Impasse du Chapelet

Etrange tirage au sort que ce 52ème de nos visites de rues bordelaises.

Il faut dire que la veille au soir, l’équipe de Bordeaux 2066 se livrait à une activité d’une grande originalité : boire des bières dans un bar de la Victoire. Oui mais voilà, la veille au soir, c’était le vendredi 13 novembre, et au fur et à mesure que nos bières se vidaient, nos écrans de smartphone se remplissaient de nouvelles sordides en provenance de la capitale. On ne va pas vous la jouer « Génération Batacalan » et tout le tintouin, mais il faut bien avouer qu’après avoir passé quelques heures à suivre les directs des chaînes d’infos en continu, notre état d’esprit allait plus vers un week-end en position du fœtus sur nos canapés que vers la visite d’une rue de notre ville encore hébétée.

Puis est venu le temps de se ressaisir. « Occupy terrasse, not afraid » scandait Internet, comme si le fait de parler Anglais donnait de la prestance géopolitique à un acte somme toute à la portée de tous. Soulagée par le fait que l’ordre de mobilisation générale contre l’ennemi consiste en une binouze collective, l’équipe de Bordeaux 2066 a donc éteint sa télévision et s’est rendue à l’évidence : comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous luttions contre le terrorisme depuis de longues années déjà.

On s’y voyait déjà : pourquoi pas une rue cosmopolite du Bordeaux populaire ? Une rue qui raconte l’histoire portuaire de notre ville, une rue où une vieille bordeluche nous dirait que « après tout ces messieurs les immigrés d’en face sont bien charmants », et l’on terminerait dans un café portugais où Jorge, bras dessus bras dessous avec Jean-Claude et Abdelkader célèbreraient leur amitié de 30 ans à grands renforts de Super Bock. Avec un tel tableau, Bordeaux 2066 partirait dans un éloge appuyé de notre société pas si malade que ça, et quand les types de Daesh liraient ça sur le net, ça allait drôlement leur saper le moral.

ImpasseduChapelet

En rouge : l'impasse (qui n'en est pas une) du chapelet

En rouge : l’impasse (qui n’en est pas une) du chapelet

Mais visiblement Excel n’était pas d’humeur à nous laisser jouer aux éditorialistes béats, et nous a donc mené impasse du Chapelet, en plein cœur du Triangle, terme qui à Bordeaux n’évoque pas que de la géométrie euclidienne, mais surtout, dans le désordre : fric / hôtels particuliers/ Mini Cooper / manteaux de fourrure / mèche / boutiques de luxe, etc.

Un repérage Google nous montre que l’impasse du chapelet est une étroite venelle qui contourne l’église Notre-Dame, pour rejoindre le marché des Grands Hommes.
En arrivant devant la susnommée église, l’équipe de Bordeaux 2066 cherche tout de suite du regard l’entrée de l’impasse du chapelet, notre préoccupation du jour, mais là enfer, horreur et damnation :

Fermé !

Fermé !

Côté Grands Hommes : idem !

Côté Grands Hommes : idem !

Aperçu

Aperçu

Alors celle là on ne nous l’avait encore jamais faite. Une rue a priori publique, puisque figurant dans notre base de données, mais fermée par une p***** de grille. Côté marché des grands hommes : pareil ! On rêvait de rencontres, d’anecdotes, de morceaux d’histoire, mais voilà que l’on contemple une grille rouillée, en cherchant vainement une façon de contourner l’obstacle.

Mais ils ne gagneront pas si facilement, et ô aubaine : devant la porte fermée de l’impasse du chapelet se tient… une terrasse ! Normalement l’équipe de Bordeaux 2066 ne s’autorise un réconfort houblonné qu’après une longue et documentée visite, mais là il en va de la survie de l’occident, aussi avons-nous fait une petite exception.
A 4,90€ la Heineken bouteille, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça coûte cher de résister au beau milieu du Triangle.

Tremble, Daesh !

Sur cette table se trouvent 9,80€

Bordeaux 2066 profite de sa lutte anti-terroriste pour glaner quelques informations sur le mystérieux passage, et apprend que le curé de l’église Notre-Dame qui nous fait face possède LA clé.

Ce qu’on a oublié de dire, obnubilés que nous étions par notre grille, c’est qu’elle est jolie cette église Notre-Dame. L’écrivain corrézien Denis Tillinac lui a même fait une jolie déclaration : « J’ai découvert récemment, en flânant sur les allées de Tourny, un visage blond, ensoleillé, au sourire enjôleur : la façade restaurée de l’église Notre-Dame. Enfin l’Italie ».

Le Père Jean Rouet, qui nous reçoit gentiment dans son presbytère de la rue Mably quelques jours plus tard, nous retrace l’histoire de la paroisse dans laquelle il opère depuis 16 ans. Notre-Dame est une église de style baroque, denrée rare à Bordeaux puisqu’elle est semble-t-il la seule avec Saint-Bruno.
Si on peut attester d’une occupation du terrain depuis le 13ème siècle, la forme actuelle du bâti date de la fin du 17ème : les Dominicains ont alors érigé un ensemble composé d’une église et d’un couvent, qui n’est autre que la Cour Mably qui abrite aujourd’hui la Cour des Comptes. C’est à cette période qu’apparaît sur le plan de Bordeaux la Place du Chapelet. Mais quid de l’impasse ? Aucune trace historique à ce sujet, même si notre hypothèse serait qu’elle servait simplement d’évacuation sanitaire aux bâtiments du Cours de l’Intendance arrivés un peu plus tard… Nous sommes preneurs de tout élément complémentaire ou contradictoire si un lecteur a ça sous la main !
Le nom de « chapelet » vient quant à lui d’un bas-relief de l’église, qui représente Jésus remettant un chapelet à Saint-Dominique, tout simplement.

Fable moderne : le 4x4 et le chapelet

Fable moderne : le 4×4 et le chapelet

L’histoire de l’église (bien plus complète sur ce lien) et du couvent suit son cours jusqu’à la Révolution, synonyme de confiscation des biens par l’Etat. Pas une mauvaise affaire, constate avec le recul le Père Rouet, bien content de ne pas payer de sa poche les travaux d’entretien de tous ces bâtiments.
En 1802, le culte est rétabli, et Notre-Dame (qui acquiert alors seulement son nom actuel) devient même provisoirement Cathédrale de Bordeaux, en attendant que Saint-André soit remise en état.

Dans l’époque moderne, l’histoire de Notre-Dame reste marquée par l’effondrement de la voute de l’église, en 1971. Sans faire de victimes, « preuve qu’il existe un bon Dieu » nous dit Jean Rouet dans un éclat de rire. L’équipe de Bordeaux 2066 n’a pas encore pris le temps de vérifier cette information. Là encore ce fut un mal pour un bien, puisque le directeur de cabinet de Malraux, un amoureux de Bordeaux, ordonna la restauration complète de l’église, pour aboutir au résultat que l’on connaît.

La voute restaurée de l'église Notre-Dame

La voute restaurée de l’église Notre-Dame

Aujourd’hui la paroisse se porte bien, et attire des fidèles de toute l’agglomération bordelaise, dépassant largement le statut d’église de quartier. Le Père Rouet fait même salle comble le dimanche, avec environ 600 fidèles, attirés par la beauté du lieu peut-être. La beauté d’une église encourage-t-elle la foi ? Bordeaux 2066 songe à aller creuser la question du côté de l’église Saint-Delphin du Pont de la Maye, église la plus moche sur la métropole bordelaise recensée par nos soins à ce jour.

Notre -Dame vs Saint-Delphin

Notre -Dame vs Saint-Delphin

 La suite de la visite se déroulera en compagnie de Marie-Jo, bénévole à la paroisse, et heureuse détentrice de LA clé. Marie-Jo nous met tout de suite au parfum : l’impasse du Chapelet est une venelle « dégueulasse et odorante » et s’y aventurer de nuit sans lampe se fera sans elle.

Quelques minutes plus tard, il fait nuit noire dans l’impasse du chapelet. Une substance indéterminée coule le long des murs, et les pigeons frôlent nos têtes comme pour nous signifier que nous ne sommes pas les bienvenus. S’éclairer au flash d’appareil photo ne suffira pas à nous rassurer de nous trouver dans ce cloaque méconnu des beaux quartiers.

Lors de notre entrevue, Jean Rouet nous a confié que « les inquiétudes n’ont jamais fait avancer l’histoire ». Bordeaux 2066 a pensé très fort à cette sage parole, pour s’extraire de la nuit sombre de l’impasse du chapelet, autant que pour s’extraire des nuits sombres devant les chaînes d’info en continu.

Le marché des Grands Hommes semble bien loin

Le marché des Grands Hommes semble bien loin

Sombres heures de notre histoire

Sombres heures de notre histoire

Avenue Abadie

51 je t’aime, j’en boirais des tonneaux, à me rouler par terre, dans tous les caniveaux ! C’est avec cette petite musique en tête que nous partons ce samedi découvrir notre 51ème rue. Le tirage au sort décide lui de rester sobre, pas de rue d’Armagnac, de place Marie Brizard ou de rue Picon à l’horizon, c’est sur la rive droite que nous partons découvrir l’Avenue Abadie.

 

Abadie donc voilà notre rue

Abadie donc voilà notre rue

Touchés par la grâce, la première chose que l’on voit en arrivant sur place, c’est surtout l’église Sainte-Marie qui marque le début de notre avenue. Construite pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, l’église a été conçue par … je vous le donne en mille … Paul Abadie. Disciple de Viollet-le-Duc et architecte diocésain, Abadie fut assez actif dans la région : restauration des cathédrales d’Angoulême et Périgueux, hôtel de Ville à Périgueux, restauration de Saint-Michel à Bordeaux, et celle aussi – plus controversée – de l’église Sainte-Croix.

Rive droite en tout cas, pas de débats sur la construction de Sainte-Marie de la Bastide qui fut érigée en lieu et place de l’église oubliée que nous avions découvert rue Henri Dunant, forte croissance démographique de la rive droite liée à l’industrialisation oblige. Sainte-Marie vient plutôt confirmer le style d’Abadie, que l’on retrouvera encore plus tard dans son projet le plus célèbre : la basilique de Montmartre.

