Le point 45°N 0° à Puynormand : à l’intersection du méridien de Greenwich et du 45ème parallèle

NB : cet article a été traduit de l’anglais par Jean-Yves Bart. La version originale a été publiée sur Invisible Bordeaux.

147-Puynormand1b

Suite à ma récente visite à la borne du 45ème parallèle nord à Saint-André-de-Cubzac, il m’est apparu soudainement qu’un point de convergence totalement unique se trouve à 60 kilomètres à l’est de Bordeaux : il s’agit de l’intersection entre le 45ème parallèle et le méridien de Greenwich.

En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que la visite de tels points de convergence est devenue un hobby pour des amateurs du monde entier, qui publient leurs récits de voyage et leurs photos sur le site www.confluence.org. J’ai donc pu constater en lisant les textes d’autres visiteurs du point 45°N 0° qu’il n’y avait en fait somme toute pas grand chose à voir sur place.

J’ai néanmoins jugé que le sujet méritait bien que je lui consacre du temps et de l’effort. Compte tenu de la distance à parcourir, il m’est venue l’idée de constituer une équipe de choc pour le road trip, pour laquelle j’ai recruté Dorian, mon fils de dix ans, qui a récemment appris la latitude et la longitude à l’école, et Vincent Bart, moitié de l’excellent blog Bordeaux 2066, qui a immédiatement sauté sur l’occasion d’aller découvrir quelque chose qui n’existe pas vraiment.

Nous avons fixé une date… et nous nous y sommes tenus malgré les conditions météo exécrables le jour venu. Nos espoirs de profiter d’intermèdes ensoleillés dans le déluge pour bien faire le tour du sujet furent malheureusement douchés ! Dorian et moi-même sommes donc partis de notre camp de base à Saint-Aubin-de-Médoc, avant de retrouver Vincent peu après dans le centre de Bordeaux. Ayant rentré les coordonnées « 45°N 0° » dans notre GPS, nous voilà en route vers le point de convergence. Celui-ci se trouve à l’extrémité est du département de la Gironde, à mi-chemin entre Saint-Seurin-sur-l’Isle et Puynormand ; pour l’administration il est situé sur le territoire de la commune de Puynormand.

Puynormand est facile à localiser sur un globe !

Puynormand est facile à localiser sur un globe !

Il pleut toujours à verse lors de notre arrivée sur les lieux. Comme nous nous y attendions, le paysage brille par son dénuement. Vincent repère pourtant immédiatement une étrange structure métallique décrivant une sorte d’arc, ayant préalablement déterminé lors de recherches sur Google Street View qu’il s’agissait là du point de convergence.

Même si la structure abstraite ressemble plutôt à une sorte d’outil agricole, nous remarquons assez vite qu’elle représente bien une coupe transversale de la terre, ou tout du moins de l’hémisphère nord, sur laquelle le 45ème parallèle rencontre le méridien à mi-hauteur. Notre curiosité n’est pourtant pas rassasiée : faute de panneau explicatif, impossible d’avoir la confirmation que nous sommes face à une œuvre d’art publique et non un quelconque ustensile d’arrosage. Nous voulions en savoir plus.

La structure marquant le point de convergence (à gauche) et Vincent (à droite)

La structure marquant le point de convergence (à gauche) et Vincent (à droite)

No way is it some sort of farming equipment. Think of it as a cross-section of one half of the Earth! The piece is properly "interpreted" here although a part is now missing making the structure more difficult to understand...

Non, ceci n’est pas un outil agricole. Il s’agit bien d’une coupe transversale de la moitié de la Terre. Vous trouverez ici la juste interprétation de cette oeuvre, même si la disparition d’une de ses parties en rend la compréhension plus difficile.

Ne serait-ce que pour se mettre au sec, nous décidons de remonter en voiture pour rejoindre le village de Puynormand proprement dit, qui compte environ 300 habitants à l’année et qui doit son nom à sa localisation sur une colline (ou « puy ») et aux Normands (Vikings) qui ont fondé le lieu en 843. Avisant une boutique ouverte dans le village, nous entrons en quête d’informations sur le point de convergence. L’employée s’enquiert auprès de sa collègue, qui à son tour appelle immédiatement une connaissance ; peu après, nous la voyons revenir dans le magasin. Triomphante, elle nous annonce : « André Stanghellini va vous recevoir » et nous indique l’itinéraire pour se rendre chez ledit André. Nous ne nous attendions pas à une telle convocation – qui pouvait donc bien être cet homme mystère ?

C’est sans difficulté que nous localisons la maison. Devant le portail, une personne que nous supposons à juste titre être M. Stanghellini nous fait signe de pénétrer dans les lieux. Nous ne tardons pas à comprendre qu’accueillir les visiteurs avec chaleur et spontanéité est une seconde nature pour André, qui en effet gère avec son épouse une maison d’hôtes (dont les clients unanimes ne tarissent pas d’éloges). Bienvenue chez Papi et Mamie !

Après nous avoir installés au salon, André nous raconte qu’il est médecin militaire à la retraite et qu’il est revenu s’établir dans la région vers l’an 2000, avec l’espoir que le village tire parti de sa localisation unique. En 2002, il décide donc avec une poignée de passionnés de son entourage de créer l’association Greenwich 45 dans le but de constituer un véritable site touristique autour du point de convergence ; son double objectif est de « matérialiser l’endroit et de fournir des informations pédagogiques aux visiteurs ». André rêve donc d’installer des blocs de pierres pour marquer l’intersection entre les deux lignes imaginaires, assorties de panneaux explicatifs présentant les origines de la mesure du temps et le développement de la cartographie.

