue, nous repassons tout de même au Family. Philippe avait raison : il n’y a pas de bistrot de quartier à Saint-Augustin, et le seul débit à bière de la rue, c’est son restaurant. C’est néanmoins avec plaisir que nous y revenons prendre notre traditionnel demi de fin de visite, ignorant cette citation de Saint-Augustin : « L’abstinence totale est plus facile que la parfaite modération ».

A la tienne Saint-Aug'

A la tienne Saint-Aug’

 

BONUS JEU DE MOTS DOUTEUX :

Grand Maurian

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2 réflexions sur “Rue du Grand Maurian

  1. Si ces immeubles ont été construits sur l’emplacement du Grand Maurian, j’ai connu l’immeuble précédent. C’était une grosse maison où je me souviens avoir dansé dans le cadre d’une animation paroissiale.
    J.R.

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