 

Bordeaux - Périgueux - Montmartre : l'Abasie's touch

Bordeaux – Périgueux – Montmartre : l’Abadie’s touch

L’avenue pris le nom de l’architecte en 1886, deux ans après sa mort, et au moment où le préfet officialisa l’avènement de Sainte-Marie comme église « officielle » de la Bastide. Avant cela elle s’appelait beaucoup plus communément, avenue de la Gare. Oui, de la Gare, car pour nos lecteurs qui l’ignoreraient, à l’époque la Gare Saint-Jean n’avait pas le monopole des trains bordelais, et sur la rive droite se tenait la Gare d’Orléans, devenue il y a maintenant 15 ans le cinéma Mégarama.

Les conteneurs au bout de l'avenue en 2002 (Photo : Histoire de la Bastide)

Les conteneurs au bout de l’avenue en 2002 (Photo : Associations Histoire(s) de la Bastide)

Comme on le voit sur cet ancien plan, la gare et ses voies s’étendaient sur une bonne partie de la rive droite, et notre avenue était donc à l’époque un cul-de-sac, terminant sa route sur un portail marquant l’emprise de la Compagnie Nouvelle des Conteneurs, ancienne filiale fret de la SNCF. Au beau milieu de ce qui est l’actuelle Avenue Abadie, se tenait donc un site de transport combiné, en d’autres termes un endroit pour décharger des camions sur des trains, et vice-versa. Pour aller de l’autre côté, vers ce qui est aujourd’hui le site du jardin botanique, il fallait emprunter une passerelle piétonne un peu plus loin. Aujourd’hui encore plusieurs friches demeurent, plus ou moins abandonnées, ou utilisées comme parking.

Relique SNCF sur parking en voie de disparition

Relique SNCF sur parking en voie de disparition

Mais demain ces terrains seront occupés par de nouvelles constructions : logements, bureaux, commerces : avenue Abadie se termine le projet d’urbanisme de Niel, nouveau quartier de la rive droite dont on devrait voir les premiers projets sortir prochainement de terre.

En attendant les futurs projets, un bâtiment moderne se dresse déjà au milieu de l’avenue. Il s’agit du pôle universitaire d’économie et gestion construit en 2007, et là … chapeau. L’équipe de Bordeaux 2066 a souvent de fortes divergences de vue sur les projets architecturaux, mais sur celui-ci nous sommes pour une fois d’accord et admiratifs du bâtiment, léger, lumineux et fleuri, et l’on se dit que l’on aurait bien aimé étudié dans ce genre d’endroit nous qui avons usé nos culottes d’étudiants dans le ciel grisâtre de Lille, entre les briques, les frites et la bière.

Pôle universitaire vu de dehors

Pôle universitaire vu de dehors

Pôle universitaire vu de dedans

Pôle universitaire vu de dedans

D’étudiants nous n’en voyons pas beaucoup, notre visite ayant lieu un samedi. Mais en marchant sur leurs pas et sur ceux de leurs professeurs nous arrivons rapidement au Pique-Feu : bar-restaurant proche de l’église et surtout bonne adresse pour des repas de qualité à budget raisonné. On y discute avec Frédéric, le patron du lieu. Voilà dix ans qu’il a quitté le tumulte de la vie parisienne pour venir s’installer sur la rive droite bordelaise. Un pari, mais un pari réfléchi puisque ce choix il l’a fait en sentant le potentiel de ce quartier … les choses ont déjà beaucoup changé depuis son arrivée nous dit-il, et il attend les prochaines étapes et ces nouveaux quartiers qui devraient continuer à dynamiser la zone.

Si Frédéric n’est là que depuis quelques années, le Pique-Feu est lui bien ancré depuis fort longtemps, et on devine encore son ancien nom sur la façade : Restaurant Menneteau. De vieux habitants du quartier, occupés mains dans le dos et casquette sur la tête à refaire le monde sur le parvis de l’église, nous expliquent que le lieu était une halte fréquentée par les routiers qui venaient charger/décharger les conteneurs de la gare … connu aussi il y a quelques temps pour ses filles de joie, comme les nomment ces vaches de bourgeois. Plus récemment le Pique-Feu était aussi réputé pour ses aloses grillées sur un grill installé dans la rue : un régal semble-t-il ! Merci en tout cas à Brigitte de l’association Histoire(s) de La Bastide, dont les témoignages et les infos nous ont été une fois de plus fort utiles !

Incroyable : une Bluecub !

Nous voilà donc en terrasse, buvant notre traditionnelle bière de fin de visite, à observer le va-et-vient des passants de l’Avenue Abadie, bien différent du ballet des camions qu’offrait le 20ème siècle. Cinquante et unième rue de nos déambulations, l’avenue Abadie est aussi, dans l’ordre alphabétique, la première de toute les voieries bordelaises. De l’alpha à l’oméga, entre l’avenue Abadie et la rue Yves Glotin, il nous reste encore 2015 rues à explorer et 4030 bières à avaler !

Bières n° 102 et 103 du blog

Bières n° 102 et 103 du blog

Rue Emile Combes

En ces périodes troublées dans la géopolitique mondiale, et pour la visite de notre 50ème rue, Excel nous envoie explorer une frontière hautement sensible et stratégique. Après la rue du Grand Maurian il y a quelques mois, voici donc notre seconde incursion en terre saint-augustinoise, excroissance bordelaise piquée en son temps à l’imposant voisin mérignacais par la volonté du premier magistrat David Jonhston.

Et puisque le recyclage est une pratique encouragée pour la survie de notre planète, Bordeaux 2066 participe à l’effort global et ne résiste pas à l’envie de recycler le rébus alors partagé sur notre page Facebook pour faire deviner le nom du quartier visité :

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Direction la rue Emile Combes, qui a la particularité de marquer la frontière entre Mérignac et Bordeaux sur l’intégralité de sa longueur, à savoir tout de même 1,4 kilomètres, de la station de tram François Mitterrand jusqu’à l’entrée de la Rue Genesta dont les vieux de la vieille se souviendront avec émotion. 1,4 kilomètres, je vous le donne en mille, Emile, c’est quasiment un mile. Bon à 200 mètres près, mais cela en fait en tout cas la plus longue rue visitée par le blog à ce jour.

RueEmileCombes

Notre blog ne traitant que de Bordeaux, et le règlement intérieur (non écrit) étant trrrrrèèès strict, nous avons un temps envisagé de ne vous parler que de la partie bordelaise de la rue, à savoir le trottoir de droite lorsque l’on remonte vers le nord, mais finalement dans un geste d’apaisement envers nos lecteurs mérignacais nous consentirons à décrire également le trottoir d’en face, voire même pourquoi pas à sourire aux quelques passants qui s’y tiennent.

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Notre promenade commence près de la station de tram François Mitterrand, sur la grande avenue du même nom, où la rue Emile Combes se termine étrangement par deux potelets la transformant de facto en impasse.

A notre droite : Bordeaux, où se tient une grande demeure bourgeoise divisée en trois appartements. A notre gauche : Mérignac, où la Résidence Arabella bouche quelque peu l’horizon avec ses sept étages avouons-le pas follement enthousiasmants sur le plan architectural.

Bordeaux la bourgeoise, où l’on se pavane dans des salons dorés en contemplant par derrière les rideaux de soie les gueux mérignacais entassés dans leurs immeubles bon marché ? On vous arrête, la suite de la rue Emile Combes ne nous permettra pas de tirer ce genre de conclusion, et outre les panneaux et le code postal, rien ne ressemble plus à un trottoir de la rue Emile Combes que le trottoir d’en face de la rue Emile Combes.

Ce qui est assez singulier en revanche, c’est le tracé de cette rue, qui n’a de cesse de se contorsionner et de changer de direction à chaque croisement. On s’en doutait un peu en visitant : la rue marque bien une ancienne limite de domaine, qui n’était autre que celui du Grand Maurian, déjà évoqué plus haut.

Les plus férus d’histoire d’entre vous trouveront leur bonheur sur ce lien qui montre les plans du quartier en 1828, où l’on constate donc que la rue existait déjà. On relèvera néanmoins qu’à cette époque le sénateur et Président du Conseil Emile Combes n’était pas encore né, et que la rue portait le nom de « Chemin du Pont Cassé ». Et comme la vie est faite de frustrations, nous sommes incapables d’expliquer l’origine de cet ancien nom.

 

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Mérignac

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Bordeaux

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Mérignac

La rue Emile Combes égrène échoppes bordelaises (ou mérignacaises !), petits immeubles collectifs et anciennes propriétés bourgeoises, dans un décor très typique de nos quartiers périphériques, jusqu’à un changement d’ambiance à l’approche de l’église Saint-Augustin et donc du centre du quartier. La circulation automobile se montre plus dense, et la rue Emile Combes se fait commerçante puisqu’on y trouve pêle-mêle agence immobilière, caviste, crêperie, opticien, magasins de prêt-à-porter, enseigne où on vous promet de maigrir et une inévitable banque, « parce que le monde bouge » paraît-il.

Notre visite tardive ne nous permet pas de visiter toutes ces enseignes, mais on mentionnera néanmoins plus particulièrement « Cafés Dolce », lieu repris récemment par Sabine qui était depuis 12 ans « Café Mogy » (le lieu, pas Sabine). On peut y déguster plus de 100 variétés de thés et cafés, ou bien participer le samedi à un atelier de caféologie pour en savoir un peu plus sur ce breuvage à consommer avec modération.

Après cette pause café, la rue reprend son aspect tranquille, principalement composé de jolies échoppes fleuries. On croyait vous avoir débusqué une secte ou un club échangiste, mais finalement « Bordeaux Libre » est une simple maison d’hôtes décrite par son site internet comme étant « au cœur de Bordeaux », ce qui procède d’une plaisante vision de notre ville en l’an 2350.

Un peu plus loin sur la droite, se trouve le collège Emile Combes, collège bordelais donc où ne sont scolarisés que les enfants du trottoir de droite. Les ados mérignacais sont donc invités à faire un peu de sport et à se rendre au collège Bourran, à 2,5 kilomètres de là.

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Squatt mérignacais

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Collège bordelais

C'est ça ouais...

C’est ça ouais…

Pour faire un bon article, Bordeaux 2066 aime tomber sur de vrais spécimens bordeluches au langage cru, ravis de partager leurs truculents souvenirs. Peine perdue dans le policé et globalement bourgeois Saint-Augustin se dit-on, avant de tomber sur le club de pétanque du quartier, fréquenté par des papés du genre pas intimidés de nous voir débarquer.

