Rue D’Artagnan

Pour cette 49ème visite, un brin d’appréhension soufflait dans l’équipe de Bordeaux 2066. Tout juste habitués à d’éphémères apparitions médiatiques locales, voilà que pour ce tirage au sort nous recevions la visite de Marie Misset, qui certes est moins célèbre que Claire Chazal, mais cause tout de même trois heures par jour sur Radio Nova pour l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde ». Tel 40 degrés à l’ombre à l’époque, Marie et son équipe s’offrent un petit tour de France estival pour humer l’air du pays, qui passait par Bordeaux cette semaine là. Ces journalistes parisiens ayant de bien drôles d’idées, Marie s’est dit qu’elle allait tirer une rue au sort avec nous et venir l’arpenter, micro en main.

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On ne sait pas trop si Excel a voulu faire honneur à notre thématique #bdxmoche (ceux qui nous suivent sur Facebook ou Twitter comprendront) ou encore s’il a souhaité impressionner notre visiteuse qui avait pris ses quartiers d’été sur la très cosy Place du Marché des Chartrons, mais toujours est-il que le sort nous a mené rue d’Artagnan, en plein secteur non rénové de la rive droite, au bout du moche Pont Saint-Jean et le long du moche Quai de la Souys. Même Robert Coustet dans son viographe des rues de Bordeaux n’y va pas avec des pincettes et écrit : « La rue dédiée à ce symbole de l’intrépidité gasconne n’est en réalité qu’une pauvre impasse ».

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La première sensation en arrivant sur place est olfactive : « Ça pue ». Il faut dire qu’il faisait fort chaud ce matin là, et que les bas-côtés de la rue d’Artagnan ressemblent un peu à cours de biologie sur la biodégradabilité des déchets, la pâleur de certains emballages laissant penser que ça n’était pas le premier été qu’ils passaient dans le secteur.

Perspective générale de la rue D'Artagnan

Perspective générale de la rue D’Artagnan

Banc abandonné

Banc abandonné

« STOP » abandonné

L’équipe de trois mousquetaires que nous formons pour l’occasion arpente la rue d’Artagnan, qui est donc une impasse où l’on remarque tout d’abord le dépôt des Cars de Bordeaux, l’entreprise qui exploite notamment la navette Jet’Bus entre l’aéroport et la gare Saint-Jean. On y papote rapidement avec Sébastien, qui est responsable des plannings des conducteurs, et qui a donc la lourde responsabilité de vous faire arriver à l’heure pour prendre votre avion.

Tourisme radiophonique dans les rayons de Gédibois

Tourisme radiophonique dans les rayons de Gédibois

Coincé entre les Cars de Bordeaux et un magasin Gédibois, qui n’est autre qu’un Gédimat dédié au bois, on remarque un petit enclos avec deux caravanes et un petit cabane en bois : y aurait-il des habitants dans cet univers minéral et industriel ?

Oui ! Cette vie humaine, c’est Tony et Chantal qui l’apportent à la rue d’Artagnan. On s’en doutait certes un peu, mais Tony nous précise d’emblée : « On est de la communauté des gens du voyage ». Rue d’Artagnan, Tony y gardienne la friche voisine, qui appartient à un ami qui a pour projet d’y installer une centrale de béton, qui semble bien compromise face à l’ogre Euratlantique. Peut-être a-t-on une gueule à avoir des préjugés, mais en tout cas Chantal et Tony nous précisent qu’ils travaillent tous les deux et mènent une vie comme vous et nous, sédentaires, mais dans une caravane. « La vie en appartement j’ai connu, mais j’peux pas », nous confie Tony qui a ça « dans le sang ». Le mot de la fin pour Radio Nova ? « Vous êtes choukar ». Ça veut dire « jolie » en manouche : Bordeaux 2066 gagne à féminiser ses promenades.

Chantal et Tony, deux des rares habitants de la rue D'Artagnan

Chantal et Tony, deux des rares habitants de la rue D’Artagnan

Eh oui, déambuler avec une jeune femme, ça peut ouvrir des portes. Mais pas une porte Premdor en l’occurrence. Tout au bout de la rue d’Artagnan, qui est en fait une impasse, se trouve cette usine d’environ 100 salariés, ainsi que le siège social français de cette entreprise américaine. On y fabrique des portes en bois, pour entreprises ou pour particuliers. Pourquoi installer son siège à Bordeaux ? « Le climat peut-être ? » nous répond-on sans conviction à l’accueil. L’accueil restera cordial mais prudent : pas de photos, pas de visite de l’usine non plus… la porte se referme !

A défaut de portes, les auditeurs de Nova et les lecteurs de Bordeaux 2066 pourront se consoler avec du vin. En rebroussant chemin dans la rue/impasse d’Artagnan, le grand hangar « CVL » est le dernier occupant de la rue que nous visitons. On remarque tout d’abord un bateau garé sur l’immense parking, dont personne ne peut expliquer la présence, soit. Pour le reste, à l’intérieur, c’est du pinard. Nous nous trouvons ici sur un lieu de stockage de grande surface. Ça ne paye pas de mine, mais ça fait que du coup le must du terroir girondin peut se trouver rue d’Artagnan, ce qui n’est pas franchement évident de prime abord. Et puis ça a fait plaisir à notre « touriste » parisienne : « On est vraiment à Bordeaux ici ! »

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Le truc qu’on n’a pas encore dit dans cet article, c’est que si on trouve autant d’usines et d’entrepôts rue d’Artagnan, c’est parce qu’on est en pleine rive droite, où la vocation industrielle s’est affirmée au 19ème siècle notamment par le biais d’un réseau dense de chemins de fer. On est ici en plein secteur de fret, qui raccordait les voies ferrées de différents points cardinaux et qui était donc un lieu intéressant pour la production et le stockage. Seulement ici les voies ferrées ont progressivement été abandonnées, mais le quartier n’a pas perdu sa vocation industrielle pour autant. Alors comment on les achemine toutes ces marchandises ? En voiturette électrique ? En Segway ? En trottinette solaire ? ET NAN : en gros camion qui pue ! Que ça soit Gédibois, les portes Premdor, ou encore le pinard : tout se fait en camion rue d’Artagnan, autant dire qu’on est loin de la zone 30 machin truc où les enfants peuvent jouer au ballon au milieu des papillons.

RTL avait à l’époque une émission appelée « Les routiers sont sympas ». Pas sur que Radio Nova la reprenne à la rentrée prochaine, mais néanmoins si l’on se base sur le jeune Boris : oui les routiers sont sympas ! Avec son camion immatriculé 49, Boris arrive de Cholet, et il attend que Premdor lui ouvre la porte pour justement pouvoir en charger. Du coup il patiente à l’ombre avec un sandwich de la boulangerie du Quai de la Souys, avant de refaire les 4 heures de route en sens inverse. Choyons la rue d’Artagnan, pour certaines personnes elle est l’unique aperçu qu’elles auront de Bordeaux !

