Rue de Blaye

Que les choses soient claires. Le premier qui prononce « Blé » au lieu de « Blaille » sera envoyé en camp de rééducation dans les Arènes de Captieux pendant trois mois. Non mais c’est vrai, dire « Blé », c’est un peu comme demander un pain au chocolat dans une boulangerie, c’est le genre de truc qui vous grille à vie et pour lequel même le plus compréhensif de vos interlocuteurs se dira : « Ohlala le blaireau que je viens de croiser ». Oui, la tradition humaniste du Bordelais connaît certaines limites.

La rue de Blaye, pas très Centrale

La rue de Blaye, pas très Centrale

 Un topo rapide sur Blaille et le Blaillais pour ceux qui ne connaissent pas. Blaye est une petite sous-préfecture un peu enclavée, capitale de la Haute-Gironde, pays de marécages, de vignobles et de chasseurs. On y trouve également pêle-mêle une jolie citadelle Vauban en bord d’estuaire, une famille d’hommes politiques honorablement connus, une centrale nucléaire totalement sécurisée sans aucun risque d’aucune sorte pour l’homme, à part peut-être Stéphane, ou encore un rappeur ayant écrit une belle chanson sur Bordeaux. Enfin, dans l’imaginaire du Girondin moyen, elle est le dernier poste avancé de la mère-patrie avant d’attaquer la route du Grand Nord.

Trêve de grands discours, pour résumer nous vous proposons cette carte postale qui espérons-le fera fureur à l’ombre de la citadelle :

Chère mamie, ici à Blaye, tout va bien. Je chasse le ragondin et je mange beaucoup d'asperges.

Chère mamie, ici à Blaye, tout va bien. Je chasse le ragondin et je mange beaucoup d’asperges.

 Pourquoi on parle de Blaye au fait ? Car pour notre 39ème visite bordelaise, c’est rue de Blaye, au fond de Bordeaux Bastide, et au pied de la Cité de la Benauge qu’Excel a choisi de nous emmener.

En débarquant dans le quartier en ce samedi d’automne presque chaud, on sent qu’il se passe quelque chose : engins de chantier, panneaux de permis de construire… la rive droite n’a pas encore terminé sa mue (composez le 15) !

Rue de Blaye en revanche, pas de grands projets. La rue est longue d’environ 150 mètres, et se divise schématiquement ainsi :

– trottoir de droite, de petites échoppes en pierre avec jardinets

– trottoir de gauche, une longue barre HLM « Mesolia » de trois étages, suivie d’une grande maison bourgeoise devant laquelle trônent deux palmiers.

Rue de Blaye, trottoir de gauche

Rue de Blaye, trottoir de gauche

Rue de Blaye, trottoir de droite

Rue de Blaye, trottoir de droite

 Notre barre de logements sociaux est construite de telle façon que l’on peut passer dessous pour rejoindre la rue voisine, ce que nous ne manquons pas de faire. On rencontre alors Thierry en train de s’affairer en bleu de travail. Ce ferrailleur est installé là depuis les années 70, ayant pris la suite de l’usine Petit qui fabriquait casseroles et autres objets métalliques. Pour en savoir plus, Thierry nous invite à aller sonner chez Jacques, un peu plus loin.

L'ancienne usine Petit vue depuis l'arrière de la rue de Blaye

L’ancienne usine Petit vue depuis l’arrière de la rue de Blaye

Au bout de la rue, l'ancien domicile patronal

Au bout de la rue, l’ancien domicile patronal

 Jacques, il est né « sous Pétain », et il est Bastidien de toujours. Comme beaucoup de figures du Bordeaux populaire, Jacques a du « franc-parler ». Pour être un peu plus clair, ça veut dire que Jacques inclut environ 25 jurons à la minute quand il parle, sans que ces derniers soient destinés à blesser, mais plutôt à fleurir, à orner ses récits. Nous, on est fan.

La Bastide donc. Un quartier populaire dont « les Chartronnards à la con qui chient plus haut que leur trou du cul » ont toujours eu peur. Voilà pour les présentations. Concernant la rue, Jacques nous confirme l’existence passée de l’usine Petit et sa centaine d’ouvriers. La grande maison bourgeoise avec les deux palmiers dont on vous parlait tout à l’heure, vous le voyez venir, c’était bien la maison des patrons de l’usine. A l’époque où Jacques était enfant, cette maison avait un immense terrain, avec des arbres fruitiers, du potager, etc. Puis, l’usine ayant eu des difficultés, des premières portions de terrain ont été vendues jusqu’à la cessation complète d’activité et la vente de tous les terrains familiaux.

Facture de l'Usine Petit datée de 1937. Merci à l'Association Histoire de la Bastide pour cette trouvaille !

Facture de l’Usine Petit datée de 1937. Merci à l’Association Histoire de la Bastide pour cette trouvaille !

Densification urbaine

Dans ce qui fût un verger.

Bon, avouons le, avoir au bout de son jardin un verger qui se transforme en immeuble HLM, comme dit Jacques « On a fait la gueule le jour où c’est arrivé ». Mais un personnage comme Jacques n’est pas du genre à dire du mal des logements sociaux et de leurs occupants, lui qui n’a jamais eu de problème dans le quartier : « A la Benauge on dit qu’il y a des dealers, des trucs, des machins… Mais bon, il y en a partout hein, même place Gambetta ».

Et la transformation de la Bastide en quartier plus ou moins branché, il en pense quoi Jacques ? « Dès qu’on fait quelque chose de toute façon, les gens gueulent. Le tram, ça gueule. Des immeubles, ça gueule. Mais moi ça me va qu’ils construisent des immeubles, on est en ville. Celui qui n’est pas content il a qu’à se barrer à la campagne. »

Instruits par le témoignage revigorant de Jacques, nous arpentons une dernière fois la rue de Blaye. Cette fois c’est Pierre, la bonne trentaine, qui nous aborde : « Prenez pas de photos de ma maison, c’est la moins belle de la rue ». Représentatif d’une nouvelle génération bastidienne, Pierre a posé ses valises de ce côté-ci du fleuve il y a 10 ans, quand le quartier attaquait tout juste sa rénovation. Des regrets ? Aucun, nous explique-t-il en nous ouvrant son portail pour nous montrer son jardin. « Les gens sont très sympas ici, il y a beaucoup de solidarité. L’été on prend l’apéro ensemble, et l’hiver on se fait coucou par la fenêtre », rigole-t-il avant de filer à Darwin « boire un coup ».

Vue générale de la rue de Blaye

Vue générale de la rue de Blaye

Nous imitons Pierre mais restons fidèle au principe du blog qui nous impose de boire un coup dans le troquet le plus proche de la rue. C’est donc sur la terrasse du bar-PMU « Le Nicot » que nous clôturons cette promenade rue de Blaye.

Nous buvons un demi sur l’Avenue T(h)iers, à la santé de tous ces personnages entiers que nous avons rencontré.

Un demi sur l'Avenue T(h)iers (oui on est très fier de notre jeu de mots)

BONUS DEPAYSEMENT :

fgf

 Un peu plus inattendu, il existe également une rue de Blaye à Auberchicourt, petite ville ayant vu naître et grandir Pim du côté de Douai, en plein bassin minier. N’hésitez pas à aller y passer des vacances. Enfin, hésitez un tout petit peu quand même.

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5 réflexions sur “Rue de Blaye

  1. Qui a dit qu’il faut hésiter pour venir à Auberchicourt? C’est beau le bassin minier, sous la pluie, dans le brouillard! Et la bière coule à flot et elle est bonne!

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