D. ouvre la conversation, embrayant immédiatement sur ces « branques de Parisiens qui te rachètent une ruine à 400 000€ », puis coupé tout de suite par un de ses acolytes : « Mais bougre d’âne, fais attention : qui te dit que ces messieurs ne sont pas des Parisiengggs ? ».

D. est un immigré. Originaire des Capucins, c’est l’amour de « sa bourge » qui l’a porté vers Saint-Augustin, quartier agréable et commerçant certes, mais « où même les pauvres se regardent marcher ». S’en suivra le récit de réjouissantes tranches de vie de la belle époque où « à Bordeaux il y avait un bal tous les soirs, et il n’y avait pas besoin de se protéger pour sabrer une gonzesse », et où on pouvait aller sur les quais « à 11 dans la décapotable, même complètement défoncés ».

D. n’aime pas trop la façon dont évolue Bordeaux, principalement en raison des bars qui disparaissent, et là dessus on ne peut que l’appuyer. Quand il se promène dans le quartier, D. déplore de voir par la fenêtre des jeunes rivés à leur ordinateur, au lieu d’aller échanger avec les voisins. L’occasion d’en remettre une petite couche sur les Parisiens, ces gens « qui te regardent comme si tu sortais du zoo de Vincennes quand tu leur dis bonjour ».

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C’est vrai que les bars ont tendance à disparaître dans les quartiers périphériques et que la vie y est souvent anonyme, mais heureusement certains luttent contre ce phénomène et de nouvelles enseignes s’ouvrent. Rue Emile Combes, c’est Léo, enfant du quartier, qui s’y est collé. Il a repris il y a moins d’un an un ancien dépôt-vente de vêtements, et y a installé un resto-snack à bas prix mais néanmoins de qualité : la Cantine Gourmande. La bonne nouvelle, c’est que la mairie l’a autorisé à louer le petit square qui fait face au restaurant, et donc à y installer tables et jeu de fléchette, créant une sympathique ambiance de pique-nique entre copains.
Pour ceux qui sont inspirés, Léo propose de laisser sur un papier des idées de recettes de burger, et procède ensuite à un tirage au sort pour désigner « le burger du moment ».

Léo

Léo

Et pour tenter de recréer un de ces bals chers à D., Léo est actuellement en pourparlers pour avoir l’autorisation de diffuser un peu de musique live en début de soirée. Pas de quoi créer d’esclandres dans le paisible quartier de Saint-Augustin, ni de dérapages verbaux comme ceux, en 1905, du ministre Camille Pelletan sur les Corses, que son chef de gouvernement, un certain Emile Combes, avait attribué à « la chaleur communicative des banquets ».

Une simple San Miguel dégustée en fin de visite ne sera pas assez pour nous faire céder à cette chaleur des banquets, mais la douce mousse est largement suffisante pour nous (Emile) combler de joie après ce périple frontalier.

"La chaleur communicative des banquets" Emile Combes - 1905

« La chaleur communicative des banquets » Emile Combes – 1905

Au fil de l’Eau Bourde

Vincent Bart, mon confrère bloggeur et moitié des formidables Bordeaux2066est à l’origine de cette nouvelle aventure commune. C’est en effet lui qui a eu l’idée que nous enfourchions nos vélos pour suivre une petite rivière de bout en bout. La rivière en question, c’est l’Eau Bourde, qui coule sur près de 23 kilomètres depuis sa source à Cestas avant de rejoindre la Garonne à Bègles. Titillé par ce nouveau défi, j’ai bien entendu accepté avec plaisir de reprendre la route avec Vincent.

Rendez-vous a été pris pour le samedi 1er août à Gradignan, la ville d’enfance de Vincent. De là nous pédalons vers le sud pour débusquer l’endroit où nous avions localisé la discrète source de l’Eau Bourde, non loin d’un rond-point de la Nationale 10 dans le quartier Labirade de Cestas. Après plusieurs semaines de grandes chaleurs, cette source s’avère asséchée ; nous nous contentons donc dans un premier temps d’explorer les énormes tunnels construits sous cet axe routier fréquenté.

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Rue D’Artagnan

Pour cette 49ème visite, un brin d’appréhension soufflait dans l’équipe de Bordeaux 2066. Tout juste habitués à d’éphémères apparitions médiatiques locales, voilà que pour ce tirage au sort nous recevions la visite de Marie Misset, qui certes est moins célèbre que Claire Chazal, mais cause tout de même trois heures par jour sur Radio Nova pour l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde ». Tel 40 degrés à l’ombre à l’époque, Marie et son équipe s’offrent un petit tour de France estival pour humer l’air du pays, qui passait par Bordeaux cette semaine là. Ces journalistes parisiens ayant de bien drôles d’idées, Marie s’est dit qu’elle allait tirer une rue au sort avec nous et venir l’arpenter, micro en main.

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On ne sait pas trop si Excel a voulu faire honneur à notre thématique #bdxmoche (ceux qui nous suivent sur Facebook ou Twitter comprendront) ou encore s’il a souhaité impressionner notre visiteuse qui avait pris ses quartiers d’été sur la très cosy Place du Marché des Chartrons, mais toujours est-il que le sort nous a mené rue d’Artagnan, en plein secteur non rénové de la rive droite, au bout du moche Pont Saint-Jean et le long du moche Quai de la Souys. Même Robert Coustet dans son viographe des rues de Bordeaux n’y va pas avec des pincettes et écrit : « La rue dédiée à ce symbole de l’intrépidité gasconne n’est en réalité qu’une pauvre impasse ».

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La première sensation en arrivant sur place est olfactive : « Ça pue ». Il faut dire qu’il faisait fort chaud ce matin là, et que les bas-côtés de la rue d’Artagnan ressemblent un peu à cours de biologie sur la biodégradabilité des déchets, la pâleur de certains emballages laissant penser que ça n’était pas le premier été qu’ils passaient dans le secteur.

Perspective générale de la rue D'Artagnan

Perspective générale de la rue D’Artagnan

Banc abandonné

Banc abandonné

« STOP » abandonné

L’équipe de trois mousquetaires que nous formons pour l’occasion arpente la rue d’Artagnan, qui est donc une impasse où l’on remarque tout d’abord le dépôt des Cars de Bordeaux, l’entreprise qui exploite notamment la navette Jet’Bus entre l’aéroport et la gare Saint-Jean. On y papote rapidement avec Sébastien, qui est responsable des plannings des conducteurs, et qui a donc la lourde responsabilité de vous faire arriver à l’heure pour prendre votre avion.

Tourisme radiophonique dans les rayons de Gédibois

Tourisme radiophonique dans les rayons de Gédibois

Coincé entre les Cars de Bordeaux et un magasin Gédibois, qui n’est autre qu’un Gédimat dédié au bois, on remarque un petit enclos avec deux caravanes et un petit cabane en bois : y aurait-il des habitants dans cet univers minéral et industriel ?

Oui ! Cette vie humaine, c’est Tony et Chantal qui l’apportent à la rue d’Artagnan. On s’en doutait certes un peu, mais Tony nous précise d’emblée : « On est de la communauté des gens du voyage ». Rue d’Artagnan, Tony y gardienne la friche voisine, qui appartient à un ami qui a pour projet d’y installer une centrale de béton, qui semble bien compromise face à l’ogre Euratlantique. Peut-être a-t-on une gueule à avoir des préjugés, mais en tout cas Chantal et Tony nous précisent qu’ils travaillent tous les deux et mènent une vie comme vous et nous, sédentaires, mais dans une caravane. « La vie en appartement j’ai connu, mais j’peux pas », nous confie Tony qui a ça « dans le sang ». Le mot de la fin pour Radio Nova ? « Vous êtes choukar ». Ça veut dire « jolie » en manouche : Bordeaux 2066 gagne à féminiser ses promenades.

Chantal et Tony, deux des rares habitants de la rue D'Artagnan

Chantal et Tony, deux des rares habitants de la rue D’Artagnan

Eh oui, déambuler avec une jeune femme, ça peut ouvrir des portes. Mais pas une porte Premdor en l’occurrence. Tout au bout de la rue d’Artagnan, qui est en fait une impasse, se trouve cette usine d’environ 100 salariés, ainsi que le siège social français de cette entreprise américaine. On y fabrique des portes en bois, pour entreprises ou pour particuliers. Pourquoi installer son siège à Bordeaux ? « Le climat peut-être ? » nous répond-on sans conviction à l’accueil. L’accueil restera cordial mais prudent : pas de photos, pas de visite de l’usine non plus… la porte se referme !

A défaut de portes, les auditeurs de Nova et les lecteurs de Bordeaux 2066 pourront se consoler avec du vin. En rebroussant chemin dans la rue/impasse d’Artagnan, le grand hangar « CVL » est le dernier occupant de la rue que nous visitons. On remarque tout d’abord un bateau garé sur l’immense parking, dont personne ne peut expliquer la présence, soit. Pour le reste, à l’intérieur, c’est du pinard. Nous nous trouvons ici sur un lieu de stockage de grande surface. Ça ne paye pas de mine, mais ça fait que du coup le must du terroir girondin peut se trouver rue d’Artagnan, ce qui n’est pas franchement évident de prime abord. Et puis ça a fait plaisir à notre « touriste » parisienne : « On est vraiment à Bordeaux ici ! »

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Le truc qu’on n’a pas encore dit dans cet article, c’est que si on trouve autant d’usines et d’entrepôts rue d’Artagnan, c’est parce qu’on est en pleine rive droite, où la vocation industrielle s’est affirmée au 19ème siècle notamment par le biais d’un réseau dense de chemins de fer. On est ici en plein secteur de fret, qui raccordait les voies ferrées de différents points cardinaux et qui était donc un lieu intéressant pour la production et le stockage. Seulement ici les voies ferrées ont progressivement été abandonnées, mais le quartier n’a pas perdu sa vocation industrielle pour autant. Alors comment on les achemine toutes ces marchandises ? En voiturette électrique ? En Segway ? En trottinette solaire ? ET NAN : en gros camion qui pue ! Que ça soit Gédibois, les portes Premdor, ou encore le pinard : tout se fait en camion rue d’Artagnan, autant dire qu’on est loin de la zone 30 machin truc où les enfants peuvent jouer au ballon au milieu des papillons.