Boris le routier

Boris le routier

Nous on ne reprend pas la route, du coup on file boire une petite bière, fidèles à nos habitudes. Pour clôturer cette visite dédiée aux hangars et à l’industrie, on reste dans le thème en profitant de la terrasse de Futbol Futbol, un complexe sportif dédié au foot en salle. Normalement on boit une bière après un harassant match de foot, bon nous on va faire comme si hein ! C’est à l’ombre d’un hangar et de palettes de manutention que nous trinquons à la santé de d’Artagnan, l’intrépide gascon à la « pauvre impasse » ,de Radio Nova et surtout aux vacances qui arrivent. On se retrouve en septembre pour de nouvelles rues, et d’ici là si vous vous ennuyez sur la plage ou dans les bouchons vous pouvez (ré)écouter notre passage sur Nova :

Reportage rue D’Artagnan à partir de 10’30 : http://www.novaplanet.com/radionova/47592/episode-bordeaux-vendredi-partie-1

Interview à partir de 21′ : http://www.novaplanet.com/radionova/47594/episode-bordeaux-vendredi-partie-2

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BONUS : envie de parler manouche ? Consultez donc ceci.

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Cours de la Martinique

Ca y est, c’est l’été … il fait chaud et c’est le début de la canicule sur Bordeaux, pas de quoi nous arrêter pour autant ! Armés de notre courage et déterminés à nous rafraichir autour d’une petite mousse en fin de visite, nous partons pour notre 48ème rue, direction les DOM-TOM : pas le bagne de Cayenne mais plutôt la Martinique ! A nous Fort-de-France, les plages et la mangrove de l’île aux fleurs. Bon évidemment, à nous plutôt le cours de la Martinique, en plein milieu des Chartrons, sur ce qui ressemble encore à Check Point Charlie dans l’esprit de certains vieux Bordelais du centre ville, qui ont longtemps considéré que cette artère marquait la limite Nord de ce qui est « « « fréquentable » » ».

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Pourquoi la Martinique d’ailleurs ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, aucun lien douteux avec le commerce triangulaire. Le précieux Robert Coustet nous apprend qu’en 1902, après l’éruption de la Montagne Pelée, les Bordelais émus par le drame (et par la mort de nombre des leurs installés sur place) ont décidé de rendre hommage à l’île des Antilles en donnant son nom au Cours qui était en train d’être percé en plein milieu des Chartrons (son inauguration date de 1907, date d’ailleurs inscrite sur le fronton de l’immeuble qui fait angle avec le Cours Portal). Un peu comme si en 2011 on avait décidé de créer un cours Fukushima à Ginko, tout compte fait.

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Trêve de mauvais esprit, commençons notre exploration. Première impression en arrivant sur place : voitures, voitures, voitures ! Alors certes le cours ne ressemble quand même pas à la rocade un lundi matin à 8h, mais on se sent tout de suite dans une rue de Bordeaux qui a gardé une vocation automobile et où le tout bagnole des années 1980 fait office de loi. Pas tout à fait la même ambiance que les flâneries dans la rue Notre Dame pourtant juste à côté.
A propos de voitures, la boulangerie de la rue a dû voir passer la toute première. Cours de la Martinique, elle est installée depuis bien longtemps puisque son four date de 1765, sous Louis XV ! Depuis 2000 c’est Serge 1er, moissagais d’origine, qui officie au fourneau, et on peut vous le dire : son pain gascon traditionnel cuit au feu de bois est délicieux !

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Un peu plus bas, faisant angle avec la rue Notre-Dame, on remarque une imposante maison de maître surmontée de l’inscription « G. Pépin Fils Aîné Matériel Viti-Vinicole ». Voilà qui rappelle les liens étroits entre la viticulture et le quartier, avec cet établissement qui a accueilli jusqu’à 420 salariés au 19ème siècle, connu sous le nom de maison « Pépin-Gasquet », qui a été le leader français du conditionnement des vins. Quoi de plus normal de bosser dans le raisin quand on s’appelle Pépin après tout !

Le siège de la disparue maison Pépin

Le siège de la disparue maison Pépin

On continue tranquillement à descendre le cours, le long d’un alignement disparates de maisons de négoce et d’immeubles plus récents, mais petit à petit une drôle d’impression nous gagne … oui, pas de doutes, c’est de plus en plus laid et incohérent ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, on se retrouve en quelques mètres dans un extraordinaire condensé de « ville moche » avec des immeubles délabrés, abandonnés, des façades aveugles … et tout ça en plein milieu des Chartrons, à deux pas des quais et juste en face d’un bateau de croisiéristes. Si nous n’avions pas été forcément surpris de trouver un bel échantillon de « ville chiante » aux portes de Caudéran, il faut avouer que l’on ne s’attendait pas à trouver un aussi bel échantillon de  » ville moche » en face des quais.

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40 francs l’entrée au Feeling Cosmopolite !

Sur ce moche trottoir, nous croisons Rabah, qui vit dans le quartier depuis 1990. Il nous apprend notamment que le bâtiment abandonné donnant sur les quais est l’ancienne ANPE, et a aussi accueilli une boîte de nuit, le Feeling Cosmopolite, fermée depuis plusieurs années suite à des bagarres et quelques petits trafics. Pourquoi ce site, qui doit probablement appartenir à une puissance publique, n’a depuis jamais été repris en main ? Mystère … si un promoteur immobilier nous lit, il y a peut-être un coup à faire !
Malgré cette fin de cours un peu « moche » (mais finalement le Cours de la Martinique ne peut s’en prendre qu’à lui-même, puisque c’est son percement au début du 20ème siècle qui a engendré ces façades aveugles) Rabah aime son quartier. Le cours de la Martinique est un peu trop passant peut être, mais les Chartrons c’est son village et il s’y sent comme un poisson dans l’eau.

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Rabah

D’ailleurs ce n’est pas le seul poisson du cours. En poussant un peu par hasard la porte de Nosy Be Import, que l’on croyait être un importateur de produits malgaches, on se retrouve en fait dans l’antre de Nicolas, qui fabrique des aquariums marins sur mesure depuis douze ans. L’atelier est à Beychac et Caillau, et la boutique bordelaise sert plutôt de show-room … Mais attention, on ne vous parle pas de l’aquarium qu’on trouve chez mamie, sur le napperon, avec le petit poisson rouge ramené de la fête foraine. Non non non, là il s’agit d’installations de plusieurs centaines de litres d’eau salée, avec coraux intégrés, milieu aquatique recréé etc.
C’est Nicolas qui nous accueille et nous explique tout cela. Bon il s’agit clairement d’un marché de niche (le comble pour un fabricant d’aquariums), avec deux / trois boutiques du genre en France et des clients qui sont prêts à faire des centaines de kilomètres et a consacrer pas mal d’argent à leur passion. Aucun de nous deux ne se voit installer de tels aquariums dans nos appartements respectifs, mais le discours de notre hôte nous passionne et on découvre un monde aussi captivant que les poissons multicolores qui se promènent devant nous !

