Rue D’Artagnan

Pour cette 49ème visite, un brin d’appréhension soufflait dans l’équipe de Bordeaux 2066. Tout juste habitués à d’éphémères apparitions médiatiques locales, voilà que pour ce tirage au sort nous recevions la visite de Marie Misset, qui certes est moins célèbre que Claire Chazal, mais cause tout de même trois heures par jour sur Radio Nova pour l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde ». Tel 40 degrés à l’ombre à l’époque, Marie et son équipe s’offrent un petit tour de France estival pour humer l’air du pays, qui passait par Bordeaux cette semaine là. Ces journalistes parisiens ayant de bien drôles d’idées, Marie s’est dit qu’elle allait tirer une rue au sort avec nous et venir l’arpenter, micro en main.

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On ne sait pas trop si Excel a voulu faire honneur à notre thématique #bdxmoche (ceux qui nous suivent sur Facebook ou Twitter comprendront) ou encore s’il a souhaité impressionner notre visiteuse qui avait pris ses quartiers d’été sur la très cosy Place du Marché des Chartrons, mais toujours est-il que le sort nous a mené rue d’Artagnan, en plein secteur non rénové de la rive droite, au bout du moche Pont Saint-Jean et le long du moche Quai de la Souys. Même Robert Coustet dans son viographe des rues de Bordeaux n’y va pas avec des pincettes et écrit : « La rue dédiée à ce symbole de l’intrépidité gasconne n’est en réalité qu’une pauvre impasse ».

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La première sensation en arrivant sur place est olfactive : « Ça pue ». Il faut dire qu’il faisait fort chaud ce matin là, et que les bas-côtés de la rue d’Artagnan ressemblent un peu à cours de biologie sur la biodégradabilité des déchets, la pâleur de certains emballages laissant penser que ça n’était pas le premier été qu’ils passaient dans le secteur.

Perspective générale de la rue D'Artagnan

Perspective générale de la rue D’Artagnan

Banc abandonné

Banc abandonné

« STOP » abandonné

L’équipe de trois mousquetaires que nous formons pour l’occasion arpente la rue d’Artagnan, qui est donc une impasse où l’on remarque tout d’abord le dépôt des Cars de Bordeaux, l’entreprise qui exploite notamment la navette Jet’Bus entre l’aéroport et la gare Saint-Jean. On y papote rapidement avec Sébastien, qui est responsable des plannings des conducteurs, et qui a donc la lourde responsabilité de vous faire arriver à l’heure pour prendre votre avion.

Tourisme radiophonique dans les rayons de Gédibois

Tourisme radiophonique dans les rayons de Gédibois

Coincé entre les Cars de Bordeaux et un magasin Gédibois, qui n’est autre qu’un Gédimat dédié au bois, on remarque un petit enclos avec deux caravanes et un petit cabane en bois : y aurait-il des habitants dans cet univers minéral et industriel ?

Oui ! Cette vie humaine, c’est Tony et Chantal qui l’apportent à la rue d’Artagnan. On s’en doutait certes un peu, mais Tony nous précise d’emblée : « On est de la communauté des gens du voyage ». Rue d’Artagnan, Tony y gardienne la friche voisine, qui appartient à un ami qui a pour projet d’y installer une centrale de béton, qui semble bien compromise face à l’ogre Euratlantique. Peut-être a-t-on une gueule à avoir des préjugés, mais en tout cas Chantal et Tony nous précisent qu’ils travaillent tous les deux et mènent une vie comme vous et nous, sédentaires, mais dans une caravane. « La vie en appartement j’ai connu, mais j’peux pas », nous confie Tony qui a ça « dans le sang ». Le mot de la fin pour Radio Nova ? « Vous êtes choukar ». Ça veut dire « jolie » en manouche : Bordeaux 2066 gagne à féminiser ses promenades.