RTL avait à l’époque une émission appelée « Les routiers sont sympas ». Pas sur que Radio Nova la reprenne à la rentrée prochaine, mais néanmoins si l’on se base sur le jeune Boris : oui les routiers sont sympas ! Avec son camion immatriculé 49, Boris arrive de Cholet, et il attend que Premdor lui ouvre la porte pour justement pouvoir en charger. Du coup il patiente à l’ombre avec un sandwich de la boulangerie du Quai de la Souys, avant de refaire les 4 heures de route en sens inverse. Choyons la rue d’Artagnan, pour certaines personnes elle est l’unique aperçu qu’elles auront de Bordeaux !

Boris le routier

Boris le routier

Nous on ne reprend pas la route, du coup on file boire une petite bière, fidèles à nos habitudes. Pour clôturer cette visite dédiée aux hangars et à l’industrie, on reste dans le thème en profitant de la terrasse de Futbol Futbol, un complexe sportif dédié au foot en salle. Normalement on boit une bière après un harassant match de foot, bon nous on va faire comme si hein ! C’est à l’ombre d’un hangar et de palettes de manutention que nous trinquons à la santé de d’Artagnan, l’intrépide gascon à la « pauvre impasse » ,de Radio Nova et surtout aux vacances qui arrivent. On se retrouve en septembre pour de nouvelles rues, et d’ici là si vous vous ennuyez sur la plage ou dans les bouchons vous pouvez (ré)écouter notre passage sur Nova :

Reportage rue D’Artagnan à partir de 10’30 : http://www.novaplanet.com/radionova/47592/episode-bordeaux-vendredi-partie-1

Interview à partir de 21′ : http://www.novaplanet.com/radionova/47594/episode-bordeaux-vendredi-partie-2

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BONUS : envie de parler manouche ? Consultez donc ceci.

Cours de la Martinique

Ca y est, c’est l’été … il fait chaud et c’est le début de la canicule sur Bordeaux, pas de quoi nous arrêter pour autant ! Armés de notre courage et déterminés à nous rafraichir autour d’une petite mousse en fin de visite, nous partons pour notre 48ème rue, direction les DOM-TOM : pas le bagne de Cayenne mais plutôt la Martinique ! A nous Fort-de-France, les plages et la mangrove de l’île aux fleurs. Bon évidemment, à nous plutôt le cours de la Martinique, en plein milieu des Chartrons, sur ce qui ressemble encore à Check Point Charlie dans l’esprit de certains vieux Bordelais du centre ville, qui ont longtemps considéré que cette artère marquait la limite Nord de ce qui est « « « fréquentable » » ».

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Pourquoi la Martinique d’ailleurs ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, aucun lien douteux avec le commerce triangulaire. Le précieux Robert Coustet nous apprend qu’en 1902, après l’éruption de la Montagne Pelée, les Bordelais émus par le drame (et par la mort de nombre des leurs installés sur place) ont décidé de rendre hommage à l’île des Antilles en donnant son nom au Cours qui était en train d’être percé en plein milieu des Chartrons (son inauguration date de 1907, date d’ailleurs inscrite sur le fronton de l’immeuble qui fait angle avec le Cours Portal). Un peu comme si en 2011 on avait décidé de créer un cours Fukushima à Ginko, tout compte fait.

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Trêve de mauvais esprit, commençons notre exploration. Première impression en arrivant sur place : voitures, voitures, voitures ! Alors certes le cours ne ressemble quand même pas à la rocade un lundi matin à 8h, mais on se sent tout de suite dans une rue de Bordeaux qui a gardé une vocation automobile et où le tout bagnole des années 1980 fait office de loi. Pas tout à fait la même ambiance que les flâneries dans la rue Notre Dame pourtant juste à côté.
A propos de voitures, la boulangerie de la rue a dû voir passer la toute première. Cours de la Martinique, elle est installée depuis bien longtemps puisque son four date de 1765, sous Louis XV ! Depuis 2000 c’est Serge 1er, moissagais d’origine, qui officie au fourneau, et on peut vous le dire : son pain gascon traditionnel cuit au feu de bois est délicieux !

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Un peu plus bas, faisant angle avec la rue Notre-Dame, on remarque une imposante maison de maître surmontée de l’inscription « G. Pépin Fils Aîné Matériel Viti-Vinicole ». Voilà qui rappelle les liens étroits entre la viticulture et le quartier, avec cet établissement qui a accueilli jusqu’à 420 salariés au 19ème siècle, connu sous le nom de maison « Pépin-Gasquet », qui a été le leader français du conditionnement des vins. Quoi de plus normal de bosser dans le raisin quand on s’appelle Pépin après tout !

Le siège de la disparue maison Pépin

Le siège de la disparue maison Pépin

On continue tranquillement à descendre le cours, le long d’un alignement disparates de maisons de négoce et d’immeubles plus récents, mais petit à petit une drôle d’impression nous gagne … oui, pas de doutes, c’est de plus en plus laid et incohérent ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, on se retrouve en quelques mètres dans un extraordinaire condensé de « ville moche » avec des immeubles délabrés, abandonnés, des façades aveugles … et tout ça en plein milieu des Chartrons, à deux pas des quais et juste en face d’un bateau de croisiéristes. Si nous n’avions pas été forcément surpris de trouver un bel échantillon de « ville chiante » aux portes de Caudéran, il faut avouer que l’on ne s’attendait pas à trouver un aussi bel échantillon de  » ville moche » en face des quais.

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40 francs l’entrée au Feeling Cosmopolite !

Sur ce moche trottoir, nous croisons Rabah, qui vit dans le quartier depuis 1990. Il nous apprend notamment que le bâtiment abandonné donnant sur les quais est l’ancienne ANPE, et a aussi accueilli une boîte de nuit, le Feeling Cosmopolite, fermée depuis plusieurs années suite à des bagarres et quelques petits trafics. Pourquoi ce site, qui doit probablement appartenir à une puissance publique, n’a depuis jamais été repris en main ? Mystère … si un promoteur immobilier nous lit, il y a peut-être un coup à faire !
Malgré cette fin de cours un peu « moche » (mais finalement le Cours de la Martinique ne peut s’en prendre qu’à lui-même, puisque c’est son percement au début du 20ème siècle qui a engendré ces façades aveugles) Rabah aime son quartier. Le cours de la Martinique est un peu trop passant peut être, mais les Chartrons c’est son village et il s’y sent comme un poisson dans l’eau.

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D’ailleurs ce n’est pas le seul poisson du cours. En poussant un peu par hasard la porte de Nosy Be Import, que l’on croyait être un importateur de produits malgaches, on se retrouve en fait dans l’antre de Nicolas, qui fabrique des aquariums marins sur mesure depuis douze ans. L’atelier est à Beychac et Caillau, et la boutique bordelaise sert plutôt de show-room … Mais attention, on ne vous parle pas de l’aquarium qu’on trouve chez mamie, sur le napperon, avec le petit poisson rouge ramené de la fête foraine. Non non non, là il s’agit d’installations de plusieurs centaines de litres d’eau salée, avec coraux intégrés, milieu aquatique recréé etc.
C’est Nicolas qui nous accueille et nous explique tout cela. Bon il s’agit clairement d’un marché de niche (le comble pour un fabricant d’aquariums), avec deux / trois boutiques du genre en France et des clients qui sont prêts à faire des centaines de kilomètres et a consacrer pas mal d’argent à leur passion. Aucun de nous deux ne se voit installer de tels aquariums dans nos appartements respectifs, mais le discours de notre hôte nous passionne et on découvre un monde aussi captivant que les poissons multicolores qui se promènent devant nous !

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S’il est passionné et bavard quand il faut évoquer Madagascar, Nicolas est plus réservé sur le Cours de la Martinique. Même si lui ne cherche pas forcément le passage du quidam, voire même le fuit lorsqu’il s’agit d’enfants turbulents qui maltraitent les poissons, comme les autres commerçants il regrette que le cours de la Martinique soit dédié à la voiture, ne laissant que peu de place aux promeneurs éventuels. Malgré tout de nouveaux commerces s’installent et sur les bons conseils de notre fabricant d’aquariums, nous allons terminer notre visite juste à côté dans le petit bar / épicerie ouvert par Julian.

Julian c’est un panaché moitié parisien, moitié ariégeois, installé depuis peu à Bordeaux et qui en profite pour faire découvrir les bons produits de ses origines : eau de la Seine, jambon de Paris, café amer à 4€, le tout servi dans une ambiance détestable … mais non bien sûr ! Ce ne sont pas les produits de Paris mais ceux de l’Ariège que Julian a choisi de mettre en avant : pâtés, conserves, fromages, légumes cuisinés, vin rouge, vin blanc … que des produits « nature » ou bien issus d’une agriculture raisonnée, constituant ainsi un second hommage culinaire à nos voisins de Midi-Pyrénées, en face du pain moissagais. En commerçant de qualité, Julian vend même de la bière artisanale de Saint-Girons. Malheureusement il n’en reste plus qu’une au frais, que l’on complète donc d’un verre de vin cathare pour résister tant bien que mal à la température qui monte de plus en plus.

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Alors certes les voitures passent encore et encore sur le cours, certes certains immeubles collent mal à l’imagerie classique d’une ville Unesco … mais au delà de cette esthétique douteuse, au final nous avons été en bonne compagnie (créole) pour cette balade aux limites du Bordeaux « « « fréquentable » » », où le vin de négoce flirte avec des poissons tropicaux et des produits cathares. Bons baisers du Cours de la Martinique.

Rue Raymond Poincaré

Lorsque nous avons procédé au tirage au sort pour déterminer la destination de cette 47ème visite, nous n’avons pu réprimer le « hééé merdeuu » qui sert traditionnellement à exprimer ce que l’on ressent en tirant une rue de 40 mètres de long au fin fond de Caudéran.

Le hic cette fois ci, ça n’est le manque d’intérêt a priori de la rue Raymond Poincaré, mais plutôt sa localisation puisqu’il s’agit tout bonnement de la parallèle à la rue du Docteur Yersin, visitée un an plus tôt.

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Mais qu’à cela ne tienne, nous n’avons encore jamais cédé à la corruption et truqué Excel, et nous retournons donc sans sourciller vers la cité de la Benauge. Pour tout ce qui concerne l’histoire du quartier, on ne peut que vous inviter à relire notre précédent article, ou encore à consulter le travail de Tim d’Invisible Bordeaux. Et comme on sait que certains incorrigibles fainéants ne cliquent pas sur les liens, voici une vidéo historique bien complète sur la construction du quartier :

 

Voilà pour ce qui concerne le passé.

