Carnet de bord de Martin Hugues, adjoint au Maire de Bordeaux – politique fiction avec Deux Degrés

2016 : la ville de Bordeaux est totalement ruinée. Heureusement Bordeaux 2066 et Deux Degrés unissent leurs forces pour créer le cluster # FUTUR SMART LOW-COST CITY 3.0  et proposent une solution unique pour renflouer les finances municipales.

Découvrez ici le carnet de bord de Martin Hugues, adjoint (fictif) au Maire de Bordeaux. 

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2016. Tandis que « Le boss » vit entre France 2 et Europe 1, avec mon jeune et ambitieux collègue Robert Fabien, nous tirons la sonnette d’alarme. Ce qu’on ne pensait possible qu’à Sarreguemines ou à Maubeuge était en train de menacer Bordeaux l’opulente : des « finances publiques exsangues » titrait la presse locale, façon élégante de dire qu’on est dans la merde jusqu’au cou parce que y a plus un radis. Je savais qu’on n’aurait pas du attaquer la rénovation de cette 37ème place.

Mai 2017. C’est un triomphe. « Le boss » est arrivé au pouvoir, enfin. Il était temps : le miroir d’eau se dessèche au soleil du printemps, plus aucun Pibal n’est réparé, nous avons du faire appel aux punks du Cours Victor Hugo pour assurer des animations pour Novart, et depuis notre gestion si désastreuse de l’épidémie d’Ebola en 2015, nos crèches ont encore plus mauvaise presse qu’un orphelinat bulgare.

87% des Bordelais ont néanmoins voté pour le Boss. Bien sur, il s’attendait à un peu plus, mais le Boss n’est pas un ingrat. Il n’a pas squatté le haut des palmarès de tabloïds pendant toutes ces années pour revenir à la case départ, la case Chaban comme on l’appelle entre nous.

Juillet 2017. Je me promène dans mes quartiers favoris, là où s’épanouit mon doux électorat de centre-droit, loin des agitateurs si clivants de la droite socialo-centriste, qui squattent en masse les quartiers d’échoppes.

Cours de l’Intendance. Quel sens à ce nom ? Aucun. Je croise la rue Sainte-Catherine. Parmi tous ces badauds se faufilant entre les mendiants, qui connaît la glorieuse histoire de Catherine d’Alexandrie au 3ème siècle ? Personne. Je continue : Cours du Chapeau Rouge. Nom ridicule s’il en est.

Au détour de ma balade, j’écoute d’une oreille une conversation entre deux ados :

  • On se retrouve au HMS à 19h.
  • Où ?
  • Tu vois la place triangulaire où qu’il y a plein de bars avant la Victoire ?
  • Ah ok, ça marche.

« La place triangulaire où qu’il y a plein de bars avant la Victoire ». Là voilà notre idée pour faire des projets sans projet ! On va renommer les rues. Seulement les renommer comme les gens aimeraient. Avec ça, plus aucun touriste ne sera paumé. La place triangulaire où il y a plein de bars avant la Victoire s’appellera : « La place triangulaire où il y a plein de bars avant la Victoire ». Les bordelais auront l’impression que les choses changent mais sans changement. Parfait pour occuper le terrain. Faut que j’en parle avec Robert Fabien.

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Eté 2017 : Le Boss est d’accord, y a plus qu’à.

Groupes de travail, réunions, ateliers participatifs. En un mois de travail, nous avons nos nouveaux noms de rue. Je flippe un peu avant la mise en place des panneaux mais Robert Fabien me rassure. « Ca va twitter !»

Ça a twitté. Les bordelais ont adoré. Ils trouvent ça pratique. On a même eu droit à la une sur Melty.fr ! Les gens en redemandent. Des lettres d’encouragements par milliers : Cynthia de Marmande, Elodie de Castelnau de Médoc, Redouane d’Ambarès, etc. Tout le monde est emballé.

Avec Robert, on est parti fêter ce grand coup dans le monde du marketing territorial, rue des Pillers de Tutelle, à la Calle Ocho. Salsa, bachata, rhum jusqu’à 0h45 ! En sortant, Robert vient me voir un peu éméché et me dit : « Putain, ce serait plus pratique si cette rue s’appelait la rue de la Calle Ocho ! » puis il trébucha vers une jeune militante UDI. Une connaissance visiblement.

La rue Calle Ocho ? C’est une idée géniale pour remplir les caisses. On va faire du naming! Comme pour les stades qui vendent leur nom à des marques, nous allons vendre les noms des rues de Bordeaux et amasser les Euros. Les jaloux vont maigrir, comme disent ces jeunes qui font de la planche à roulettes devant le Grand Théâtre.