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S’il est passionné et bavard quand il faut évoquer Madagascar, Nicolas est plus réservé sur le Cours de la Martinique. Même si lui ne cherche pas forcément le passage du quidam, voire même le fuit lorsqu’il s’agit d’enfants turbulents qui maltraitent les poissons, comme les autres commerçants il regrette que le cours de la Martinique soit dédié à la voiture, ne laissant que peu de place aux promeneurs éventuels. Malgré tout de nouveaux commerces s’installent et sur les bons conseils de notre fabricant d’aquariums, nous allons terminer notre visite juste à côté dans le petit bar / épicerie ouvert par Julian.

Julian c’est un panaché moitié parisien, moitié ariégeois, installé depuis peu à Bordeaux et qui en profite pour faire découvrir les bons produits de ses origines : eau de la Seine, jambon de Paris, café amer à 4€, le tout servi dans une ambiance détestable … mais non bien sûr ! Ce ne sont pas les produits de Paris mais ceux de l’Ariège que Julian a choisi de mettre en avant : pâtés, conserves, fromages, légumes cuisinés, vin rouge, vin blanc … que des produits « nature » ou bien issus d’une agriculture raisonnée, constituant ainsi un second hommage culinaire à nos voisins de Midi-Pyrénées, en face du pain moissagais. En commerçant de qualité, Julian vend même de la bière artisanale de Saint-Girons. Malheureusement il n’en reste plus qu’une au frais, que l’on complète donc d’un verre de vin cathare pour résister tant bien que mal à la température qui monte de plus en plus.

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Alors certes les voitures passent encore et encore sur le cours, certes certains immeubles collent mal à l’imagerie classique d’une ville Unesco … mais au delà de cette esthétique douteuse, au final nous avons été en bonne compagnie (créole) pour cette balade aux limites du Bordeaux « « « fréquentable » » », où le vin de négoce flirte avec des poissons tropicaux et des produits cathares. Bons baisers du Cours de la Martinique.

Rue Raymond Poincaré

Lorsque nous avons procédé au tirage au sort pour déterminer la destination de cette 47ème visite, nous n’avons pu réprimer le « hééé merdeuu » qui sert traditionnellement à exprimer ce que l’on ressent en tirant une rue de 40 mètres de long au fin fond de Caudéran.

Le hic cette fois ci, ça n’est le manque d’intérêt a priori de la rue Raymond Poincaré, mais plutôt sa localisation puisqu’il s’agit tout bonnement de la parallèle à la rue du Docteur Yersin, visitée un an plus tôt.

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Mais qu’à cela ne tienne, nous n’avons encore jamais cédé à la corruption et truqué Excel, et nous retournons donc sans sourciller vers la cité de la Benauge. Pour tout ce qui concerne l’histoire du quartier, on ne peut que vous inviter à relire notre précédent article, ou encore à consulter le travail de Tim d’Invisible Bordeaux. Et comme on sait que certains incorrigibles fainéants ne cliquent pas sur les liens, voici une vidéo historique bien complète sur la construction du quartier :

 

Voilà pour ce qui concerne le passé.

Pour le présent, et même si notre précédente visite nous avait permis de relativiser cela, on sait que la Benauge n’est pas le quartier vers lequel on irait spontanément jouer les touristes avec appareil photo en bandoulière, du fait de son image quelque peu écornée de « cité », au sens péjoratif du terme.

Premier constat : « Ça tient les murs », se disent les pleutres Vinjo et Pim qui ont grandi dans des lotissements paisibles où les murs tiennent sans l’aide de personne. Comme pour donner quelques sensations exotiques aux visiteurs que nous sommes, un ado torse nu cabre sa moto à fond les ballons et passe une fois, deux fois, trois fois, sous le regard de ses potes agglutinés devant un immeuble de la belle Cité Pinçon. Oui, belle, on peut le souligner. Ici pas de boîtes aux lettres défoncées, de tags « NIK LA POLICE » ou encore de crépi émietté, puisque l’on a une belle cité fleurie et habillée de pierres de taille, et franchement ça fait la différence !

Une rue bien vide sous la chaleur

 

Pas tout à fait une « cité » de BFM TV

 

Dans un style plus contemporain, beau aussi est le centre d’animation Bastide-Benauge qui se tient sur un côté de la rue Raymond Poincaré depuis une dizaine d’années, remplaçant des cours de tennis. Beau enfin est le sourire de Saïda, animatrice de son état, et qui nous fait une visite complète des lieux bien que nous soyons hors des créneaux d’ouverture au public. Comme dans tout centre d’animation de quartier, on y accueille enfants et ados pour diverses activités. Dans une salle au fond par exemple, une trentaine d’enfants sont en train de confectionner la déco pour la fête de la musique. Au sous-sol, on trouve un studio de musique et une salle de sports. Mais ce qui fait l’identité du centre d’animation du quartier, c’est surtout cette grande salle de danse, principal outil de développement d’un pôle d’excellence qui rayonne sur le quartier et bien au-delà. Rue Raymond Poincaré, on vient en effet de l’ensemble de l’agglomération bordelaise pour y danser, et le point d’orgue de tout cela est le festival Clair de Bastide, qui deviendra quelque chose comme « Clair des deux rives » en migrant une année sur deux vers le centre d’animation de Nansouty. Ce festival est quoiqu’il en soit un temps fort dans la vie du quartier, et il est une sorte d’aboutissement au travail de Saïda et de ses collègues, dont la mission dans ce quartier classé en ZSP (Zone de Sécurité Prioritaire) est de canaliser la fougue de la jeunesse, et de récupérer le plus possible ceux qui sont tentés de sortir du droit chemin.

La salle de danse du centre d’animation

 

Illustration réalisée par les enfants du quartier pour la fête du fleuve

 

Danse toujours, l’artiste à la moto continue son ballet dans la rue Raymond Poincaré. En dehors de ces quelques pétarades c’est très calme, la faute au soleil de plomb, conjugué au Ramadan qui ralentit surement aussi la vie du quartier.

Pour ce qui concerne le reste de la rue, on relèvera une école maternelle, mais surtout un style assez novateur de logements sociaux : de petites maisons individuelles mitoyennes, formant une résidence Aquitanis nommée « Echop’ »  en clin d’œil à cet habitat si prisé des Bordelais. Bon ça ne vaut pas l’original hein, mais ça semble tout de même pas mal !

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L’échoppe bordelaise revisitée par Aquitanis

 

En arpentant la rue Raymond Poincaré dans le sens retour, on fait un détour pour aller saluer Nicole et Robert, qui prennent l’ombre sur un banc offrant une vue imprenable sur la station-service de la Benauge. Bonne pioche, Nicole avait justement envie de faire la conversation.

L’arrière-grand-mère de Nicole était née à la Bastide : « Ici ce sont mes racines, alors j’aime toujours y venir ». Nicole se souvient même des marécages qu’il y avait à la place de la cité quand elle était enfant. Qui sait, peut-être l’aperçoit-on dans la vidéo postée plus haut ?