Chantal et Tony, deux des rares habitants de la rue D'Artagnan

Chantal et Tony, deux des rares habitants de la rue D’Artagnan

Eh oui, déambuler avec une jeune femme, ça peut ouvrir des portes. Mais pas une porte Premdor en l’occurrence. Tout au bout de la rue d’Artagnan, qui est en fait une impasse, se trouve cette usine d’environ 100 salariés, ainsi que le siège social français de cette entreprise américaine. On y fabrique des portes en bois, pour entreprises ou pour particuliers. Pourquoi installer son siège à Bordeaux ? « Le climat peut-être ? » nous répond-on sans conviction à l’accueil. L’accueil restera cordial mais prudent : pas de photos, pas de visite de l’usine non plus… la porte se referme !

A défaut de portes, les auditeurs de Nova et les lecteurs de Bordeaux 2066 pourront se consoler avec du vin. En rebroussant chemin dans la rue/impasse d’Artagnan, le grand hangar « CVL » est le dernier occupant de la rue que nous visitons. On remarque tout d’abord un bateau garé sur l’immense parking, dont personne ne peut expliquer la présence, soit. Pour le reste, à l’intérieur, c’est du pinard. Nous nous trouvons ici sur un lieu de stockage de grande surface. Ça ne paye pas de mine, mais ça fait que du coup le must du terroir girondin peut se trouver rue d’Artagnan, ce qui n’est pas franchement évident de prime abord. Et puis ça a fait plaisir à notre « touriste » parisienne : « On est vraiment à Bordeaux ici ! »

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Le truc qu’on n’a pas encore dit dans cet article, c’est que si on trouve autant d’usines et d’entrepôts rue d’Artagnan, c’est parce qu’on est en pleine rive droite, où la vocation industrielle s’est affirmée au 19ème siècle notamment par le biais d’un réseau dense de chemins de fer. On est ici en plein secteur de fret, qui raccordait les voies ferrées de différents points cardinaux et qui était donc un lieu intéressant pour la production et le stockage. Seulement ici les voies ferrées ont progressivement été abandonnées, mais le quartier n’a pas perdu sa vocation industrielle pour autant. Alors comment on les achemine toutes ces marchandises ? En voiturette électrique ? En Segway ? En trottinette solaire ? ET NAN : en gros camion qui pue ! Que ça soit Gédibois, les portes Premdor, ou encore le pinard : tout se fait en camion rue d’Artagnan, autant dire qu’on est loin de la zone 30 machin truc où les enfants peuvent jouer au ballon au milieu des papillons.

RTL avait à l’époque une émission appelée « Les routiers sont sympas ». Pas sur que Radio Nova la reprenne à la rentrée prochaine, mais néanmoins si l’on se base sur le jeune Boris : oui les routiers sont sympas ! Avec son camion immatriculé 49, Boris arrive de Cholet, et il attend que Premdor lui ouvre la porte pour justement pouvoir en charger. Du coup il patiente à l’ombre avec un sandwich de la boulangerie du Quai de la Souys, avant de refaire les 4 heures de route en sens inverse. Choyons la rue d’Artagnan, pour certaines personnes elle est l’unique aperçu qu’elles auront de Bordeaux !

Boris le routier

Boris le routier

Nous on ne reprend pas la route, du coup on file boire une petite bière, fidèles à nos habitudes. Pour clôturer cette visite dédiée aux hangars et à l’industrie, on reste dans le thème en profitant de la terrasse de Futbol Futbol, un complexe sportif dédié au foot en salle. Normalement on boit une bière après un harassant match de foot, bon nous on va faire comme si hein ! C’est à l’ombre d’un hangar et de palettes de manutention que nous trinquons à la santé de d’Artagnan, l’intrépide gascon à la « pauvre impasse » ,de Radio Nova et surtout aux vacances qui arrivent. On se retrouve en septembre pour de nouvelles rues, et d’ici là si vous vous ennuyez sur la plage ou dans les bouchons vous pouvez (ré)écouter notre passage sur Nova :

Reportage rue D’Artagnan à partir de 10’30 : http://www.novaplanet.com/radionova/47592/episode-bordeaux-vendredi-partie-1

Interview à partir de 21′ : http://www.novaplanet.com/radionova/47594/episode-bordeaux-vendredi-partie-2

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BONUS : envie de parler manouche ? Consultez donc ceci.

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