Pour le présent, et même si notre précédente visite nous avait permis de relativiser cela, on sait que la Benauge n’est pas le quartier vers lequel on irait spontanément jouer les touristes avec appareil photo en bandoulière, du fait de son image quelque peu écornée de « cité », au sens péjoratif du terme.

Premier constat : « Ça tient les murs », se disent les pleutres Vinjo et Pim qui ont grandi dans des lotissements paisibles où les murs tiennent sans l’aide de personne. Comme pour donner quelques sensations exotiques aux visiteurs que nous sommes, un ado torse nu cabre sa moto à fond les ballons et passe une fois, deux fois, trois fois, sous le regard de ses potes agglutinés devant un immeuble de la belle Cité Pinçon. Oui, belle, on peut le souligner. Ici pas de boîtes aux lettres défoncées, de tags « NIK LA POLICE » ou encore de crépi émietté, puisque l’on a une belle cité fleurie et habillée de pierres de taille, et franchement ça fait la différence !

Une rue bien vide sous la chaleur

 

Pas tout à fait une « cité » de BFM TV

 

Dans un style plus contemporain, beau aussi est le centre d’animation Bastide-Benauge qui se tient sur un côté de la rue Raymond Poincaré depuis une dizaine d’années, remplaçant des cours de tennis. Beau enfin est le sourire de Saïda, animatrice de son état, et qui nous fait une visite complète des lieux bien que nous soyons hors des créneaux d’ouverture au public. Comme dans tout centre d’animation de quartier, on y accueille enfants et ados pour diverses activités. Dans une salle au fond par exemple, une trentaine d’enfants sont en train de confectionner la déco pour la fête de la musique. Au sous-sol, on trouve un studio de musique et une salle de sports. Mais ce qui fait l’identité du centre d’animation du quartier, c’est surtout cette grande salle de danse, principal outil de développement d’un pôle d’excellence qui rayonne sur le quartier et bien au-delà. Rue Raymond Poincaré, on vient en effet de l’ensemble de l’agglomération bordelaise pour y danser, et le point d’orgue de tout cela est le festival Clair de Bastide, qui deviendra quelque chose comme « Clair des deux rives » en migrant une année sur deux vers le centre d’animation de Nansouty. Ce festival est quoiqu’il en soit un temps fort dans la vie du quartier, et il est une sorte d’aboutissement au travail de Saïda et de ses collègues, dont la mission dans ce quartier classé en ZSP (Zone de Sécurité Prioritaire) est de canaliser la fougue de la jeunesse, et de récupérer le plus possible ceux qui sont tentés de sortir du droit chemin.

La salle de danse du centre d’animation

 

Illustration réalisée par les enfants du quartier pour la fête du fleuve

 

Danse toujours, l’artiste à la moto continue son ballet dans la rue Raymond Poincaré. En dehors de ces quelques pétarades c’est très calme, la faute au soleil de plomb, conjugué au Ramadan qui ralentit surement aussi la vie du quartier.

Pour ce qui concerne le reste de la rue, on relèvera une école maternelle, mais surtout un style assez novateur de logements sociaux : de petites maisons individuelles mitoyennes, formant une résidence Aquitanis nommée « Echop’ »  en clin d’œil à cet habitat si prisé des Bordelais. Bon ça ne vaut pas l’original hein, mais ça semble tout de même pas mal !

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L’échoppe bordelaise revisitée par Aquitanis

 

En arpentant la rue Raymond Poincaré dans le sens retour, on fait un détour pour aller saluer Nicole et Robert, qui prennent l’ombre sur un banc offrant une vue imprenable sur la station-service de la Benauge. Bonne pioche, Nicole avait justement envie de faire la conversation.

L’arrière-grand-mère de Nicole était née à la Bastide : « Ici ce sont mes racines, alors j’aime toujours y venir ». Nicole se souvient même des marécages qu’il y avait à la place de la cité quand elle était enfant. Qui sait, peut-être l’aperçoit-on dans la vidéo postée plus haut ?

Nicole ne tarit pas d’éloges sur le quartier, où « on est à proximité de tout et où d’un coup de tramway on est en centre-ville ». Surtout que sa jeunesse n’a pas été des plus faciles, avec jamais moins de 10 personnes à table, 22 vaches à gérer à la ferme, et plein de responsabilités en tant qu’aînée de la fratrie. Avant de venir étudier au lycée à Bordeaux, poussée par un papa qui tenait à lui offrir une bonne éducation, Nicole vivait en Dordogne, du côté de La Roche Chalais. Pour aller faire les courses en ville, quelle que soit la météo, c’était 3 kilomètres aller et 3 kilomètres retour. Alors parfois le médecin du bourg avait pitié de la petite Nicole, et mettait son vélo dans son coffre pour la ramener, puis la libérait quelques mètres avant la ferme pour que les parents n’en sachent rien. Le reste c’est du théâtre, il suffisait de faire semblant d’être essoufflée !

Et puis y a quand même des avantages à grandir à La Roche Chalais, regardez la carte. En à peine quelques kilomètres à vélo Nicole se payait le luxe d’une balade à cheval sur trois départements : Dordogne, Gironde et Charente-Maritime. Il n’y a pas de petits plaisirs confirme Vinjo, lui dont l’enfance a été rythmée par des balades à vélo sur trois régions dans les environs de Nadaillac  (Dordogne – Aquitaine), Gignac (Lot – Midi-Pyrénées) et Estivals (Corrèze – Limousin).

Enfin tout ça pour dire qu’après avoir connu ça, Nicole apprécie le confort de la ville, et aime venir prendre l’air à la Benauge, elle qui ne vit pas dans la cité mais n’y a jamais connu le moindre pépin.

Nicole & Robert

Parler ça donne soif, et l’avantage de revenir à la Benauge c’est qu’on peut enfin tester le bar qui était fermé lors de notre précédente visite. « Vive le Portugal » s’appelle désormais L’Insomnia, et comme son nom laisse à penser il s’agit d’un bar ouvert jusqu’à tard le soir. Jonathan (prononcer Djonatanne « à l’américaine ») est le neveu du précédent gérant. A seulement 22 ans, ce carbonblannais en a eu marre des chantiers, des « patrons qui te parlent comme de la merde », et avec un peu d’aide des siens il s’est lancé dans cette aventure, occupant le marché de niche du bar de nuit sur la rive droite, ce qui permet aux gens des Hauts de Garonne de venir prendre l’apéro « sans se faire arrêter par les condés ». Maréchaussée ou pas, Jonathan pratique des prix d’appel attractifs avec la vodka-redbull à 3,50€ ou encore le mojito à 4,50€. En pleine cagne, et vu l’heure, nous resterons à la bière, d’origine portugaise tout comme l’ensemble de la clientèle ainsi que la musique. Mais attention il ne s’agit pas à proprement parler d’un bar portugais, puisque Jonathan précise bien qu’ici chacun est le bienvenu.

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Jonathan, bien réveillé derrière le comptoir de l’Insomnia

Notre SuperBock terminée, nous prenons congé de Jonathan en train de massacrer un de ses clients aux fléchettes (au sens figuré, notre jeune entrepreneur semblant au demeurant très pacifique) et retournons une dernière fois arpenter la rue Raymond Poincaré. Nicole et Robert ne regardent plus la station-service, et en bas des immeubles de la Cité Pinçon, plus personne ne tient les murs, comme si on avait compris que la pierre de taille suffisait au bon maintien des barres d’immeubles. Pas spécialement craignos cette cité finalement, où chacun semble se côtoyer et se respecter. Rue Raymond Poincaré, on arrondit les angles.

SuperBock sponsor (quasi) officiel de Bordeaux 2066

 

BONUS : la Cité de la Benauge compte 9 rues. Nous en avons déjà visité 2. Il nous reste pour l’heure 2019 rues bordelaises à parcourir. La probabilité de retourner à la Benauge est donc de 0,35% !

Cours Barbey

Ca y est, nous revoilà ! Entre les ponts de mai peu propices à nos ballades bordelaises, et l’écriture d’une petite saga de politique fiction avec nos amis de Deux degrés, il faut l’avouer nous avons un peu abandonné les rues bordelaises que l’on aime tant parcourir. Mais ça y est, nous voici de retour à nos premières amours … pas fâché de notre absence, Excel plutôt bon joueur, ne nous envoie pas vers une énième rue de Caudéran mais à deux pas de la Gare Saint-Jean, sur le cours Barbey.

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Le Cours Barbey … un nom qui sonne familier pour de nombreux Bordelais : école, Rock School, Auberge de Jeunesse … Beaucoup de lieux portent le nom de cet ancien ministre de la Marine et des Colonies ! La rue concentre en quelques mètres de nombreux équipements publics, et finalement assez peu de logements : si l’on ne s’est pas trompé il n’y a qu’un seul immeuble d’habitation. Et encore, une partie du bâtiment fait office d’appart-hôtel accueillant en vrac les nouveaux arrivants, les étudiants en recherche d’appartement, les travailleurs temporaires …

Ceci dit, le quartier devrait bientôt accueillir de nouveaux habitants, puisque de l’autre côté du trottoir se dresse l’ancien bâtiment de Santé Navale, en cours de réaménagement. Fermée depuis 2011 dans le cadre de la réorganisation des Armées, l’école fut pendant de nombreuses années une institution nationale, formant des générations de médecins militaires au costume si reconnaissable, dont le sérieux et le solennel jurait parfois avec l’ambiance popu (voire à une époque louche) du Cours de la Marne. Au fait vous savez qui était à l’origine de l’installation de Santé Navale à Bordeaux ? Monsieur Edouard Barbey lui-même. Juste hommage de Bordeaux que de lui attribuer un nom de rue donc.

Vous visualisez le portail d’entrée de feu Santé Navale sur le Cours de la Marne ? Mais si, ça :

Capture d'écran Google Street View - fainéantise de Bordeaux 2066 qui pourtant bosse à 200 mètres de là et aurait pu se bouger

Capture d’écran Google Street View – fainéantise de Vinjo qui pourtant bosse à 200 mètres de là et aurait pu se bouger

Alors figurez-vous que jusque 1964, date à laquelle le pâté de maisons dans son ensemble a été remanié, cela correspondait à l’ancien tracé du cours. Ce dernier reliait tout droit la place André Meunier à la place Dormoy, ce qui semble quand on y réfléchit plus logique que le tracé actuel. Du coup le Cours Barbey a été déplacé de quelques mètres, lors d’une grande opération chabano-urbanistique tout en finesse comme on savait le faire à l’époque (imaginez un projet aujourd’hui : « Bon on va déplacer le Cours de l’Intendance, tout le monde dehors »). Qu y avait-il avant à la place de l’actuel Cours Barbey ? Alors là… D’anciennes photographies aériennes laissent deviner quelques entrepôts et quelques logements, mais difficile de savoir. Si un de nos lecteurs a une réponse là-dessus, nous sommes preneurs.

