Cours Barbey

Ca y est, nous revoilà ! Entre les ponts de mai peu propices à nos ballades bordelaises, et l’écriture d’une petite saga de politique fiction avec nos amis de Deux degrés, il faut l’avouer nous avons un peu abandonné les rues bordelaises que l’on aime tant parcourir. Mais ça y est, nous voici de retour à nos premières amours … pas fâché de notre absence, Excel plutôt bon joueur, ne nous envoie pas vers une énième rue de Caudéran mais à deux pas de la Gare Saint-Jean, sur le cours Barbey.

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Le Cours Barbey … un nom qui sonne familier pour de nombreux Bordelais : école, Rock School, Auberge de Jeunesse … Beaucoup de lieux portent le nom de cet ancien ministre de la Marine et des Colonies ! La rue concentre en quelques mètres de nombreux équipements publics, et finalement assez peu de logements : si l’on ne s’est pas trompé il n’y a qu’un seul immeuble d’habitation. Et encore, une partie du bâtiment fait office d’appart-hôtel accueillant en vrac les nouveaux arrivants, les étudiants en recherche d’appartement, les travailleurs temporaires …

Ceci dit, le quartier devrait bientôt accueillir de nouveaux habitants, puisque de l’autre côté du trottoir se dresse l’ancien bâtiment de Santé Navale, en cours de réaménagement. Fermée depuis 2011 dans le cadre de la réorganisation des Armées, l’école fut pendant de nombreuses années une institution nationale, formant des générations de médecins militaires au costume si reconnaissable, dont le sérieux et le solennel jurait parfois avec l’ambiance popu (voire à une époque louche) du Cours de la Marne. Au fait vous savez qui était à l’origine de l’installation de Santé Navale à Bordeaux ? Monsieur Edouard Barbey lui-même. Juste hommage de Bordeaux que de lui attribuer un nom de rue donc.

Vous visualisez le portail d’entrée de feu Santé Navale sur le Cours de la Marne ? Mais si, ça :

Capture d'écran Google Street View - fainéantise de Bordeaux 2066 qui pourtant bosse à 200 mètres de là et aurait pu se bouger

Capture d’écran Google Street View – fainéantise de Vinjo qui pourtant bosse à 200 mètres de là et aurait pu se bouger

Alors figurez-vous que jusque 1964, date à laquelle le pâté de maisons dans son ensemble a été remanié, cela correspondait à l’ancien tracé du cours. Ce dernier reliait tout droit la place André Meunier à la place Dormoy, ce qui semble quand on y réfléchit plus logique que le tracé actuel. Du coup le Cours Barbey a été déplacé de quelques mètres, lors d’une grande opération chabano-urbanistique tout en finesse comme on savait le faire à l’époque (imaginez un projet aujourd’hui : « Bon on va déplacer le Cours de l’Intendance, tout le monde dehors »). Qu y avait-il avant à la place de l’actuel Cours Barbey ? Alors là… D’anciennes photographies aériennes laissent deviner quelques entrepôts et quelques logements, mais difficile de savoir. Si un de nos lecteurs a une réponse là-dessus, nous sommes preneurs.

A propos de photo aérienne, regardez comme on le voit bien, l’ancien tracé du Cours Barbey :

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A partir de 2017 le site reconfiguré devrait accueillir des logements sociaux, des logements étudiants, un hôtel, des bureaux, et même une coulée verte pour relier les places entre elles. Tiens tiens, comme avant 1964 finalement, l’histoire bégaye dans le quartier !

En attendant l’arrivée des grues et des marteaux piqueurs, le quartier reste calme, et ce n’est pas Philippe qui nous dira le contraire. Arrivé de sa Martinique natale, Philippe est depuis vingt ans le gardien du gymnase qui occupe un bon tiers de la rue, une salle de sport sans histoires qui accueille notamment les activités du BEC, un mur d’escalade et un certain nombre de sports de combats asiatiques dont les subtilités nous échappent un peu il faut bien l’avouer …

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Sur les murs du gymnase

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Revendications diverses et variées

Ressortons Cours Barbey et observons la faune locale. Plan de Bordeaux en main, sac au dos, Anglais ou Espagnol à la bouche, ils remontent tous le trottoir vers un même nid : l’Auberge de Jeunesse ! Appartenant à la Mairie mais gérée par une association indépendante, l’établissement existe depuis 1963 (à peu près comme tout le Cours Barbey actuel, pour ceux qui ont suivi), et la centaine de lits disponibles sont bien souvent tous réservés … c’est ce que nous explique Murielle, une des responsables de l’accueil qui nous fait faire un rapide tour du propriétaire. Vous avez connu les auberges de jeunesse crados, où même dans votre jeunesse hippie vous trouviez ça dégueulasse mais n’osiez pas le dire de peur de passer pour un affreux réac ? Bon, cette page est bien tournée ici : avec des prestations de qualité dans un bâtiment refait à neuf en 2011, on peut considérer que les 23€ qui sont demandés ne sont pas volés.