Septembre 2017. Pour redonner tout son lustre à notre belle cité, il faut marquer un grand coup. On doit viser la compétitivité mondiale, le mainstream de haut-niveau.

On veut des marques clinquantes, 3.0. Le boss passe quelques coups de fil et bingo, les premiers noms sont tombés : la Place de la Comédie devient la Place Apple, la Place de la Bourse est renommée la place Selfie Instagram. Concernant le cours de l’Intendance, les débats ont été rudes mais ce sera dorénavant le cours Nespresso. Et pour la rue Porte Dijeaux, on a fait monter les enchères et elle s’appellera la rue Baillardran.

Celui qui a un peu craqué, c’est Martin Bouygues. Il est tellement riche qu’il voudrait un quartier entier, quelle histoire… Heureusement on a pu lui vendre un petit quartier qui a perdu vachement de valeur ces derniers temps, Ginko je crois que ça s’appelle. « Cité Bouygues », ça sonne tellement mieux. En plus ça tombe bien, me souffle Robert entre deux coupes de champ’ : « C’est moi qui l’avait fait bâtir à l’époque ce truc ».

Je rentre un peu ivre de cette inauguration. J’y songe, faudrait peut-être pas qu’on croit à du favoritisme, j’aurais vite fait d’avoir Mediapart au cul. Deux semaines après, Pichet rachète le Pont Chaban.

« PICHET 1 – 1 BOUYGUES » titre Sud Ouest. Ouf, mon intégrité est sauve. Et le pont Pichet en face de la grande carafe de la cité du vin, ça plaît aux touristes. Y’en a du chinois qui se prend en photo avec un verre de rouge à la main.

Janvier 2018. Une missive arrivée de Porto nous a bien fait marrer à la Mairie. Superbock, la fameuse bière portugaise, a entendu parler de notre démarche et veut racheter le Cours de l’Yser. Ils y ont remarqué un pic de vente unique en France qu’ils nous disent. Au début on les a pas trop pris au sérieux, puis finalement ils nous ont allongé 200 000 euros et mis à disposition des milliers de goodies à distribuer dans les bars. La population locale est absolument ravie. Pour l’inauguration, la fête a duré tard dans la nuit dans le barrio. J’ai prévenu Sud Ouest, pour qu’ils ne fassent pas leur 9ème article du mois sur le tapage nocturne et l’insécurité dans le quartier.  Saude !

Mars 2018. Pour les premiers rayons de soleil du printemps, ça ne pouvait tomber mieux. Rihanna se porte acquéreur des quais de Bordeaux. Un chèque de 3,5 millions d’euros vient de tomber. Je demande à Robert d’aller illico rallumer le miroir d’eau. On est quand même un peu embêtés, elle n’a pas voulu acheter tout ce qui est au sud du Pont Saint-Jean. « Too dirty, too dangerous » qu’elle me dit la barbadaise. Tant pis, les Quais de Paludate deviendront « Quais de la Seat Ibiza jaune canari », en hommage aux nombreux fêtards des zones périphériques qui possèdent ce véhicule. J’ai appelé le concessionnaire Seat du Bouscat, ils sont ravis et veulent bien organiser un défilé de Seat Leon tunées pour fêter ça. Qui a dit qu’on avait une politique culturelle élitiste ? Dans le cul Lulu.

Jackpot : 2 600 000 € supplémentaires par an dans les caisses et une campagne de presse dans le monde entier.

Nos virulents opposants de centre-gauche crient à l’hérésie culturelle et nous traitent de vendus au grand capital. Les pauvres, s’ils savaient ce qu’on leur réserve. J’ai déjà hâte d’aller pisser dans l’Impasse Vincent Feltesse.

 

Mai 2018 : Les vannes sont ouvertes, on ne nous arrête plus. Ce sont les commerçants locaux qui veulent leur plaque de rue dorénavant. Tous les amis du boss veulent le nom de leur enseigne sur le plan de Bordeaux. Denis Mollat est vert que la rue Porte-Dijeaux ait déjà été vendue à Baillardran. En même temps il pouvait pas suivre, quand on y pense, un canelé ça marge mieux qu’un bouquin. Et puis ça va quoi… on lui a vendu Vital-Carles pour 350 000 €. Si ça c’est pas de l’amitié, je ne m’y connais pas…

En tout cas ça commence à devenir du sérieux en centre ville : la Place Fernand Lafargue devient Place Apollo (désolé pour le type qui vit au numéro 13), la rue de Cursol devient rue Sport et Aventure…

Même les gauchistes s’en mêlent : la Place Camille Julian a été rachetée par Utopia ! Du coup on est allé voir Darwin, mais ça ne les intéressait pas de racheter les Quais des Queyries. La vengeance n’étant pas un plat bio, on les a renommé « Darloose ». Je ricane.