A propos de photo aérienne, regardez comme on le voit bien, l’ancien tracé du Cours Barbey :

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A partir de 2017 le site reconfiguré devrait accueillir des logements sociaux, des logements étudiants, un hôtel, des bureaux, et même une coulée verte pour relier les places entre elles. Tiens tiens, comme avant 1964 finalement, l’histoire bégaye dans le quartier !

En attendant l’arrivée des grues et des marteaux piqueurs, le quartier reste calme, et ce n’est pas Philippe qui nous dira le contraire. Arrivé de sa Martinique natale, Philippe est depuis vingt ans le gardien du gymnase qui occupe un bon tiers de la rue, une salle de sport sans histoires qui accueille notamment les activités du BEC, un mur d’escalade et un certain nombre de sports de combats asiatiques dont les subtilités nous échappent un peu il faut bien l’avouer …

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Sur les murs du gymnase

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Revendications diverses et variées

Ressortons Cours Barbey et observons la faune locale. Plan de Bordeaux en main, sac au dos, Anglais ou Espagnol à la bouche, ils remontent tous le trottoir vers un même nid : l’Auberge de Jeunesse ! Appartenant à la Mairie mais gérée par une association indépendante, l’établissement existe depuis 1963 (à peu près comme tout le Cours Barbey actuel, pour ceux qui ont suivi), et la centaine de lits disponibles sont bien souvent tous réservés … c’est ce que nous explique Murielle, une des responsables de l’accueil qui nous fait faire un rapide tour du propriétaire. Vous avez connu les auberges de jeunesse crados, où même dans votre jeunesse hippie vous trouviez ça dégueulasse mais n’osiez pas le dire de peur de passer pour un affreux réac ? Bon, cette page est bien tournée ici : avec des prestations de qualité dans un bâtiment refait à neuf en 2011, on peut considérer que les 23€ qui sont demandés ne sont pas volés.

L'Auberge de Jeunesse

L’Auberge de Jeunesse

Décidément il y en a du monde Cours Barbey. A peine sortis de l’auberge (pause rires), on voit un attroupement qui commence à se former. Pas la peine d’être expert en bordologie pour deviner qu’il s’agit des premiers spectateurs du concert du jour de la salle connue dans toute l’Aquitaine et bien au-delà : la Rock School Barbey.
Les deux demoiselles fans d’Aaron à qui on tente d’adresser la parole se montrant particulièrement désagréables (alors que merde quoi, on voulait même pas vous draguer, enfin pas trop quoi), nous nous tournerons quelques jours plus tard vers des interlocuteurs bien plus accueillants : Manu, programmateur (NB : il paraît que Manu écoute TOUS les morceaux qu’on lui envoie, n’hésitez donc pas à lui faire parvenir de nombreuses daubes musicales), Flore, chargée de com et Yolaine, stagiaire, nous refont un peu l’histoire de ce mythique lieu dont on a récemment fêté les 25 ans.

Dans les années 80, les dénommés Eric et Patrick étaient de jeunes punks du côté de Sauveterre-de-Guyenne, où on a semble-t-il tendance à préférer le vin rouge aux agitateurs. Devenu éducateur dans ce quartier alors très défavorisé de Bordeaux, Eric a de fil en aiguille su tisser des liens avec les autorités chabanistes d’alors pour organiser des concerts de rock dans ce qui était un théâtre à l’italienne appartenant à la ville : le théâtre Barbey. Pour l’anecdote, les concerts d’alors étaient financés sur une ligne budgétaire de prévention de la délinquance, c’est dire comment on considérait le rock et les rockers…
Bref passons les détails, mais en 1989 c’est acté : exit le théâtre Barbey, bonjour la Rock School Barbey ! Le concept était, et il est toujours, le suivant : une salle pour les concerts, et des cours de musique pour qui veut. Mais attention, pas les cours de solfège qui vous faisaient chialer le mercredi quand vous aviez 8 ans, non. Rock School c’est aujourd’hui un label déposé, et ça répond à une conception moderne de l’apprentissage musical partant du principe que chacun peut se faire plaisir à son niveau : pas de solfège, pas d’horaires imposés, des ateliers collectifs, etc etc.

Dans une loge de Barbey

Dans une loge de Barbey

Comme son nom ne l’indique pas, on peut venir écouter toutes sortes de musiques actuelles à la Rock School. Mais quand même, ce sont de grandes figures du rock au sens large qui ont le plus marqué l’histoire de la salle : Camera Silens (pour la scène locale), les Béruriers Noirs, Fugazi (groupe américain phare du hardcore qui a cessé toute activité mais a sorti il y a deux ans 1 live enregistré à … Barbey !), la Mano Negra, etc etc.
Aujourd’hui cette salle de 700 places est gérée par une association qui embauche 12 salariés, et de belles affiches sont encore à prévoir. « Oui Bordeaux est toujours une ville rock » affirme Manu, et la Rock School observe sans inquiétude les profondes transformations de ce quartier il y a encore peu de temps marginalisé. Pas d’inquiétude non plus sur l’ouverture prochaine d’une salle géante à Floirac : avec ses 700 places, la Rock School ne vise pas le même public et n’accueillera a priori jamais Johnny ou Kenji Girac.

Traces d'artistes de passage

Traces d’artistes de passage

Ah oui, à la Rock School il y a aussi un bar, mais depuis quelques années il ne fonctionne plus que pendant les concerts. Lors de notre visite de fin d’aprem, nous sommes donc allés un petit peu plus loin pour boire notre traditionnelle bière de fin de rue, sur la place Dormoy ou s’est installé depuis plusieurs années Le Petit Grain, un bar / restaurant associatif né dans le sillage de l’association Yakafaucon qui regroupe des habitants du quartier. Ici les repas sont participatifs (cuisine comme vaisselle sont faites par des adhérents) et la bière est locale et artisanale. En plus de servir à boire et à manger, le Petit Grain propose tout un tas d’activité à ses adhérents : du taïchi au tricot en passant par le jardinage. Certaines mauvaises langues trouveront ça bobo. Nous on s’en fout, on a été drôlement bien installé à siroter notre petite Saint-Léon à l’ombre en observant la vie de quartier, et le personnel de l’asso est très accueillant. Mais c’est sur que c’est pas l’endroit pour garer son Hummer limousine en double file, avaler un mojito royal cul sec et repartir en faisant crisser les pneus…

Vie de quartier

Vie de quartier

Des militaires navalais aux écolos-babos modernes en passant par des punks du vignoble, sacrée trajectoire ce Cours Barbey : déviée, mais certainement pas déviante !

Santé (navale) !

Santé (navale) !

Carnet de bord de Martin Hugues, adjoint au Maire de Bordeaux – politique fiction avec Deux Degrés

2016 : la ville de Bordeaux est totalement ruinée. Heureusement Bordeaux 2066 et Deux Degrés unissent leurs forces pour créer le cluster # FUTUR SMART LOW-COST CITY 3.0  et proposent une solution unique pour renflouer les finances municipales.

Découvrez ici le carnet de bord de Martin Hugues, adjoint (fictif) au Maire de Bordeaux. 

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2016. Tandis que « Le boss » vit entre France 2 et Europe 1, avec mon jeune et ambitieux collègue Robert Fabien, nous tirons la sonnette d’alarme. Ce qu’on ne pensait possible qu’à Sarreguemines ou à Maubeuge était en train de menacer Bordeaux l’opulente : des « finances publiques exsangues » titrait la presse locale, façon élégante de dire qu’on est dans la merde jusqu’au cou parce que y a plus un radis. Je savais qu’on n’aurait pas du attaquer la rénovation de cette 37ème place.

Mai 2017. C’est un triomphe. « Le boss » est arrivé au pouvoir, enfin. Il était temps : le miroir d’eau se dessèche au soleil du printemps, plus aucun Pibal n’est réparé, nous avons du faire appel aux punks du Cours Victor Hugo pour assurer des animations pour Novart, et depuis notre gestion si désastreuse de l’épidémie d’Ebola en 2015, nos crèches ont encore plus mauvaise presse qu’un orphelinat bulgare.

87% des Bordelais ont néanmoins voté pour le Boss. Bien sur, il s’attendait à un peu plus, mais le Boss n’est pas un ingrat. Il n’a pas squatté le haut des palmarès de tabloïds pendant toutes ces années pour revenir à la case départ, la case Chaban comme on l’appelle entre nous.

Juillet 2017. Je me promène dans mes quartiers favoris, là où s’épanouit mon doux électorat de centre-droit, loin des agitateurs si clivants de la droite socialo-centriste, qui squattent en masse les quartiers d’échoppes.

Cours de l’Intendance. Quel sens à ce nom ? Aucun. Je croise la rue Sainte-Catherine. Parmi tous ces badauds se faufilant entre les mendiants, qui connaît la glorieuse histoire de Catherine d’Alexandrie au 3ème siècle ? Personne. Je continue : Cours du Chapeau Rouge. Nom ridicule s’il en est.

Au détour de ma balade, j’écoute d’une oreille une conversation entre deux ados :

  • On se retrouve au HMS à 19h.
  • Où ?
  • Tu vois la place triangulaire où qu’il y a plein de bars avant la Victoire ?
  • Ah ok, ça marche.

« La place triangulaire où qu’il y a plein de bars avant la Victoire ». Là voilà notre idée pour faire des projets sans projet ! On va renommer les rues. Seulement les renommer comme les gens aimeraient. Avec ça, plus aucun touriste ne sera paumé. La place triangulaire où il y a plein de bars avant la Victoire s’appellera : « La place triangulaire où il y a plein de bars avant la Victoire ». Les bordelais auront l’impression que les choses changent mais sans changement. Parfait pour occuper le terrain. Faut que j’en parle avec Robert Fabien.

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Eté 2017 : Le Boss est d’accord, y a plus qu’à.