La vidéo vous donnera une idée de l’ambiance de notre visite, et contrairement à nous, vous n’aurez pas à vous mouiller :

Le rêve ne s’est pour le moment pas réalisé : à ce jour, l’unique indication du caractère géographiquement unique du lieu reste la structure métallique dont nous avons parlé, érigée il y a près de quatre ans à quelques mètres du point de convergence sur une parcelle appartenant à un ami d’André. André la qualifie de « machin » métallique ; on comprend bien que seule l’arrivée d’une installation plus conséquente serait à même de le satisfaire.

Le projet fait pourtant face à deux obstacles. Le premier est bien évidemment celui du financement. L’actuel maire de Puynormand, Joël Bayle, est semble-t-il plus réceptif à de telles initiatives que son prédécesseur, mais la municipalité ne pourrait de toute façon pas assurer à elle seule le coût du projet, qui doit donc mobiliser des fonds auprès d’entreprises locales. Le deuxième obstacle concerne la parcelle elle-même. Le projet tel que le conçoit André exigerait d’avoir accès à un terrain dont ASF (Autoroutes du Sud de la France) a fait l’acquisition dans le cadre de la construction de l’A89. Concédé depuis à la société Vinci, le terrain n’est pas utilisé et pourrait facilement être transformé en un petit parking pour les visiteurs. Si Vinci devait céder le terrain, il serait d’abord proposé à son propriétaire précédent puis au conseil municipal avant d’être soumis aux offres d’acheteurs privés. Pour l’heure, il semble qu’une telle transaction ne soit pas à l’ordre du jour ; en attendant une hypothétique vente, il faudra donc se contenter du « machin » en métal !

Nous demandons à André si beaucoup de gens ont entendu parler de l’intersection invisible. Selon lui, si les habitants de Puynormand connaissent l’endroit, il arrive assez peu souvent que des visiteurs comme nous viennent de plus loin exprès pour se rendre au point de convergence. Il nous raconte tout de même avoir récemment parlé à des cyclotouristes pour qui Puynormand était un des principaux arrêts d’un périple s’étirant sur toute la longueur du 45ème parallèle. André précise aussi que l’intersection a été immortalisée par un autre membre de son association, le vigneron belge Stefaan Massart : elle figure sur les étiquettes des bouteilles de son domaine, le Château Vilatte.

Au sec à la maison, quelques jours après la balade, à déguster un verre de Château Vilatte.

Au sec à la maison, quelques jours après la balade, à déguster un verre de Château Vilatte.

Inspirés par cette nouvelle, nous prenons congé d’André et retournons à la boutique du village, où nous remercions les employées pour leurs précieux conseils avant d’acheter quelques bouteilles du vin aux fameuses étiquettes. C’est en direction du point de convergence que nous reprenant la route, espérant que la pluie cesse assez longtemps pour nous permettre de nous imprégner de l’expérience unique d’être à mi-chemin entre l’équateur et le Pôle Nord, à la frontière entre est et ouest.

La vision d'un arc-en-ciel nous a laissé espérer un temps plus clément. Que dalle.

La vision d’un arc-en-ciel nous a laissé espérer un temps plus clément. Que dalle.

Il faut s’y résoudre : la pluie ne nous laissera aujourd’hui aucun répit. Après quelques minutes à l’abri, Vincent et moi-même décidons d’affronter les éléments (Dorian bénéficiant lui d’une dispense exceptionnelle) et boussole d’iPhone en main, nous mettons en quête du point (plus ou moins) exact où les deux lignes virtuelles se rencontrent. Tout en espérant ne pas attraper une pneumonie, une hypothermie ou autre maladie au nom se terminant par « ie », nous entreprenons de planter notre panneau maison indiquant les directions nord-sud (le méridien) et est-ouest (le 45ème parallèle). Nous tirons un certain plaisir de ce geste à n’en pas douter tout à fait illégal, qui marque une nouvelle étape vers l’implantation d’un véritable site sur les lieux.

Que du fait maison (au cas où vous ne l'auriez pas remarqué) !

Que du fait maison (au cas où vous ne l’auriez pas remarqué) !

Deux minutes plus tard, nous nous réfugions dans la voiture après avoir failli marcher sur un cadavre de crapaud et dans une flaque de vomi humain assez récent (on peut se demander si la personne indisposée connaissait la signification du lieu…). Nous sommes tous les deux trempés jusqu’à l’os : je ne vois plus rien à travers mes lunettes, tandis que Vincent doit retirer ses chaussures tant ses pieds sont mouillés. Chargé de nous indiquer le chemin du retour vers Bordeaux, le GPS nous ramène à l’autoroute exploitée par Vinci, la société dont dépend indirectement le succès du projet Greenwich 45. Si chez Vinci il y a des lecteurs de Bordeaux 2066, n’hésitez pas à nous contacter !

Ainsi s’achève notre aventure au point 45°N 0°, mais ce ne sera pas notre dernière visite : le rendez-vous est pris, c’est promis, nous retournerons à Puynormand (mais sous le soleil cette fois-ci !) voir si notre panneau en bois a survécu, si le « machin » métallique est toujours en place, et si le véritable site Greenwich 45 imaginé par André Stanghellini a fini par prendre forme. Puynormand, we will be back. 

Vue panoramique du point 45°N 0°

Vue panoramique du point 45°N 0°

Tim Pike, INVISIBLE BORDEAUX.

Traduit pour Bordeaux 2066 par Jean-Yves Bart.

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2 réflexions sur “Le point 45°N 0° à Puynormand : à l’intersection du méridien de Greenwich et du 45ème parallèle

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