Juillet 2018 : « ONE, TWO, THREE, VIVE LE MALI » ! Ohlala quelle ambiance Place de la Victoire !! C’est complètement ouf ce qu’il vient de se passer, le Mali vient de battre le Brésil en finale de la Coupe du Monde !! Et qui a inscrit le doublé de la victoire ? CHEIKH MAAAAGIC… DIAAABAAATEEEE ! Un but de chaque genou, un vrai artiste !

C’est une des images les plus regardées au Monde : Cheikh vient de déclarer à la télévision officielle russe qu’il pensait fort à tous ses amis et à sa famille à Bordeaux. Le site de la mairie et l’onglet « Invest in Bordeaux » ont reçu plus de 6 millions de clics dans la nuit !

J’appelle de suite Jean-Louis Triaud, y a pas à hésiter : on cesse les pourparlers avec Cacolac pour acheter le nom du Grand Stade. Désormais Girondins et UBB se partageront le Stade Cheikh Diabaté. On est en Une de l’Equipe et de la Gazzetta dello sport, on est des putains de génies.

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Septembre 2018 : Ca commence fort cette rentrée politique. Mes opposants me gonflent. D’après eux, je serais réac et vieux jeu. Robert Fabien me lance une idée : nous allons les prendre à leur propre piège et adopter une des mesures les plus féministes que puisse prendre un élu local. Et ce de façon participative, s’il vous plaît. Je m’explique : Mauriac, Montaigne et Montesquieu, ils sont sympas, mais ils ont fait leur temps. Quant au marché des Grands Hommes, ces tanches de touristes croient qu’on rend hommage à Patrick Bruel. N’importe quoi.

C’est donc pour être raccord avec notre époque que nous consultons la population pour changer le quartier des Grands Hommes en quartier des Grandes Femmes. Il s’agit derenommer les rues du triangle avec des noms de femmes qui ont marqué notre époque. Avec 5879 retweets, ça buzze au taquet comme idée.

Octobre 2018 : La démocratie participative a parlé : Voltaire, Montesquieu, Buffon, Jean-Jacques Rousseau, Montaigne et Diderot deviennent respectivement Loana, Nabilla, Enora Malagré, Jenifer, Ayem et Ophélie Winter. Le patron du Chapon Fin est furax d’être rue Nabilla. Fallait pas me pousser vers la démocratie participative, on ne m’y reprendra plus.

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Novembre 2019 :
Un an après l’épisode des Grandes Femmes, nous voilà dans une situation bizarre. Cette affaire a fait le tour des médias, les internautes en raffolent toujours mais le prestige de notre politique de naming en a pris un coup et les caisses ne se sont pas aussi remplies que prévu. Le nouveau dircom, un ex-boss de Twitter France, a pris la seule décision irrationnelle à prendre dans ce cas là : continuer dans le nom racoleur et espérer que ça génère beaucoup d’argent plus tard. Une idée qu’il a volé à son ancienne boîte avant qu’elle ne coule.

Bienvenue dans l’escalade de la connerie, dans le monde du like au kilo.

Acte 1.
Lyon pique notre idée, l’ancienne capitale des Gaules se met au naming également. Les pauvres, ils n’ont pas les épaules. On va leur faire une démonstration de buzz territorial offensif. Je suggère à Robert Fabien de rebaptiser l’esplanade des Quinconces. Elle devient : « La plus grande place d’Europe devant la Place Bellecour .» Le dircom fait une grimace, il trouve ça consensuel. Il propose plutôt : « La plus grande place d’Europe devant la Place Bellecour de ces tarlouzes de Lyonnais #Gourcuff ». A notre tour de grimacer mais trop tard, l’annonce Facebook est déjà publiée. Magie de l’Internet, nous passons pour des génies. Bordeaux 1 – 0 Lyon. Ce n’est pas notre plus belle victoire à mon goût.