Groupes de travail, réunions, ateliers participatifs. En un mois de travail, nous avons nos nouveaux noms de rue. Je flippe un peu avant la mise en place des panneaux mais Robert Fabien me rassure. « Ca va twitter !»

Ça a twitté. Les bordelais ont adoré. Ils trouvent ça pratique. On a même eu droit à la une sur Melty.fr ! Les gens en redemandent. Des lettres d’encouragements par milliers : Cynthia de Marmande, Elodie de Castelnau de Médoc, Redouane d’Ambarès, etc. Tout le monde est emballé.

Avec Robert, on est parti fêter ce grand coup dans le monde du marketing territorial, rue des Pillers de Tutelle, à la Calle Ocho. Salsa, bachata, rhum jusqu’à 0h45 ! En sortant, Robert vient me voir un peu éméché et me dit : « Putain, ce serait plus pratique si cette rue s’appelait la rue de la Calle Ocho ! » puis il trébucha vers une jeune militante UDI. Une connaissance visiblement.

La rue Calle Ocho ? C’est une idée géniale pour remplir les caisses. On va faire du naming! Comme pour les stades qui vendent leur nom à des marques, nous allons vendre les noms des rues de Bordeaux et amasser les Euros. Les jaloux vont maigrir, comme disent ces jeunes qui font de la planche à roulettes devant le Grand Théâtre.

Septembre 2017. Pour redonner tout son lustre à notre belle cité, il faut marquer un grand coup. On doit viser la compétitivité mondiale, le mainstream de haut-niveau.

On veut des marques clinquantes, 3.0. Le boss passe quelques coups de fil et bingo, les premiers noms sont tombés : la Place de la Comédie devient la Place Apple, la Place de la Bourse est renommée la place Selfie Instagram. Concernant le cours de l’Intendance, les débats ont été rudes mais ce sera dorénavant le cours Nespresso. Et pour la rue Porte Dijeaux, on a fait monter les enchères et elle s’appellera la rue Baillardran.

Celui qui a un peu craqué, c’est Martin Bouygues. Il est tellement riche qu’il voudrait un quartier entier, quelle histoire… Heureusement on a pu lui vendre un petit quartier qui a perdu vachement de valeur ces derniers temps, Ginko je crois que ça s’appelle. « Cité Bouygues », ça sonne tellement mieux. En plus ça tombe bien, me souffle Robert entre deux coupes de champ’ : « C’est moi qui l’avait fait bâtir à l’époque ce truc ».

Je rentre un peu ivre de cette inauguration. J’y songe, faudrait peut-être pas qu’on croit à du favoritisme, j’aurais vite fait d’avoir Mediapart au cul. Deux semaines après, Pichet rachète le Pont Chaban.

« PICHET 1 – 1 BOUYGUES » titre Sud Ouest. Ouf, mon intégrité est sauve. Et le pont Pichet en face de la grande carafe de la cité du vin, ça plaît aux touristes. Y’en a du chinois qui se prend en photo avec un verre de rouge à la main.

Janvier 2018. Une missive arrivée de Porto nous a bien fait marrer à la Mairie. Superbock, la fameuse bière portugaise, a entendu parler de notre démarche et veut racheter le Cours de l’Yser. Ils y ont remarqué un pic de vente unique en France qu’ils nous disent. Au début on les a pas trop pris au sérieux, puis finalement ils nous ont allongé 200 000 euros et mis à disposition des milliers de goodies à distribuer dans les bars. La population locale est absolument ravie. Pour l’inauguration, la fête a duré tard dans la nuit dans le barrio. J’ai prévenu Sud Ouest, pour qu’ils ne fassent pas leur 9ème article du mois sur le tapage nocturne et l’insécurité dans le quartier.  Saude !

Mars 2018. Pour les premiers rayons de soleil du printemps, ça ne pouvait tomber mieux. Rihanna se porte acquéreur des quais de Bordeaux. Un chèque de 3,5 millions d’euros vient de tomber. Je demande à Robert d’aller illico rallumer le miroir d’eau. On est quand même un peu embêtés, elle n’a pas voulu acheter tout ce qui est au sud du Pont Saint-Jean. « Too dirty, too dangerous » qu’elle me dit la barbadaise. Tant pis, les Quais de Paludate deviendront « Quais de la Seat Ibiza jaune canari », en hommage aux nombreux fêtards des zones périphériques qui possèdent ce véhicule. J’ai appelé le concessionnaire Seat du Bouscat, ils sont ravis et veulent bien organiser un défilé de Seat Leon tunées pour fêter ça. Qui a dit qu’on avait une politique culturelle élitiste ? Dans le cul Lulu.

Jackpot : 2 600 000 € supplémentaires par an dans les caisses et une campagne de presse dans le monde entier.

Nos virulents opposants de centre-gauche crient à l’hérésie culturelle et nous traitent de vendus au grand capital. Les pauvres, s’ils savaient ce qu’on leur réserve. J’ai déjà hâte d’aller pisser dans l’Impasse Vincent Feltesse.

 

Mai 2018 : Les vannes sont ouvertes, on ne nous arrête plus. Ce sont les commerçants locaux qui veulent leur plaque de rue dorénavant. Tous les amis du boss veulent le nom de leur enseigne sur le plan de Bordeaux. Denis Mollat est vert que la rue Porte-Dijeaux ait déjà été vendue à Baillardran. En même temps il pouvait pas suivre, quand on y pense, un canelé ça marge mieux qu’un bouquin. Et puis ça va quoi… on lui a vendu Vital-Carles pour 350 000 €. Si ça c’est pas de l’amitié, je ne m’y connais pas…

En tout cas ça commence à devenir du sérieux en centre ville : la Place Fernand Lafargue devient Place Apollo (désolé pour le type qui vit au numéro 13), la rue de Cursol devient rue Sport et Aventure…

Même les gauchistes s’en mêlent : la Place Camille Julian a été rachetée par Utopia ! Du coup on est allé voir Darwin, mais ça ne les intéressait pas de racheter les Quais des Queyries. La vengeance n’étant pas un plat bio, on les a renommé « Darloose ». Je ricane.

Juillet 2018 : « ONE, TWO, THREE, VIVE LE MALI » ! Ohlala quelle ambiance Place de la Victoire !! C’est complètement ouf ce qu’il vient de se passer, le Mali vient de battre le Brésil en finale de la Coupe du Monde !! Et qui a inscrit le doublé de la victoire ? CHEIKH MAAAAGIC… DIAAABAAATEEEE ! Un but de chaque genou, un vrai artiste !

C’est une des images les plus regardées au Monde : Cheikh vient de déclarer à la télévision officielle russe qu’il pensait fort à tous ses amis et à sa famille à Bordeaux. Le site de la mairie et l’onglet « Invest in Bordeaux » ont reçu plus de 6 millions de clics dans la nuit !

J’appelle de suite Jean-Louis Triaud, y a pas à hésiter : on cesse les pourparlers avec Cacolac pour acheter le nom du Grand Stade. Désormais Girondins et UBB se partageront le Stade Cheikh Diabaté. On est en Une de l’Equipe et de la Gazzetta dello sport, on est des putains de génies.

cheick diabaté grand stade bordeaux

Septembre 2018 : Ca commence fort cette rentrée politique. Mes opposants me gonflent. D’après eux, je serais réac et vieux jeu. Robert Fabien me lance une idée : nous allons les prendre à leur propre piège et adopter une des mesures les plus féministes que puisse prendre un élu local. Et ce de façon participative, s’il vous plaît. Je m’explique : Mauriac, Montaigne et Montesquieu, ils sont sympas, mais ils ont fait leur temps. Quant au marché des Grands Hommes, ces tanches de touristes croient qu’on rend hommage à Patrick Bruel. N’importe quoi.

C’est donc pour être raccord avec notre époque que nous consultons la population pour changer le quartier des Grands Hommes en quartier des Grandes Femmes. Il s’agit derenommer les rues du triangle avec des noms de femmes qui ont marqué notre époque. Avec 5879 retweets, ça buzze au taquet comme idée.

Octobre 2018 : La démocratie participative a parlé : Voltaire, Montesquieu, Buffon, Jean-Jacques Rousseau, Montaigne et Diderot deviennent respectivement Loana, Nabilla, Enora Malagré, Jenifer, Ayem et Ophélie Winter. Le patron du Chapon Fin est furax d’être rue Nabilla. Fallait pas me pousser vers la démocratie participative, on ne m’y reprendra plus.

deuxdegres_rue_enora_malagre

 

Novembre 2019 :
Un an après l’épisode des Grandes Femmes, nous voilà dans une situation bizarre. Cette affaire a fait le tour des médias, les internautes en raffolent toujours mais le prestige de notre politique de naming en a pris un coup et les caisses ne se sont pas aussi remplies que prévu. Le nouveau dircom, un ex-boss de Twitter France, a pris la seule décision irrationnelle à prendre dans ce cas là : continuer dans le nom racoleur et espérer que ça génère beaucoup d’argent plus tard. Une idée qu’il a volé à son ancienne boîte avant qu’elle ne coule.

Bienvenue dans l’escalade de la connerie, dans le monde du like au kilo.

Acte 1.
Lyon pique notre idée, l’ancienne capitale des Gaules se met au naming également. Les pauvres, ils n’ont pas les épaules. On va leur faire une démonstration de buzz territorial offensif. Je suggère à Robert Fabien de rebaptiser l’esplanade des Quinconces. Elle devient : « La plus grande place d’Europe devant la Place Bellecour .» Le dircom fait une grimace, il trouve ça consensuel. Il propose plutôt : « La plus grande place d’Europe devant la Place Bellecour de ces tarlouzes de Lyonnais #Gourcuff ». A notre tour de grimacer mais trop tard, l’annonce Facebook est déjà publiée. Magie de l’Internet, nous passons pour des génies. Bordeaux 1 – 0 Lyon. Ce n’est pas notre plus belle victoire à mon goût.

place des quinconces

Acte 2.
Des commerçants nous résistent, ils ne veulent pas payer. Ils s’allient et refusent de changer le nom de leur rue. Tant pis pour eux. Ils jouent notre jeu ou ils crèvent. On va frapper fort. On écrit le projet de délibération rebaptisant la rue St-Rémi : « la rue des restaurants de merde qui te servent des surgelés à 20€ ». Cela ne suffit pas, les commerçants résistent à la pression, ils ne veulent toujours pas céder. Le conseil municipal approche. Je dis à Robert d’arrêter mais il ne veut pas. Il veut faire rentrer l’argent dans les caisses. Trop occupés sur notre cas de conscience, on se fait déborder par le nouveau dircom qui annonce sur Facebook que la mairie a trouvé un deal avec Findus pour rebaptiser la rue de la Tupina… Ca sent bon la guerre civile. Combat de commentaires sur Internet mais ce foutu dircom sait ce qu’il fait. Il annonce que le patron de la Tupina serait peut-être plus heureux avec un restaurant sur le Cours des Kebabs, des coiffeurs africains et des sex-shops (anciennement cours de la Marne). Tout le monde approuve, tout le monde rigole, sauf le proviseur du Lycée Gustave Eiffel (qui à l’époque s’était prononcé pour le « Cours Elite de la nation »). Fin de la polémique. Incompréhensible.