Nicole ne tarit pas d’éloges sur le quartier, où « on est à proximité de tout et où d’un coup de tramway on est en centre-ville ». Surtout que sa jeunesse n’a pas été des plus faciles, avec jamais moins de 10 personnes à table, 22 vaches à gérer à la ferme, et plein de responsabilités en tant qu’aînée de la fratrie. Avant de venir étudier au lycée à Bordeaux, poussée par un papa qui tenait à lui offrir une bonne éducation, Nicole vivait en Dordogne, du côté de La Roche Chalais. Pour aller faire les courses en ville, quelle que soit la météo, c’était 3 kilomètres aller et 3 kilomètres retour. Alors parfois le médecin du bourg avait pitié de la petite Nicole, et mettait son vélo dans son coffre pour la ramener, puis la libérait quelques mètres avant la ferme pour que les parents n’en sachent rien. Le reste c’est du théâtre, il suffisait de faire semblant d’être essoufflée !

Et puis y a quand même des avantages à grandir à La Roche Chalais, regardez la carte. En à peine quelques kilomètres à vélo Nicole se payait le luxe d’une balade à cheval sur trois départements : Dordogne, Gironde et Charente-Maritime. Il n’y a pas de petits plaisirs confirme Vinjo, lui dont l’enfance a été rythmée par des balades à vélo sur trois régions dans les environs de Nadaillac  (Dordogne – Aquitaine), Gignac (Lot – Midi-Pyrénées) et Estivals (Corrèze – Limousin).

Enfin tout ça pour dire qu’après avoir connu ça, Nicole apprécie le confort de la ville, et aime venir prendre l’air à la Benauge, elle qui ne vit pas dans la cité mais n’y a jamais connu le moindre pépin.

Nicole & Robert

Parler ça donne soif, et l’avantage de revenir à la Benauge c’est qu’on peut enfin tester le bar qui était fermé lors de notre précédente visite. « Vive le Portugal » s’appelle désormais L’Insomnia, et comme son nom laisse à penser il s’agit d’un bar ouvert jusqu’à tard le soir. Jonathan (prononcer Djonatanne « à l’américaine ») est le neveu du précédent gérant. A seulement 22 ans, ce carbonblannais en a eu marre des chantiers, des « patrons qui te parlent comme de la merde », et avec un peu d’aide des siens il s’est lancé dans cette aventure, occupant le marché de niche du bar de nuit sur la rive droite, ce qui permet aux gens des Hauts de Garonne de venir prendre l’apéro « sans se faire arrêter par les condés ». Maréchaussée ou pas, Jonathan pratique des prix d’appel attractifs avec la vodka-redbull à 3,50€ ou encore le mojito à 4,50€. En pleine cagne, et vu l’heure, nous resterons à la bière, d’origine portugaise tout comme l’ensemble de la clientèle ainsi que la musique. Mais attention il ne s’agit pas à proprement parler d’un bar portugais, puisque Jonathan précise bien qu’ici chacun est le bienvenu.

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Jonathan, bien réveillé derrière le comptoir de l’Insomnia

Notre SuperBock terminée, nous prenons congé de Jonathan en train de massacrer un de ses clients aux fléchettes (au sens figuré, notre jeune entrepreneur semblant au demeurant très pacifique) et retournons une dernière fois arpenter la rue Raymond Poincaré. Nicole et Robert ne regardent plus la station-service, et en bas des immeubles de la Cité Pinçon, plus personne ne tient les murs, comme si on avait compris que la pierre de taille suffisait au bon maintien des barres d’immeubles. Pas spécialement craignos cette cité finalement, où chacun semble se côtoyer et se respecter. Rue Raymond Poincaré, on arrondit les angles.

SuperBock sponsor (quasi) officiel de Bordeaux 2066

 

BONUS : la Cité de la Benauge compte 9 rues. Nous en avons déjà visité 2. Il nous reste pour l’heure 2019 rues bordelaises à parcourir. La probabilité de retourner à la Benauge est donc de 0,35% !

Cours Barbey

Ca y est, nous revoilà ! Entre les ponts de mai peu propices à nos ballades bordelaises, et l’écriture d’une petite saga de politique fiction avec nos amis de Deux degrés, il faut l’avouer nous avons un peu abandonné les rues bordelaises que l’on aime tant parcourir. Mais ça y est, nous voici de retour à nos premières amours … pas fâché de notre absence, Excel plutôt bon joueur, ne nous envoie pas vers une énième rue de Caudéran mais à deux pas de la Gare Saint-Jean, sur le cours Barbey.

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Le Cours Barbey … un nom qui sonne familier pour de nombreux Bordelais : école, Rock School, Auberge de Jeunesse … Beaucoup de lieux portent le nom de cet ancien ministre de la Marine et des Colonies ! La rue concentre en quelques mètres de nombreux équipements publics, et finalement assez peu de logements : si l’on ne s’est pas trompé il n’y a qu’un seul immeuble d’habitation. Et encore, une partie du bâtiment fait office d’appart-hôtel accueillant en vrac les nouveaux arrivants, les étudiants en recherche d’appartement, les travailleurs temporaires …

Ceci dit, le quartier devrait bientôt accueillir de nouveaux habitants, puisque de l’autre côté du trottoir se dresse l’ancien bâtiment de Santé Navale, en cours de réaménagement. Fermée depuis 2011 dans le cadre de la réorganisation des Armées, l’école fut pendant de nombreuses années une institution nationale, formant des générations de médecins militaires au costume si reconnaissable, dont le sérieux et le solennel jurait parfois avec l’ambiance popu (voire à une époque louche) du Cours de la Marne. Au fait vous savez qui était à l’origine de l’installation de Santé Navale à Bordeaux ? Monsieur Edouard Barbey lui-même. Juste hommage de Bordeaux que de lui attribuer un nom de rue donc.

Vous visualisez le portail d’entrée de feu Santé Navale sur le Cours de la Marne ? Mais si, ça :

Capture d'écran Google Street View - fainéantise de Bordeaux 2066 qui pourtant bosse à 200 mètres de là et aurait pu se bouger

Capture d’écran Google Street View – fainéantise de Vinjo qui pourtant bosse à 200 mètres de là et aurait pu se bouger

Alors figurez-vous que jusque 1964, date à laquelle le pâté de maisons dans son ensemble a été remanié, cela correspondait à l’ancien tracé du cours. Ce dernier reliait tout droit la place André Meunier à la place Dormoy, ce qui semble quand on y réfléchit plus logique que le tracé actuel. Du coup le Cours Barbey a été déplacé de quelques mètres, lors d’une grande opération chabano-urbanistique tout en finesse comme on savait le faire à l’époque (imaginez un projet aujourd’hui : « Bon on va déplacer le Cours de l’Intendance, tout le monde dehors »). Qu y avait-il avant à la place de l’actuel Cours Barbey ? Alors là… D’anciennes photographies aériennes laissent deviner quelques entrepôts et quelques logements, mais difficile de savoir. Si un de nos lecteurs a une réponse là-dessus, nous sommes preneurs.

A propos de photo aérienne, regardez comme on le voit bien, l’ancien tracé du Cours Barbey :

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A partir de 2017 le site reconfiguré devrait accueillir des logements sociaux, des logements étudiants, un hôtel, des bureaux, et même une coulée verte pour relier les places entre elles. Tiens tiens, comme avant 1964 finalement, l’histoire bégaye dans le quartier !