place des quinconces

Acte 2.
Des commerçants nous résistent, ils ne veulent pas payer. Ils s’allient et refusent de changer le nom de leur rue. Tant pis pour eux. Ils jouent notre jeu ou ils crèvent. On va frapper fort. On écrit le projet de délibération rebaptisant la rue St-Rémi : « la rue des restaurants de merde qui te servent des surgelés à 20€ ». Cela ne suffit pas, les commerçants résistent à la pression, ils ne veulent toujours pas céder. Le conseil municipal approche. Je dis à Robert d’arrêter mais il ne veut pas. Il veut faire rentrer l’argent dans les caisses. Trop occupés sur notre cas de conscience, on se fait déborder par le nouveau dircom qui annonce sur Facebook que la mairie a trouvé un deal avec Findus pour rebaptiser la rue de la Tupina… Ca sent bon la guerre civile. Combat de commentaires sur Internet mais ce foutu dircom sait ce qu’il fait. Il annonce que le patron de la Tupina serait peut-être plus heureux avec un restaurant sur le Cours des Kebabs, des coiffeurs africains et des sex-shops (anciennement cours de la Marne). Tout le monde approuve, tout le monde rigole, sauf le proviseur du Lycée Gustave Eiffel (qui à l’époque s’était prononcé pour le « Cours Elite de la nation »). Fin de la polémique. Incompréhensible.

Acte 3.
Un post Facebook anodin propose de renommer le carrefour le plus accidentogène de Bordeaux, la place Bir Hakeim, en l’honneur du joueur de foot le plus accidentogène de Bordeaux, Frank Jurietti. Internet tremble au delà de Bordeaux. 3 jours après, suite à une belle victoire 1 – 0 des Girondins face au Red Star, un groupe de supporters éméchés change lui-même le panneau. Photos, articles de journaux, reportage Téléfoot. Le naming est un succès total, nous sommes dépassés. Les articles de loi sur le domaine public n’impressionnent plus personne.

Acte 4.
Le naming ayant avant tout lieu dorénavant sur Facebook et loin des plaques de rue, tout le monde s’en donne à coeur joie. Le naming à portée de main ! Pour le meilleur mais surtout pour le pire. Le community manager ne peut plus gérer. Certains veulent renommer la dalle de Mériadeck en « dalle des fonctionnaires qui glandent dans la galerie Auchan ». Succès. D’autres veulent renommer la Barrière de Toulouse en « barrière avec ce putain de radar automatique ». Succès. Quelques étudiants proposent de remplacer Place de la Victoire par « Place de la tortue de merde à côté de la colonne avec plein de dealers où tu peux boire des coups pas chers avant d’aller pécho Quai de la Seat Ibiza Jaune ». Demi-succès. A la proposition d’un certain Stefano de renommer les allées Tourny en  « Allées de la pouffiasse en Mini Cooper« , le site est fermé. Faut dire que ça avait heurté quelques épouses de notables qui s’étaient reconnues. Qu’est-ce qu’on s’est marré avec ce truc ! Enfin il était temps, le dircom est viré. De mon côté je rends mon tablier, totalement usé par toutes ces conneries 2.0. Un petit nouveau me remplace. Il est jeune, beau et bourré de talent. Un certain Florian Nicolas.

allées Tournybarrière de toulouse

Passez la souris sur les points noirs pour voir apparaître les noms de rue 

EPILOGUE

Biographie de Florian Nicolas

Vie politique :
Assureur, opticien, agent immobilier, vendeur de cigarettes électroniques et homme politique français. Premier adjoint au Maire de Bordeaux de novembre 2019 à décembre 2019.
Sa première action fut de ré-institutionnaliser la politique de naming de la Mairie de Bordeaux. Voulant sortir de la polémique qualifiée de « nauséabonde » de « l’allée des pouffiasses en Mini Cooper » menée par son prédécesseur, Martin Hugues, il proposa de renommer la statue de Jacques Chaban-Delmas (place Pey Berland) en « statue d’un inconnu marchant vers Alain Juppé ». Il fut démis de ses fonctions le lendemain de l’inauguration surprise de la statue en présence d’Alain Juppé, alors Président de la République.

L’article Sud Ouest du 24 décembre 2019 titra : « On n’avait plus d’argent pour faire une nouvelle statue ! »

Divers :
A la fin de sa carrière politique, Florian Nicolas se lance dans une carrière de chanteur de charme en EHPAD. Il déclare en mars 2020 à Sénior magazine : « Je souhaite changer le quotidien des femmes qui écoutent mes disques. Mon ambition est de donner de l’espoir à toutes les françaises.« 

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Une réflexion sur “Carnet de bord de Martin Hugues, adjoint au Maire de Bordeaux – politique fiction avec Deux Degrés

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