Aux quatre coins de la Gironde – partie 3, la Salie et son wharf

187-west1Troisième et ultime partie de ce carnet de voyage, où s’achève l’exploit de Tim Pike et Vincent, consistant à explorer les extrémités nord, est, sud et ouest de la Gironde en une seule journée. Après les monuments du Verdon, les arbres de Saint-Avit- Saint-Nazaire et les maisons closes de Captieux, qu’allait donc nous réserver le point le plus à l’ouest du département ?

Un récit Tim Pike (Invisible Bordeaux) traduit par Jean-Yves pour Bordeaux 2066 : 

Il est désormais 18h30, et le compteur affiche 485 kilomètres de route alors que nous nous garons à l’ombre des pins de la plage de la Salie Sud, située peu ou prou à mi-chemin entre Arcachon et Biscarrosse. Nous partons à l’abordage du sentier sablonneux qui traverse les dunes vers la mer, prenant ainsi de la hauteur, ce qui nous vaut notre premier aperçu de l’emblématique wharf, un édifice pour le moins controversé.

Cet ouvrage de fer bleu clair s’étend sur 800 mètres de longueur. Sa fonction première est de soutenir un pipeline qui rejette environ 60 000 m 3 de déchets humains et industriels traités dans l’océan chaque jour – rien que ça ! Pourtant, le wharf tel qu’il existe aujourd’hui était à bien des égards un plan B…

Le projet initial consistait à faire transiter les déchets par un wharf de taille moindre, qui aurait été relié à un tuyau installé au fond de la mer, les contenus étant ainsi déversés à 4 kilomètres du littoral. Après plusieurs mois de travaux au début des années 1970, la compagnie néerlandaise chargée du projet dut faire face à des conditions océaniques et climatiques très délicates, et le tuyau en cours d’installation fut irréversiblement détruit après un orage.

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Suite à cet épisode, les Néerlandais furent démis du projet, et la compagnie sombra à son tour. Pendant quelque temps, les déchets (acheminés vers La Salie depuis 1971 par un réseau de tuyaux dessinant une boucle autour de tout le bassin d’Arcachon) ont été évacués dans l’océan à seulement quelques mètres de la plage. Les conséquences visuelles et olfactives étaient nous dit-on insupportables : l’odeur d’excréments humains qui régnait dans les parages s’ajoutait à celle des déchets produits par l’usine de papier de Facture, à l’époque rejetés directement dans les eaux du Bassin d’Arcachon. Entre temps, les collectivités locales ont opté pour la construction de cette solution de compromis de 800 mètres, achevée en 1974.

Quid de l’aspect sécurité ? En théorie, lorsque les déchets arrivent au wharf de La Salie, ils ont été traités dans une des trois usines de la région (Biganos, La Teste ou Cazaux). Cela n’empêche pas des controverses sans fin concernant les effets des rejets dans l’océan, pas vraiment calmées par des décrets locaux interdisant des activités telles que la pêche, la baignade, et la récolte de coquillages autour du wharf. Bien évidemment, l’accès au wharf proprement dit est strictement interdit : vous aurez sans doute deviné ce que nous en avons conclu !

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Panneau d’information et de dissuasion

Quelques instants plus tard, nous arpentons donc le monstre de métal sur toute la longueur, effectuant ainsi une petite partie du chemin vers l’autre côté de l’océan : selon mon atlas, la Nouvelle Ecosse et Boston sont les destinations les plus proches… Nous sommes loin d’être seuls à braver l’interdit : d’autres promeneurs jouissent avec nous de la vue panoramique sur l’océan, des photographes à l’affût d’un coucher de soleil prometteur ou encore quelques pêcheurs à la ligne. Si certains d’entre eux sont de toute évidence là pour passer du bon temps, nous n’avons pas pu nous empêcher de soupçonner que d’autres sont présents pour des raisons professionnelles. Que deviennent les poissons qu’ils pêchent ?

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Avec le soleil dans les yeux, le visage battu par le vent et nos peaux constellées de sel marin, on oublie facilement le flot ininterrompu d’urine et de selles projeté dans la mer à quelques mètres sous nos pieds. Peut-être est-ce pour le mieux ?

Arrivés à l’extrémité du wharf, nous nous félicitons du succès de notre entreprise, ayant conquis en un seul jour la Gironde extrême, du nord à l’est et du sud à l’ouest. Il ne nous reste plus qu’à revenir au point de départ, à Saint-Aubin- de-Médoc, après une belle journée de 570 kilomètres girondins.

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L’extrême ouest de notre beau Département déverse du pipi et du caca dans l’océan

 

  • La version originale de ce récit est à retrouver ici !
  • Récit de Tim Pike, traduction par Jean-Yves Bart

 

Retrouvez ici la vidéo de notre road-trip aux quatre coins de la Gironde :

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Une réflexion sur “Aux quatre coins de la Gironde – partie 3, la Salie et son wharf

  1. Pingback: Photographier le wharf de la Salie ? - Slice of cactus

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