En attendant l’arrivée des grues et des marteaux piqueurs, le quartier reste calme, et ce n’est pas Philippe qui nous dira le contraire. Arrivé de sa Martinique natale, Philippe est depuis vingt ans le gardien du gymnase qui occupe un bon tiers de la rue, une salle de sport sans histoires qui accueille notamment les activités du BEC, un mur d’escalade et un certain nombre de sports de combats asiatiques dont les subtilités nous échappent un peu il faut bien l’avouer …

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Sur les murs du gymnase

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Revendications diverses et variées

Ressortons Cours Barbey et observons la faune locale. Plan de Bordeaux en main, sac au dos, Anglais ou Espagnol à la bouche, ils remontent tous le trottoir vers un même nid : l’Auberge de Jeunesse ! Appartenant à la Mairie mais gérée par une association indépendante, l’établissement existe depuis 1963 (à peu près comme tout le Cours Barbey actuel, pour ceux qui ont suivi), et la centaine de lits disponibles sont bien souvent tous réservés … c’est ce que nous explique Murielle, une des responsables de l’accueil qui nous fait faire un rapide tour du propriétaire. Vous avez connu les auberges de jeunesse crados, où même dans votre jeunesse hippie vous trouviez ça dégueulasse mais n’osiez pas le dire de peur de passer pour un affreux réac ? Bon, cette page est bien tournée ici : avec des prestations de qualité dans un bâtiment refait à neuf en 2011, on peut considérer que les 23€ qui sont demandés ne sont pas volés.

L'Auberge de Jeunesse

L’Auberge de Jeunesse

Décidément il y en a du monde Cours Barbey. A peine sortis de l’auberge (pause rires), on voit un attroupement qui commence à se former. Pas la peine d’être expert en bordologie pour deviner qu’il s’agit des premiers spectateurs du concert du jour de la salle connue dans toute l’Aquitaine et bien au-delà : la Rock School Barbey.
Les deux demoiselles fans d’Aaron à qui on tente d’adresser la parole se montrant particulièrement désagréables (alors que merde quoi, on voulait même pas vous draguer, enfin pas trop quoi), nous nous tournerons quelques jours plus tard vers des interlocuteurs bien plus accueillants : Manu, programmateur (NB : il paraît que Manu écoute TOUS les morceaux qu’on lui envoie, n’hésitez donc pas à lui faire parvenir de nombreuses daubes musicales), Flore, chargée de com et Yolaine, stagiaire, nous refont un peu l’histoire de ce mythique lieu dont on a récemment fêté les 25 ans.

Dans les années 80, les dénommés Eric et Patrick étaient de jeunes punks du côté de Sauveterre-de-Guyenne, où on a semble-t-il tendance à préférer le vin rouge aux agitateurs. Devenu éducateur dans ce quartier alors très défavorisé de Bordeaux, Eric a de fil en aiguille su tisser des liens avec les autorités chabanistes d’alors pour organiser des concerts de rock dans ce qui était un théâtre à l’italienne appartenant à la ville : le théâtre Barbey. Pour l’anecdote, les concerts d’alors étaient financés sur une ligne budgétaire de prévention de la délinquance, c’est dire comment on considérait le rock et les rockers…
Bref passons les détails, mais en 1989 c’est acté : exit le théâtre Barbey, bonjour la Rock School Barbey ! Le concept était, et il est toujours, le suivant : une salle pour les concerts, et des cours de musique pour qui veut. Mais attention, pas les cours de solfège qui vous faisaient chialer le mercredi quand vous aviez 8 ans, non. Rock School c’est aujourd’hui un label déposé, et ça répond à une conception moderne de l’apprentissage musical partant du principe que chacun peut se faire plaisir à son niveau : pas de solfège, pas d’horaires imposés, des ateliers collectifs, etc etc.

Dans une loge de Barbey

Dans une loge de Barbey

Comme son nom ne l’indique pas, on peut venir écouter toutes sortes de musiques actuelles à la Rock School. Mais quand même, ce sont de grandes figures du rock au sens large qui ont le plus marqué l’histoire de la salle : Camera Silens (pour la scène locale), les Béruriers Noirs, Fugazi (groupe américain phare du hardcore qui a cessé toute activité mais a sorti il y a deux ans 1 live enregistré à … Barbey !), la Mano Negra, etc etc.
Aujourd’hui cette salle de 700 places est gérée par une association qui embauche 12 salariés, et de belles affiches sont encore à prévoir. « Oui Bordeaux est toujours une ville rock » affirme Manu, et la Rock School observe sans inquiétude les profondes transformations de ce quartier il y a encore peu de temps marginalisé. Pas d’inquiétude non plus sur l’ouverture prochaine d’une salle géante à Floirac : avec ses 700 places, la Rock School ne vise pas le même public et n’accueillera a priori jamais Johnny ou Kenji Girac.

Traces d'artistes de passage

Traces d’artistes de passage

Ah oui, à la Rock School il y a aussi un bar, mais depuis quelques années il ne fonctionne plus que pendant les concerts. Lors de notre visite de fin d’aprem, nous sommes donc allés un petit peu plus loin pour boire notre traditionnelle bière de fin de rue, sur la place Dormoy ou s’est installé depuis plusieurs années Le Petit Grain, un bar / restaurant associatif né dans le sillage de l’association Yakafaucon qui regroupe des habitants du quartier. Ici les repas sont participatifs (cuisine comme vaisselle sont faites par des adhérents) et la bière est locale et artisanale. En plus de servir à boire et à manger, le Petit Grain propose tout un tas d’activité à ses adhérents : du taïchi au tricot en passant par le jardinage. Certaines mauvaises langues trouveront ça bobo. Nous on s’en fout, on a été drôlement bien installé à siroter notre petite Saint-Léon à l’ombre en observant la vie de quartier, et le personnel de l’asso est très accueillant. Mais c’est sur que c’est pas l’endroit pour garer son Hummer limousine en double file, avaler un mojito royal cul sec et repartir en faisant crisser les pneus…

Vie de quartier

Vie de quartier

Des militaires navalais aux écolos-babos modernes en passant par des punks du vignoble, sacrée trajectoire ce Cours Barbey : déviée, mais certainement pas déviante !

Santé (navale) !

Santé (navale) !

Rue des Deux Ormeaux

Un peu de patience, ça vient...