Acte 3.
Un post Facebook anodin propose de renommer le carrefour le plus accidentogène de Bordeaux, la place Bir Hakeim, en l’honneur du joueur de foot le plus accidentogène de Bordeaux, Frank Jurietti. Internet tremble au delà de Bordeaux. 3 jours après, suite à une belle victoire 1 – 0 des Girondins face au Red Star, un groupe de supporters éméchés change lui-même le panneau. Photos, articles de journaux, reportage Téléfoot. Le naming est un succès total, nous sommes dépassés. Les articles de loi sur le domaine public n’impressionnent plus personne.

Acte 4.
Le naming ayant avant tout lieu dorénavant sur Facebook et loin des plaques de rue, tout le monde s’en donne à coeur joie. Le naming à portée de main ! Pour le meilleur mais surtout pour le pire. Le community manager ne peut plus gérer. Certains veulent renommer la dalle de Mériadeck en « dalle des fonctionnaires qui glandent dans la galerie Auchan ». Succès. D’autres veulent renommer la Barrière de Toulouse en « barrière avec ce putain de radar automatique ». Succès. Quelques étudiants proposent de remplacer Place de la Victoire par « Place de la tortue de merde à côté de la colonne avec plein de dealers où tu peux boire des coups pas chers avant d’aller pécho Quai de la Seat Ibiza Jaune ». Demi-succès. A la proposition d’un certain Stefano de renommer les allées Tourny en  « Allées de la pouffiasse en Mini Cooper« , le site est fermé. Faut dire que ça avait heurté quelques épouses de notables qui s’étaient reconnues. Qu’est-ce qu’on s’est marré avec ce truc ! Enfin il était temps, le dircom est viré. De mon côté je rends mon tablier, totalement usé par toutes ces conneries 2.0. Un petit nouveau me remplace. Il est jeune, beau et bourré de talent. Un certain Florian Nicolas.

allées Tournybarrière de toulouse

Passez la souris sur les points noirs pour voir apparaître les noms de rue 

EPILOGUE

Biographie de Florian Nicolas

Vie politique :
Assureur, opticien, agent immobilier, vendeur de cigarettes électroniques et homme politique français. Premier adjoint au Maire de Bordeaux de novembre 2019 à décembre 2019.
Sa première action fut de ré-institutionnaliser la politique de naming de la Mairie de Bordeaux. Voulant sortir de la polémique qualifiée de « nauséabonde » de « l’allée des pouffiasses en Mini Cooper » menée par son prédécesseur, Martin Hugues, il proposa de renommer la statue de Jacques Chaban-Delmas (place Pey Berland) en « statue d’un inconnu marchant vers Alain Juppé ». Il fut démis de ses fonctions le lendemain de l’inauguration surprise de la statue en présence d’Alain Juppé, alors Président de la République.

L’article Sud Ouest du 24 décembre 2019 titra : « On n’avait plus d’argent pour faire une nouvelle statue ! »

Divers :
A la fin de sa carrière politique, Florian Nicolas se lance dans une carrière de chanteur de charme en EHPAD. Il déclare en mars 2020 à Sénior magazine : « Je souhaite changer le quotidien des femmes qui écoutent mes disques. Mon ambition est de donner de l’espoir à toutes les françaises.« 

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Rue des Deux Ormeaux

Un peu de patience, ça vient...

Un peu de patience, ça vient…

Il ne croyait pas si bien dire, ce fan Facebook… Au moment où il « lâchait son com », comme on dit sur les Skyblog, Vinjo et Pim étaient en plein concours de lâcheté pour savoir qui allait rédiger l’article sur la rue des Deux Ormeaux : « Tu le fais ce soir ? – Ah non ce soir heu… je dois sortir ma poubelle, donc c’est mort tu vois ! Heu vendredi dans 15 jours ptet ! »

Bref, pendant le mois qui vient de s’écouler, les membres de Bordeaux 2066 quand ils se disaient qu’ils devaient rédiger ce p***** d’article sur cette p***** de rue ressemblaient à peu près à ça :

Et puis finalement, il a bien fallu se sortir les doigts (Dieu sait d’où car il est omniscient) pour vous parler dans la douleur, mesdames, messieurs, de la rue des Deux Ormeaux.
Cette rue, lorsque nous l’avons abordée à vélo, elle nous a assez rapidement évoqué le concept de « ville chiante » chère à nos amis de Deux Degrés. Une ville où il ne se passe rien, ni en positif ni en négatif, et qui finalement serait recherchée pour ça. Se complaire dans la platitude, s’emmerder doucement mais surement, pourquoi pas après tout ! A Bordeaux il est d’usage de claironner que la Belle Endormie s’est réveillée. Mais finalement le sommeil c’est sacré non ? La Belle ne peut pas aller de Fête du Vin en Fête du Fleuve en passant par un Marathon sous peine d’avoir les yeux qui piquent et mauvaise haleine, aussi doit-elle parfois se rendormir.

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Et pour un sommeil bien réparateur et bien profond, quoi de mieux qu’un quartier à la fois excentré et bourgeois ?
Plantons le décor. La rue des Deux Ormeaux est un petit passage reliant la rue de Caudéran (qui permet aux Caudéranais d’accèder à Bordeaux Centre) au Cours Marc Nouaux (qui permet aux Caudéranais de rentrer chez eux). Son entrée est surveillée par le très select groupe scolaire Sainte-Clotilde / Assomption, fournisseur officiel de minettes à sacs Longchamp depuis 1860.
Sur les trottoirs on y trouve une biodiversité assez fascinante : de la Mini Cooper au Porsche Q7, ce sont de nombreuses espèces qui parviennent à se développer rue des Deux Ormeaux.

La rue des Deux Ormeaux

La rue des Deux Ormeaux

Sur le trottoir, on y trouve également Jacqueline et sa valise, qui reviennent de l’aéroport. Jacqueline vit dans une des maisons signées de l’architecte Tusseau qui ornent la rue. Ces élégantes demeures du début du 20ème siècle sont de style néo-18ème, et elles en imposent pas mal à vrai dire. Mais sans vouloir faire injure aux habitants de ce trottoir ci, c’est tout de même la baraque du voisin d’en face qui nous le plus impressionné, avec ses murs en moellons et son bow-window à l’anglaise. Il faut dire que c’est un grand nom qui en est l’auteur : Cyprien Alfred-Duprat, fils de Bertrand Alfred-Duprat, architecte également.
Les Alfred-Duprat, outre un nom rigolo, ont à leur actif un certain nombre de réalisations. Côté père, on trouve notamment un certain nombre de demeures le long du Parc Bordelais, rue du Bocage, y compris celle où il vivait lui-même (on n’est jamais mieux servi que par soi-même, en l’occurrence surtout quand on est architecte pour se faire une maison).

Chez Alfred-Duprat père, le long du Parc Bordelais

Chez Alfred-Duprat père, le long du Parc Bordelais

Réalisation du fils, rue des Deux Ormeaux

Réalisation du fils, rue des Deux Ormeaux

Côté fils, on trouve notamment l’Hôtel Schwabe le long du Parc Bordelais, la maison cantonale de la Bastide, et donc une maison rue des Deux Ormeaux. Mais ce qui nous plait surtout chez Cyprien Alfred-Duprat, c’est son livre « Bordeaux un jour ! », écrit en 1929, dans lequel il rivalise d’idées loufoques sur le devenir de notre ville : un toit-terrasse pour les Grands Hommes, une rampe d’accès automobile pour le haut du Grand Théâtre, une tour de 40 étages sur les quais… Que du très moderne pour l’époque, et surtout de l’anti ville chiante par excellence !

La Place Lainé imaginée par Cyprien Alfred-Duprat

La Place Lainé imaginée par Cyprien Alfred-Duprat

Car en attendant nous sommes toujours rue des Deux Ormeaux, et une fois qu’on a admiré les quelques maisons d’architecte il faut bien reconnaître que les explorateurs urbains que nous sommes se trouvent un peu démunis.
Le bar le plus proche se trouve Barrière Saint-Médard, et c’est le Rick Angel. Voilà qui promet de relever le niveau de cette tiède visite, se dit-on alors en googlisant cet étrange nom, qui s’avère être le pseudonyme d’un ancien conseiller de l’UMP devenu acteur porno.

Quizz. Rick Angel est-il A) en meeting à Arcachon ? B) en tournage sur la plage Nord du Porge ?

Quizz. Rick Angel est-il
A) en meeting à Arcachon ?
B) en tournage sur la plage Nord du Porge ?

Si nous en savons un peu plus sur Rick Angel (pas trop non plus hein), nous n’en saurons en revanche pas plus sur le Rick Angel de la Barrière Saint-Médard, fermé pour travaux. C’est donc un peu plus loin, au bar « Le bocage » que nous contemplons le flot de voitures qui rentrent à Caudéran le long du SM évoqué lors de notre précédente visite.

La rue des Deux Ormeaux… la rue Bel-Orme juste en face. Mais pourquoi cette obsession pour les ulmacées dans le quartier ? Visiblement, avant le milieu du 19ème siècle, ormes et ormeaux ornaient le parc de la maison Harmensen, « établissement de plaisir » du nom d’une famille de notables hambourgeois. Attention, pas le même plaisir que Rick Angel, plutôt du plaisir en tout bien tout honneur consistant à s’en mettre plein la panse et à danser entre gens bien nés.

Depuis, la maison Harmensen est devenue un couvent puis une résidence, les deux ormeaux ont été a priori coupés, et le plaisir n’est plus évoqué que brutalement par l’allusion à Rick Angel. La Belle Endormie s’est réveillée, mais rue des Deux Ormeaux, on a repris quelques somnifères.

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