L'Auberge de Jeunesse

L’Auberge de Jeunesse

Décidément il y en a du monde Cours Barbey. A peine sortis de l’auberge (pause rires), on voit un attroupement qui commence à se former. Pas la peine d’être expert en bordologie pour deviner qu’il s’agit des premiers spectateurs du concert du jour de la salle connue dans toute l’Aquitaine et bien au-delà : la Rock School Barbey.
Les deux demoiselles fans d’Aaron à qui on tente d’adresser la parole se montrant particulièrement désagréables (alors que merde quoi, on voulait même pas vous draguer, enfin pas trop quoi), nous nous tournerons quelques jours plus tard vers des interlocuteurs bien plus accueillants : Manu, programmateur (NB : il paraît que Manu écoute TOUS les morceaux qu’on lui envoie, n’hésitez donc pas à lui faire parvenir de nombreuses daubes musicales), Flore, chargée de com et Yolaine, stagiaire, nous refont un peu l’histoire de ce mythique lieu dont on a récemment fêté les 25 ans.

Dans les années 80, les dénommés Eric et Patrick étaient de jeunes punks du côté de Sauveterre-de-Guyenne, où on a semble-t-il tendance à préférer le vin rouge aux agitateurs. Devenu éducateur dans ce quartier alors très défavorisé de Bordeaux, Eric a de fil en aiguille su tisser des liens avec les autorités chabanistes d’alors pour organiser des concerts de rock dans ce qui était un théâtre à l’italienne appartenant à la ville : le théâtre Barbey. Pour l’anecdote, les concerts d’alors étaient financés sur une ligne budgétaire de prévention de la délinquance, c’est dire comment on considérait le rock et les rockers…
Bref passons les détails, mais en 1989 c’est acté : exit le théâtre Barbey, bonjour la Rock School Barbey ! Le concept était, et il est toujours, le suivant : une salle pour les concerts, et des cours de musique pour qui veut. Mais attention, pas les cours de solfège qui vous faisaient chialer le mercredi quand vous aviez 8 ans, non. Rock School c’est aujourd’hui un label déposé, et ça répond à une conception moderne de l’apprentissage musical partant du principe que chacun peut se faire plaisir à son niveau : pas de solfège, pas d’horaires imposés, des ateliers collectifs, etc etc.

Dans une loge de Barbey

Dans une loge de Barbey

Comme son nom ne l’indique pas, on peut venir écouter toutes sortes de musiques actuelles à la Rock School. Mais quand même, ce sont de grandes figures du rock au sens large qui ont le plus marqué l’histoire de la salle : Camera Silens (pour la scène locale), les Béruriers Noirs, Fugazi (groupe américain phare du hardcore qui a cessé toute activité mais a sorti il y a deux ans 1 live enregistré à … Barbey !), la Mano Negra, etc etc.
Aujourd’hui cette salle de 700 places est gérée par une association qui embauche 12 salariés, et de belles affiches sont encore à prévoir. « Oui Bordeaux est toujours une ville rock » affirme Manu, et la Rock School observe sans inquiétude les profondes transformations de ce quartier il y a encore peu de temps marginalisé. Pas d’inquiétude non plus sur l’ouverture prochaine d’une salle géante à Floirac : avec ses 700 places, la Rock School ne vise pas le même public et n’accueillera a priori jamais Johnny ou Kenji Girac.

Traces d'artistes de passage

Traces d’artistes de passage

Ah oui, à la Rock School il y a aussi un bar, mais depuis quelques années il ne fonctionne plus que pendant les concerts. Lors de notre visite de fin d’aprem, nous sommes donc allés un petit peu plus loin pour boire notre traditionnelle bière de fin de rue, sur la place Dormoy ou s’est installé depuis plusieurs années Le Petit Grain, un bar / restaurant associatif né dans le sillage de l’association Yakafaucon qui regroupe des habitants du quartier. Ici les repas sont participatifs (cuisine comme vaisselle sont faites par des adhérents) et la bière est locale et artisanale. En plus de servir à boire et à manger, le Petit Grain propose tout un tas d’activité à ses adhérents : du taïchi au tricot en passant par le jardinage. Certaines mauvaises langues trouveront ça bobo. Nous on s’en fout, on a été drôlement bien installé à siroter notre petite Saint-Léon à l’ombre en observant la vie de quartier, et le personnel de l’asso est très accueillant. Mais c’est sur que c’est pas l’endroit pour garer son Hummer limousine en double file, avaler un mojito royal cul sec et repartir en faisant crisser les pneus…

Vie de quartier

Vie de quartier

Des militaires navalais aux écolos-babos modernes en passant par des punks du vignoble, sacrée trajectoire ce Cours Barbey : déviée, mais certainement pas déviante !

Santé (navale) !

Santé (navale) !

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