Un peu de patience, ça vient…

Il ne croyait pas si bien dire, ce fan Facebook… Au moment où il « lâchait son com », comme on dit sur les Skyblog, Vinjo et Pim étaient en plein concours de lâcheté pour savoir qui allait rédiger l’article sur la rue des Deux Ormeaux : « Tu le fais ce soir ? – Ah non ce soir heu… je dois sortir ma poubelle, donc c’est mort tu vois ! Heu vendredi dans 15 jours ptet ! »

Bref, pendant le mois qui vient de s’écouler, les membres de Bordeaux 2066 quand ils se disaient qu’ils devaient rédiger ce p***** d’article sur cette p***** de rue ressemblaient à peu près à ça :

Et puis finalement, il a bien fallu se sortir les doigts (Dieu sait d’où car il est omniscient) pour vous parler dans la douleur, mesdames, messieurs, de la rue des Deux Ormeaux.
Cette rue, lorsque nous l’avons abordée à vélo, elle nous a assez rapidement évoqué le concept de « ville chiante » chère à nos amis de Deux Degrés. Une ville où il ne se passe rien, ni en positif ni en négatif, et qui finalement serait recherchée pour ça. Se complaire dans la platitude, s’emmerder doucement mais surement, pourquoi pas après tout ! A Bordeaux il est d’usage de claironner que la Belle Endormie s’est réveillée. Mais finalement le sommeil c’est sacré non ? La Belle ne peut pas aller de Fête du Vin en Fête du Fleuve en passant par un Marathon sous peine d’avoir les yeux qui piquent et mauvaise haleine, aussi doit-elle parfois se rendormir.

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Et pour un sommeil bien réparateur et bien profond, quoi de mieux qu’un quartier à la fois excentré et bourgeois ?
Plantons le décor. La rue des Deux Ormeaux est un petit passage reliant la rue de Caudéran (qui permet aux Caudéranais d’accèder à Bordeaux Centre) au Cours Marc Nouaux (qui permet aux Caudéranais de rentrer chez eux). Son entrée est surveillée par le très select groupe scolaire Sainte-Clotilde / Assomption, fournisseur officiel de minettes à sacs Longchamp depuis 1860.
Sur les trottoirs on y trouve une biodiversité assez fascinante : de la Mini Cooper au Porsche Q7, ce sont de nombreuses espèces qui parviennent à se développer rue des Deux Ormeaux.

La rue des Deux Ormeaux

La rue des Deux Ormeaux

Sur le trottoir, on y trouve également Jacqueline et sa valise, qui reviennent de l’aéroport. Jacqueline vit dans une des maisons signées de l’architecte Tusseau qui ornent la rue. Ces élégantes demeures du début du 20ème siècle sont de style néo-18ème, et elles en imposent pas mal à vrai dire. Mais sans vouloir faire injure aux habitants de ce trottoir ci, c’est tout de même la baraque du voisin d’en face qui nous le plus impressionné, avec ses murs en moellons et son bow-window à l’anglaise. Il faut dire que c’est un grand nom qui en est l’auteur : Cyprien Alfred-Duprat, fils de Bertrand Alfred-Duprat, architecte également.
Les Alfred-Duprat, outre un nom rigolo, ont à leur actif un certain nombre de réalisations. Côté père, on trouve notamment un certain nombre de demeures le long du Parc Bordelais, rue du Bocage, y compris celle où il vivait lui-même (on n’est jamais mieux servi que par soi-même, en l’occurrence surtout quand on est architecte pour se faire une maison).

Chez Alfred-Duprat père, le long du Parc Bordelais

Chez Alfred-Duprat père, le long du Parc Bordelais

Réalisation du fils, rue des Deux Ormeaux

Réalisation du fils, rue des Deux Ormeaux

Côté fils, on trouve notamment l’Hôtel Schwabe le long du Parc Bordelais, la maison cantonale de la Bastide, et donc une maison rue des Deux Ormeaux. Mais ce qui nous plait surtout chez Cyprien Alfred-Duprat, c’est son livre « Bordeaux un jour ! », écrit en 1929, dans lequel il rivalise d’idées loufoques sur le devenir de notre ville : un toit-terrasse pour les Grands Hommes, une rampe d’accès automobile pour le haut du Grand Théâtre, une tour de 40 étages sur les quais… Que du très moderne pour l’époque, et surtout de l’anti ville chiante par excellence !

La Place Lainé imaginée par Cyprien Alfred-Duprat

La Place Lainé imaginée par Cyprien Alfred-Duprat

Car en attendant nous sommes toujours rue des Deux Ormeaux, et une fois qu’on a admiré les quelques maisons d’architecte il faut bien reconnaître que les explorateurs urbains que nous sommes se trouvent un peu démunis.
Le bar le plus proche se trouve Barrière Saint-Médard, et c’est le Rick Angel. Voilà qui promet de relever le niveau de cette tiède visite, se dit-on alors en googlisant cet étrange nom, qui s’avère être le pseudonyme d’un ancien conseiller de l’UMP devenu acteur porno.

Quizz. Rick Angel est-il A) en meeting à Arcachon ? B) en tournage sur la plage Nord du Porge ?

Quizz. Rick Angel est-il
A) en meeting à Arcachon ?
B) en tournage sur la plage Nord du Porge ?

Si nous en savons un peu plus sur Rick Angel (pas trop non plus hein), nous n’en saurons en revanche pas plus sur le Rick Angel de la Barrière Saint-Médard, fermé pour travaux. C’est donc un peu plus loin, au bar « Le bocage » que nous contemplons le flot de voitures qui rentrent à Caudéran le long du SM évoqué lors de notre précédente visite.

La rue des Deux Ormeaux… la rue Bel-Orme juste en face. Mais pourquoi cette obsession pour les ulmacées dans le quartier ? Visiblement, avant le milieu du 19ème siècle, ormes et ormeaux ornaient le parc de la maison Harmensen, « établissement de plaisir » du nom d’une famille de notables hambourgeois. Attention, pas le même plaisir que Rick Angel, plutôt du plaisir en tout bien tout honneur consistant à s’en mettre plein la panse et à danser entre gens bien nés.

Depuis, la maison Harmensen est devenue un couvent puis une résidence, les deux ormeaux ont été a priori coupés, et le plaisir n’est plus évoqué que brutalement par l’allusion à Rick Angel. La Belle Endormie s’est réveillée, mais rue des Deux Ormeaux, on a repris quelques somnifères.

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Allée Balzac

Ça y est, le printemps est de retour ! Entre deux averses on sent les températures remonter petit à petit, et les premières journées à la plage se rapprochent de plus en plus. A tel point que pour notre 44ème rue le sort nous emmène sur ce qui est l’un des points de la ville de Bordeaux les plus proches de l’océan, à la limite de Mérignac et d’Eysines : l’allée Balzac.

On ne vous fera pas l’insulte de revenir ici sur la vie d’Honoré de Balzac, célèbre peintre dont les toiles sont connues à travers le monde entier. Enfin bon, autant le dire tout de suite, même si l’allée que nous avons visitée n’est pas une rue infâme, on trouve quand même que le célèbre auteur n’est pas particulièrement honoré par la Ville de Bordeaux…

Aujourd’hui soyons clair, l’allée Balzac c’est un bout de rue perdu au fin fond de Caudéran, derrière le chemin de fer de ceinture. Et après avoir pédalé pendant près d’une demi-heure pour y arriver (nous sommes des cyclistes accomplis), que trouve-t-on sur place ? Une impasse courte, bordée d’un côté par une barre d’immeuble surement plus pratique qu’elle n’est esthétique (nommée tout simplement « Résidence Balzac »), et de l’autre par des petites maisons qui nous donnent déjà l’impression d’être entre la ville et la campagne, voire même, soyons fous, dans le Médoc.

