Rue Victor et Louis Liotard

Après Paul et Jean-Paul Avisseau, voici qu’Excel choisit pour notre 43ème visite de nous envoyer dans une autre voie de Bordeaux « père et fils », puisque Victor Liotard, administrateur colonial de la fin XIXème / début XXème est le père de Louis, explorateur de la première moitié du XXème siècle.

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Si vous êtes célèbre et qu’un jour vous espérez bien avoir une rue à votre nom, pensez à ne pas avoir un enfant trop doué pour ne pas avoir à partager votre plaque de rue avec lui. Que nous réserve l’avenir en la matière ? Une place Guy et Nicolas Bedos ? Une avenue Serge et Charlotte Gainsbourg ? Une impasse Jean-Pierre et Benjamin Castaldi ? On aimerait avoir le plan de Bordeaux en 2150 pour le savoir !

En attendant c’est bien en cette fin d’hiver 2015 que nous enfourchons nos bicyclettes vers le Cours du Maréchal Gallieni, qui fut d’ailleurs compagnon de route de Liotard père, pour aller trouver un peu plus loin notre rue du jour. Nous sommes ici dans un paisible quartier d’échoppes, coincé entre la Médoquine, le CHU et le Parc Lescure (OK, Stade Chaban-Delmas si ça vous fait plaisir).

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Des clameurs s’élèvent dans le ciel bordelais. Un rassemblement de foule saluant les passages de grues et donc l’arrivée imminente du printemps ? A priori ces hourras émanent plutôt des supporters ayant plus ou moins correctement garé leur voiture sur un trottoir du quartier pendant 80 et quelques minutes. Cette ferveur qui vient chatouiller la très tranquille rue Victor et Louis Liotard n’y changera hélas rien : le Stade Français (parfois dénommés « ces ingculés de Parigots ») battra sur le fil l’UBB.

Mais laissons les Bordelo-Béglais espérer quelques minutes, puisque le match n’est pas encore terminé, et arpentons la rue, composée en quasi-totalité d’échoppes bordelaises dont seule une petite résidence style années 80 vient rompre l’harmonie. Un homme parle tout seul au loin, puis nous parle, sans que nous le sollicitions. Dans un discours un peu incohérent et globalement nerveux sont évoqués les patients de Charles Perrens (NB pour les non-Bordelais : le grand hôpital psychiatrique situé à une centaine de mètres de là) qui peuplent le quartier. Tout cela a quelques relents autobiographiques, mais qu’importe…

Beaucoup plus cohérent est le discours de Josy, qui profite de l’arrivée des beaux jours pour entretenir son jardin, et nous confirme l’influence de l’institution psychiatrique toute proche sur le voisinage, sans que cela soit réellement gênant. A part ça pas grand chose à dire sur le quartier, très calme, hormis le fait qu’il y a des bouchons une fois que les matchs sont finis au stade, mais cette nuisance mineure sera bientôt réduite puisqu’à partir du mois de mai prochain une grande partie du « problème » sera déplacé vers Bordeaux Nord, comme vous le savez probablement tous.

Originalité : une échoppe d'angle

Originalité : une échoppe d’angle

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82ème minute : Jules Plisson inscrit un drop pour le Stade Français qui repasse un point devant, c’est perdu…

Quelques minutes plus tard, la rue Victor et Louis Liotard se retrouve totalement saturée de voitures conduites par des supporters plus ou moins déconfits de canard, et il faut en effet s’armer de patience pour s’échapper vers le Cours Gallieni. Avant 1952 on n’aurait pas pu vivre cette scène, déjà car il y avait certainement moins de voitures qu’aujourd’hui, mais surtout car la rue était alors l’Impasse Grignon, et ne donnait probablement que sur la rue Quintin.

Que font les « explorateurs » de Bordeaux 2066 quand la rue qui porte le nom d’un de leurs pairs ne leur offre que peu d’anecdotes à raconter ? Ils filent boire une binouze en espérant que les dieux de la brève de comptoir leur seront favorables.

Qui a déjà remonté le Cours du Maréchal Gallieni pour filer vers Pessac ou le campus a peut-être déjà remarqué cette petite devanture en bois rouge « Bar-Cave chez Arthur ». Ne pas prendre le temps de s’y arrêter serait une erreur pour qui aime les dames un peu âgées qui ont des choses à raconter et la décoration foisonnante de lieux tout sauf aseptisés.
Non nous ne sommes pas les nouveaux François-Marie Banier … notre Liliane à nous c’est Georgette, pas loin de 80 ans, et qui tient son établissement depuis 1971. Entre deux parties de 421 avec une cliente, Georgette nous parle de son bar, qui vient de fêter ses 100 ans d’existence. En 44 ans de vie de bistrot, non seulement Georgette a amassé une collection impressionnante de bouteilles et objets en tous genres, mais en plus elle a conservé des reliques des propriétaires précédents, dont un certain nombre de trésors. En résulte un capharnaüm vraiment plaisant à l’œil, que l’on pourrait passer des heures à contempler dans ce bar-cave exigu.

