Aux quatre coins de la Gironde – partie 2, Captieux et ses anciens bordels

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Dans la première partie de ce récit d’une tentative de nous rendre aux quatre coins de la Gironde en une seule journée, Tim Pike (Invisible Bordeaux) et Vinjo avaient conquis Le Verdon et ses innombrables monuments, puis le vide de Saint-Avit- Saint-Nazaire. Les voici désormais à l’extrême sud du département, à Captieux.

Un récit de Tim Pike, traduit pour Bordeaux 2066 par Jean-Yves : 

Nous arrivons au lieu-dit Le Poteau à environ 16 heures, ayant roulé 380 kilomètres depuis notre point de départ. Le département voisin des Landes s’étend sous nos yeux vers le sud. Une grande borne trône à la frontière entre les deux départements, mais Vincent remarque vite une anomalie : sous l’inscription peinte qui identifie l’actuelle D932, on distingue encore des traces de l’ancienne localisation du marqueur, sur la nationale 10. Incroyable mais vrai : les bornes kilométriques ne meurent pas, mais se réincarnent en d’autres lieux !

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Inscription « D932 » recouvrant l’ancienne mention à la RN10

Un peu plus au nord, Vincent entreprend d’explorer les ruines du bâtiment le plus au sud de la Gironde, pour voir de lui-même si celui-ci a un lien avec l’une des histoires les plus étonnantes et graveleuses de la région : celle des bordels et des prostituées de Captieux.

L’histoire remonte à 1950, lorsque les militaires américains ont installé un dépôt de munitions sur une zone de la bagatelle de 100 km2 autour du Poteau. Le dépôt est resté en place jusqu’à 1967, date à laquelle le président De Gaulle fit évacuer toutes les bases militaires américaines en France. Entre temps, toutefois, la présence de militaires en nombre avait entraîné un afflux non négligeable de prostituées, qui offraient leurs services dans des bâtiments construits à la hâte le long de la départementale.

Après le départ des militaires américains, les bordels ont perduré, quand bien même la loi Marthe Richard avait depuis bien longtemps (1946) plongé dans l’illégalité les maisons closes… Les affaires ont continué d’aller bon train dans les années 1970 et même pendant une bonne partie des années 1980 : ces dames attiraient une clientèle de jeunes hommes en quête de leurs premiers émois, de rugbymen en goguette, de VRP, de routiers qui avaient fait un détour pour l’occasion, et d’autres visiteurs venus d’un peu partout, guidés par la réputation sulfureuse de Captieux. Ce monde interlope suscitait bien des commerces suspects, et on dit que les relations entre les maquereaux sud-girondins prenaient souvent un tour orageux.

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Ce bâtiment fut autrefois une maison close

Plus étonnant encore : les autorités fermaient les yeux sur ces activités peu catholiques ! Une source bien renseignée nous a depuis confié qu’il s’agissait en fait là d’un arrangement bénéfique pour tous : « C’etait un deal avec le Milieu bordelais : pas d’histoire dans la ville restée clean et les prostituées d’abattage (NB : celles qui doivent enchaîner des cadences infernales) pour le dimanche soir et les 3ème mi-temps… à la campagne. »

Tout cela a donc duré tranquillement jusqu’à un jour fatidique de 1987, où une énorme descente de police donna lieu à une centaine d’arrestations et à la fermeture soudaine des 14 établissements encore en activité. La plupart de ces édifices de fortune furent démontés ou plus ou moins rasés.

L’opération fut suivie de longs procès, et de peines de prison encore plus longues pour les responsables condamnés. Captieux s’est ensuite doucement remise de cette période trouble pour redevenir le paisible village de campagne qu’il avait été jusqu’aux années 1950.

Près de trente ans plus tard, nous frayons donc notre chemin parmi une dense végétation pour enfin atteindre l’entrée principale du bâtiment, où trône une sorte de comptoir dans ce qui fut sans doute un vestibule : nous sommes de toute évidence dans un ancien bordel. A notre gauche se tient la porte d’une pièce où subsistent quelques bouts de moquette sur les murs. A notre droite, une autre pièce, équipée d’une vaste cabine de douche. Nous poursuivons notre exploration avec maintes précautions, tant l’équilibre des tuiles sur les restes du toit semble précaire.

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A l’intérieur de l’ancien bordel, dont ce qu’on pense être le comptoir d’accueil (photo de gauche) 

Une fois ressortis indemnes, nous nous livrons à une inspection extérieure des murs. A l’une des extrémités, nous distinguons les restes de portraits de visages féminins peints à la main et une inscription qui semble commémorer une certaine « la B ». Difficile de dire si les autres lettres ont disparu avec le temps, ou si nous avons mal lu et que nous nous trouvions en réalité soit au Bambi, soit au Bilitis, deux établissements dont il est question ici. Interloqués, nous quittons la maison close et reprenons la route en direction du nord vers le bourg du Captieux, à quelques kilomètres de là.

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« La B » (?) et ses dessins de femmes

A la faveur d’une pause rafraîchissante dans un café, nous nous enquérons auprès du propriétaire du passé trouble de Captieux. Ce dernier ne semble en rien perturbé par notre question, ce qui suggère que le sujet est loin d’être tabou. Soulignant qu’il n’habite à Captieux que depuis quinze ans, il sonde à son tour un autre client sur ses souvenirs des lupanars locaux. Ce dernier nous raconte que chacun d’entre eux accueillait deux ou trois filles. Le patron appelle ensuite un ami pour tenter de retrouver le nom de notre mystérieux bâtiment « la B » ; il promet de nous rappeler pour nous donner la réponse.

Alors que nous réglons l’addition, notre hôte se fend d’une anecdote sur une connaissance qui faisait autrefois partie d’un groupe de jeunes gens désargentés ; tous les samedis soirs, nous explique-t- il, ceux-ci jetaient quelques pièces dans une cagnotte, et les garçons écrivaient leurs noms sur un morceau de papier qu’ils mettaient dans un chapeau. L’heureux vainqueur du tirage au sort bénéficiait de ce financement participatif pour aller passer un bon moment avec une des filles de Captieux.

Ce pittoresque récit en tête, nous repartons vers la côte atlantique pour l’ultime destination de notre défi du jour ; direction La Salie, à l’extrémité ouest de la Gironde.

Curieux des secrets du far west girondin ? Rendez-vous la semaine prochaine pour le dernier épisode de ce carnet de route !

  • La version originale de ce récit est à retrouver ici !
  • Récit de Tim Pike, traduction par Jean-Yves Bart
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