Village médocain ? Non, Allée de Balzac

Village médocain ? Non, Allée de Balzac

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Appartement à Casablanca ? Non, Allée de Balzac

On croise d’ailleurs Pierre-Louis, en plein jardinage. Il nous confirme nos premières impressions. Ce quartier lui plait, il s’y sent au calme et il est proche de la plage … peut-être même plus proche de la plage que du centre de Bordeaux ! Et cela se ressent aussi lorsqu’il faut refaire un trottoir, demander le nettoyage d’une rue : l’allée Balzac est rarement la première servie. La feuille d’imposition est quant à elle bien bordelaise, mais ne crions pas à l’injustice trop vite car le tourbillon des projets urbains de la métropole va bientôt arriver jusqu’ici.

En effet, au bout de l’allée nous faisons face à une grille. Et derrière cette grille se trouve une vaste friche. C’est le site que l’on appelle maintenant « l’îlot Carton Tassigny », et qui s’étend sur plusieurs hectares, et dont une partie longe notre allée. Concrètement on y trouve un grand hangar recouvert de graffitis, des parkings envahis par les herbes folles, et un peu plus loin derrière une série d’Algeco qui sont encore en fonction et accueillent une partie des locaux du Cerema : le Centre d’études sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, qui très schématiquement héberge des fonctionnaires de l’équipement qui réfléchissent à nos routes et à nos transports de demain.

Sur place, et derrière les grilles que nous n’avons osé franchir, difficile de savoir quel fut le passé de l’imposant hangar qui nous fait face. On y remarque néanmoins ce qui ressemble à une fosse à vidange, laissant imaginer un dépôt de bus abandonné, mais nous n’avons pas d’autres indices… Pierre-Louis nous signale néanmoins que dans un passé encore récent, ce hangar servait de stockage aux décors du Grand Théâtre. L’envers du décor de carte postale de la Place de la Comédie a donc longtemps été ici, sous le regard de l’allée Balzac, bien loin des lumières des Diderot, Voltaire et Montesquieu se pavanant dans le Triangle d’Or.

Au fond de l’allée, la friche

 

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On ne vous apprendra pas qu’un décor de théâtre ne se vidange pas, et ce sont des recherches sur Internet qui nous donneront le fin mot sur la vocation initiale du hangar abandonné qui nous fait face. Nous sommes ici le long de la longue Avenue du Maréchal Delattre de Tassigny, i.e. la route de Saint-Médard, qui à l’instar de nombreuses autres routes pénétrant dans Bordeaux était autrefois dotée d’un tramway. Ceux qui ont connu les anciens tramways, puis les bus CGFTE les ayant remplacés, savent qu’ils étaient désignés par les initiales de leur destination. Ici c’était donc la ligne SM qui circulait et rejoignait parfois l’atelier pour se faire fouetter les boulons et torturer les bogies sous l’œil complice de l’allée Balzac… reste aujourd’hui une friche urbaine égayée par une publicité pour le salon de l’érotisme. Ce blog ayant une audience familiale, nous vous laissons trouver d’autres jeux de mots douteux par vous mêmes.

Les anciens ateliers du Tram

Aujourd’hui la Ville a d’autres projets pour l’îlot Carton-Tassigny qui devrait bientôt accueillir des logements, une crèche, une école… comme la Mairie nous l’explique dans ce livret de concertation.

Un nouveau projet urbain en entrée de ville pour redonner de l’allant à cet angle mort de la commune ? N’exagérons rien … non pas que nous doutions du futur aménagement (ça, seul le temps nous le dira), mais c’est surtout que même si le futur projet fonctionne, il viendra simplement compléter un quartier déjà bien vivant. Alors, oui on se sent loin du centre de Bordeaux, des Mauriac, Montaigne, Montesquieu et du patrimoine mondial de l’Unesco, mais à deux pas de l’allée Balzac tous les commerces nécessaires à la vie quotidienne sont là. Dans un périmètre d’une centaine de mètres on trouve un supermarché (le centre commercial du Caillou, doté d’un MA-GNI-FIQUE caillou en guise décoration), une station essence, une laverie, un coiffeur, des restaurants (de la pizzeria au chef étoilé en passant par la cuisine asiatique) et même un petit bar / brasserie sur lequel nous jetons notre dévolu !

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Le caillou du caillou

Malheureusement, le Tassigny est fermé en ce samedi après-midi. Nous choisissons donc de revenir au Caillou un midi de semaine, pour venir déguster la carbonnade flamande préparée par Simon le cuistot. Employé des lieux depuis 7 ans, Simon en est devenu le patron il y a quelques mois, et assure maintenant le service quotidien avec l’aide de la souriante Caroline en salle. La clientèle est variée : quelques employés du coin, les ouvriers des chantiers environnants, des retraités, des habitants du quartier etc. Tout le monde se retrouve pour profiter d’un menu simple mais bon, au prix modéré … Si vous passez dans le quartier, où même lors des premiers bouchons d’été pour la plage, n’hésitez pas à vous y arrêter ! Pour les amateurs de blues et de jazz, c’est le premier jeudi du mois que ça se passe, avec le Tassigny qui se transforme en salle de concert !

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Caroline & Simon

Nous, en repartant sur nos vélos, et le long de l’ancien SM on repense à l’ami Honoré de Balzac, lui qui écrivit dans la Comédie Humaine : « Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond il n’y a qu’à l’étudier ». Soyons clair, on ne joue pas dans la même cour qu’Honoré, mais quand même, on se dit qu’il n’a pas forcément tort … le hasard du tirage au sort nous mène souvent dans des rues, des allées ou des places où jamais nous n’aurions mis les pieds. On n’en tire pas de grand roman, mais en les étudiant un peu, toujours de quoi écrire un petit billet !

 

 

Rue Victor et Louis Liotard

Après Paul et Jean-Paul Avisseau, voici qu’Excel choisit pour notre 43ème visite de nous envoyer dans une autre voie de Bordeaux « père et fils », puisque Victor Liotard, administrateur colonial de la fin XIXème / début XXème est le père de Louis, explorateur de la première moitié du XXème siècle.

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Si vous êtes célèbre et qu’un jour vous espérez bien avoir une rue à votre nom, pensez à ne pas avoir un enfant trop doué pour ne pas avoir à partager votre plaque de rue avec lui. Que nous réserve l’avenir en la matière ? Une place Guy et Nicolas Bedos ? Une avenue Serge et Charlotte Gainsbourg ? Une impasse Jean-Pierre et Benjamin Castaldi ? On aimerait avoir le plan de Bordeaux en 2150 pour le savoir !

En attendant c’est bien en cette fin d’hiver 2015 que nous enfourchons nos bicyclettes vers le Cours du Maréchal Gallieni, qui fut d’ailleurs compagnon de route de Liotard père, pour aller trouver un peu plus loin notre rue du jour. Nous sommes ici dans un paisible quartier d’échoppes, coincé entre la Médoquine, le CHU et le Parc Lescure (OK, Stade Chaban-Delmas si ça vous fait plaisir).