L'histoire du bar affichée sur sa façade

L’histoire du bar affichée sur sa façade

Commande de vin "de 9 ou 10 degrés" exhumée par Georgette, datée de 1910 ! On notera également que le Cours du Maréchal Gallieni était le "Chemin de Pessac"

Commande de vin « de 9 ou 10 degrés » exhumée par Georgette, datée de 1910 ! On notera également que le Cours du Maréchal Gallieni était le « Chemin de Pessac »

Tout ceci serait parfait sans les quelques tracas qui empoisonnent Georgette. Mais pourquoi diable cette phobie des terrasses à Bordeaux ? De tous temps, il y avait ici une table et deux chaises, que Georgette laissaient volontiers à disposition des gens qui attendent le bus. Quand on lui a dit qu’il fallait remballer tout ça, Georgette qui a « toujours été disciplinée » n’a pas moufté mais l’a eu mauvaise.

Et puis nous aussi, les deux jeunes qui posent des questions en buvant une bière, est-ce qu’on ne serait pas un peu en train de l’emmerder la Georgette ? « La transformation de la ville ? Je m’en fous ! » C’est que Georgette a été le sujet de plusieurs articles de presse, accueille souvent des photographes ou des collectionneurs qui veulent lui racheter des objets, et ô consécration elle sera même peut-être bientôt sur vos écrans, puisqu’un documentaire sur les bistrots tenus par de vieilles dames à Bordeaux est passée la filmer. Bien sûr, on la sent fière, consciente du patrimoine inestimable qu’elle représente, mais finalement « à quoi ça sert tout ça ? Je me demande. »

Exemples de ce que l'on peut trouver chez Georgette

Exemples de ce que l’on peut trouver chez Georgette

Temple du Ricard

Temple du Ricard

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Laissons Georgette continuer à lancer les dés, et profitons du printemps précoce pour aller explorer les traces laissées par les explorateurs Victor et Louis Liotard : une sorte d’exploration 2.0 dirons nous. Après avoir visité la rue Victor et Louis Liotard, nous avons mis le cap vers le nord, direction Pont-l’Abbé d’Arnoult. Nous sommes ici en Charente-Maritime, à 1h30 au nord de Bordeaux et à deux pas de spots touristiques connus tels que Marennes ou l’île d’Oléron. Ce bourg compte quelques 1700 âmes vivantes, plus quelques défunts célèbres. Pas loin de Tabary, le dessinateur d’Iznogoud, reposent Victor et Louis Liotard, unis dans leur tombeau charentais comme sur leur plaque de rue bordelaise.

Caveau des Liotard

Caveau des Liotard

N’ignorant pas les dangers de s’aventurer trop longtemps en terra incognita (Louis Liotard a trouvé la mort dans une embuscade au Tibet en 1940), Bordeaux 2066 se risque tout de même à un apéro royannais pour clore son week-end. La fatigue du voyage et l’ivresse de l’exploration nous feront même trouver quelque grâce à l’océan boueux qui baigne nos voisins à l’accent pointu. Avec cette promenade entre stade, hôpital psychiatrique, bistrot centenaire et cimetière charentais, nous pourrons certainement convaincre la Société Française d’Exploration de nous attribuer le Prix Liotard 2015.

NB : notre copine Marie Blanchard, qui nous avait suivi rue du Docteur Yersin, écrit mieux que personne sur Georgette. Son article est sur ce lien.

NB 2 : aucun Charentais n’a été maltraité pour les besoins de l’article.

En pleine exploration à Marennes

En pleine quête du prix Liotard à Marennes

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2 réflexions sur “Rue Victor et Louis Liotard

  1. Ah là là.
    Pendant 6 mois j’ai habité à 100m de chez Georgette, et je l’ai jamais vue.
    Remarque à l’époque j’avais pas encore mes lunettes.

  2. Pingback: Bar Cave Arthur (Bordeaux) | Ποδήλατο καφέ - podilato caffè- (bicicletta caffè, bicycle cafe, bisiklet kahve, bicicleta café, café vélo, قهوه دوچرخه , 自行車咖啡, бицикл кафа )..................... Λιμάνι σ

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