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Des clameurs s’élèvent dans le ciel bordelais. Un rassemblement de foule saluant les passages de grues et donc l’arrivée imminente du printemps ? A priori ces hourras émanent plutôt des supporters ayant plus ou moins correctement garé leur voiture sur un trottoir du quartier pendant 80 et quelques minutes. Cette ferveur qui vient chatouiller la très tranquille rue Victor et Louis Liotard n’y changera hélas rien : le Stade Français (parfois dénommés « ces ingculés de Parigots ») battra sur le fil l’UBB.

Mais laissons les Bordelo-Béglais espérer quelques minutes, puisque le match n’est pas encore terminé, et arpentons la rue, composée en quasi-totalité d’échoppes bordelaises dont seule une petite résidence style années 80 vient rompre l’harmonie. Un homme parle tout seul au loin, puis nous parle, sans que nous le sollicitions. Dans un discours un peu incohérent et globalement nerveux sont évoqués les patients de Charles Perrens (NB pour les non-Bordelais : le grand hôpital psychiatrique situé à une centaine de mètres de là) qui peuplent le quartier. Tout cela a quelques relents autobiographiques, mais qu’importe…

Beaucoup plus cohérent est le discours de Josy, qui profite de l’arrivée des beaux jours pour entretenir son jardin, et nous confirme l’influence de l’institution psychiatrique toute proche sur le voisinage, sans que cela soit réellement gênant. A part ça pas grand chose à dire sur le quartier, très calme, hormis le fait qu’il y a des bouchons une fois que les matchs sont finis au stade, mais cette nuisance mineure sera bientôt réduite puisqu’à partir du mois de mai prochain une grande partie du « problème » sera déplacé vers Bordeaux Nord, comme vous le savez probablement tous.

Originalité : une échoppe d'angle

Originalité : une échoppe d’angle

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82ème minute : Jules Plisson inscrit un drop pour le Stade Français qui repasse un point devant, c’est perdu…

Quelques minutes plus tard, la rue Victor et Louis Liotard se retrouve totalement saturée de voitures conduites par des supporters plus ou moins déconfits de canard, et il faut en effet s’armer de patience pour s’échapper vers le Cours Gallieni. Avant 1952 on n’aurait pas pu vivre cette scène, déjà car il y avait certainement moins de voitures qu’aujourd’hui, mais surtout car la rue était alors l’Impasse Grignon, et ne donnait probablement que sur la rue Quintin.

Que font les « explorateurs » de Bordeaux 2066 quand la rue qui porte le nom d’un de leurs pairs ne leur offre que peu d’anecdotes à raconter ? Ils filent boire une binouze en espérant que les dieux de la brève de comptoir leur seront favorables.

Qui a déjà remonté le Cours du Maréchal Gallieni pour filer vers Pessac ou le campus a peut-être déjà remarqué cette petite devanture en bois rouge « Bar-Cave chez Arthur ». Ne pas prendre le temps de s’y arrêter serait une erreur pour qui aime les dames un peu âgées qui ont des choses à raconter et la décoration foisonnante de lieux tout sauf aseptisés.
Non nous ne sommes pas les nouveaux François-Marie Banier … notre Liliane à nous c’est Georgette, pas loin de 80 ans, et qui tient son établissement depuis 1971. Entre deux parties de 421 avec une cliente, Georgette nous parle de son bar, qui vient de fêter ses 100 ans d’existence. En 44 ans de vie de bistrot, non seulement Georgette a amassé une collection impressionnante de bouteilles et objets en tous genres, mais en plus elle a conservé des reliques des propriétaires précédents, dont un certain nombre de trésors. En résulte un capharnaüm vraiment plaisant à l’œil, que l’on pourrait passer des heures à contempler dans ce bar-cave exigu.

L'histoire du bar affichée sur sa façade

L’histoire du bar affichée sur sa façade

Commande de vin "de 9 ou 10 degrés" exhumée par Georgette, datée de 1910 ! On notera également que le Cours du Maréchal Gallieni était le "Chemin de Pessac"

Commande de vin « de 9 ou 10 degrés » exhumée par Georgette, datée de 1910 ! On notera également que le Cours du Maréchal Gallieni était le « Chemin de Pessac »

Tout ceci serait parfait sans les quelques tracas qui empoisonnent Georgette. Mais pourquoi diable cette phobie des terrasses à Bordeaux ? De tous temps, il y avait ici une table et deux chaises, que Georgette laissaient volontiers à disposition des gens qui attendent le bus. Quand on lui a dit qu’il fallait remballer tout ça, Georgette qui a « toujours été disciplinée » n’a pas moufté mais l’a eu mauvaise.

Et puis nous aussi, les deux jeunes qui posent des questions en buvant une bière, est-ce qu’on ne serait pas un peu en train de l’emmerder la Georgette ? « La transformation de la ville ? Je m’en fous ! » C’est que Georgette a été le sujet de plusieurs articles de presse, accueille souvent des photographes ou des collectionneurs qui veulent lui racheter des objets, et ô consécration elle sera même peut-être bientôt sur vos écrans, puisqu’un documentaire sur les bistrots tenus par de vieilles dames à Bordeaux est passée la filmer. Bien sûr, on la sent fière, consciente du patrimoine inestimable qu’elle représente, mais finalement « à quoi ça sert tout ça ? Je me demande. »

Exemples de ce que l'on peut trouver chez Georgette

Exemples de ce que l’on peut trouver chez Georgette

Temple du Ricard

Temple du Ricard

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Laissons Georgette continuer à lancer les dés, et profitons du printemps précoce pour aller explorer les traces laissées par les explorateurs Victor et Louis Liotard : une sorte d’exploration 2.0 dirons nous. Après avoir visité la rue Victor et Louis Liotard, nous avons mis le cap vers le nord, direction Pont-l’Abbé d’Arnoult. Nous sommes ici en Charente-Maritime, à 1h30 au nord de Bordeaux et à deux pas de spots touristiques connus tels que Marennes ou l’île d’Oléron. Ce bourg compte quelques 1700 âmes vivantes, plus quelques défunts célèbres. Pas loin de Tabary, le dessinateur d’Iznogoud, reposent Victor et Louis Liotard, unis dans leur tombeau charentais comme sur leur plaque de rue bordelaise.

Caveau des Liotard

Caveau des Liotard

N’ignorant pas les dangers de s’aventurer trop longtemps en terra incognita (Louis Liotard a trouvé la mort dans une embuscade au Tibet en 1940), Bordeaux 2066 se risque tout de même à un apéro royannais pour clore son week-end. La fatigue du voyage et l’ivresse de l’exploration nous feront même trouver quelque grâce à l’océan boueux qui baigne nos voisins à l’accent pointu. Avec cette promenade entre stade, hôpital psychiatrique, bistrot centenaire et cimetière charentais, nous pourrons certainement convaincre la Société Française d’Exploration de nous attribuer le Prix Liotard 2015.

NB : notre copine Marie Blanchard, qui nous avait suivi rue du Docteur Yersin, écrit mieux que personne sur Georgette. Son article est sur ce lien.

NB 2 : aucun Charentais n’a été maltraité pour les besoins de l’article.

En pleine exploration à Marennes

En pleine quête du prix Liotard à Marennes