Allée Balzac

Ça y est, le printemps est de retour ! Entre deux averses on sent les températures remonter petit à petit, et les premières journées à la plage se rapprochent de plus en plus. A tel point que pour notre 44ème rue le sort nous emmène sur ce qui est l’un des points de la ville de Bordeaux les plus proches de l’océan, à la limite de Mérignac et d’Eysines : l’allée Balzac.

On ne vous fera pas l’insulte de revenir ici sur la vie d’Honoré de Balzac, célèbre peintre dont les toiles sont connues à travers le monde entier. Enfin bon, autant le dire tout de suite, même si l’allée que nous avons visitée n’est pas une rue infâme, on trouve quand même que le célèbre auteur n’est pas particulièrement honoré par la Ville de Bordeaux…

Aujourd’hui soyons clair, l’allée Balzac c’est un bout de rue perdu au fin fond de Caudéran, derrière le chemin de fer de ceinture. Et après avoir pédalé pendant près d’une demi-heure pour y arriver (nous sommes des cyclistes accomplis), que trouve-t-on sur place ? Une impasse courte, bordée d’un côté par une barre d’immeuble surement plus pratique qu’elle n’est esthétique (nommée tout simplement « Résidence Balzac »), et de l’autre par des petites maisons qui nous donnent déjà l’impression d’être entre la ville et la campagne, voire même, soyons fous, dans le Médoc.

Village médocain ? Non, Allée de Balzac

Village médocain ? Non, Allée de Balzac

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Appartement à Casablanca ? Non, Allée de Balzac

On croise d’ailleurs Pierre-Louis, en plein jardinage. Il nous confirme nos premières impressions. Ce quartier lui plait, il s’y sent au calme et il est proche de la plage … peut-être même plus proche de la plage que du centre de Bordeaux ! Et cela se ressent aussi lorsqu’il faut refaire un trottoir, demander le nettoyage d’une rue : l’allée Balzac est rarement la première servie. La feuille d’imposition est quant à elle bien bordelaise, mais ne crions pas à l’injustice trop vite car le tourbillon des projets urbains de la métropole va bientôt arriver jusqu’ici.

En effet, au bout de l’allée nous faisons face à une grille. Et derrière cette grille se trouve une vaste friche. C’est le site que l’on appelle maintenant « l’îlot Carton Tassigny », et qui s’étend sur plusieurs hectares, et dont une partie longe notre allée. Concrètement on y trouve un grand hangar recouvert de graffitis, des parkings envahis par les herbes folles, et un peu plus loin derrière une série d’Algeco qui sont encore en fonction et accueillent une partie des locaux du Cerema : le Centre d’études sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, qui très schématiquement héberge des fonctionnaires de l’équipement qui réfléchissent à nos routes et à nos transports de demain.

Sur place, et derrière les grilles que nous n’avons osé franchir, difficile de savoir quel fut le passé de l’imposant hangar qui nous fait face. On y remarque néanmoins ce qui ressemble à une fosse à vidange, laissant imaginer un dépôt de bus abandonné, mais nous n’avons pas d’autres indices… Pierre-Louis nous signale néanmoins que dans un passé encore récent, ce hangar servait de stockage aux décors du Grand Théâtre. L’envers du décor de carte postale de la Place de la Comédie a donc longtemps été ici, sous le regard de l’allée Balzac, bien loin des lumières des Diderot, Voltaire et Montesquieu se pavanant dans le Triangle d’Or.

Au fond de l’allée, la friche

 

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On ne vous apprendra pas qu’un décor de théâtre ne se vidange pas, et ce sont des recherches sur Internet qui nous donneront le fin mot sur la vocation initiale du hangar abandonné qui nous fait face. Nous sommes ici le long de la longue Avenue du Maréchal Delattre de Tassigny, i.e. la route de Saint-Médard, qui à l’instar de nombreuses autres routes pénétrant dans Bordeaux était autrefois dotée d’un tramway. Ceux qui ont connu les anciens tramways, puis les bus CGFTE les ayant remplacés, savent qu’ils étaient désignés par les initiales de leur destination. Ici c’était donc la ligne SM qui circulait et rejoignait parfois l’atelier pour se faire fouetter les boulons et torturer les bogies sous l’œil complice de l’allée Balzac… reste aujourd’hui une friche urbaine égayée par une publicité pour le salon de l’érotisme. Ce blog ayant une audience familiale, nous vous laissons trouver d’autres jeux de mots douteux par vous mêmes.

Les anciens ateliers du Tram

Aujourd’hui la Ville a d’autres projets pour l’îlot Carton-Tassigny qui devrait bientôt accueillir des logements, une crèche, une école… comme la Mairie nous l’explique dans ce livret de concertation.

Un nouveau projet urbain en entrée de ville pour redonner de l’allant à cet angle mort de la commune ? N’exagérons rien … non pas que nous doutions du futur aménagement (ça, seul le temps nous le dira), mais c’est surtout que même si le futur projet fonctionne, il viendra simplement compléter un quartier déjà bien vivant. Alors, oui on se sent loin du centre de Bordeaux, des Mauriac, Montaigne, Montesquieu et du patrimoine mondial de l’Unesco, mais à deux pas de l’allée Balzac tous les commerces nécessaires à la vie quotidienne sont là. Dans un périmètre d’une centaine de mètres on trouve un supermarché (le centre commercial du Caillou, doté d’un MA-GNI-FIQUE caillou en guise décoration), une station essence, une laverie, un coiffeur, des restaurants (de la pizzeria au chef étoilé en passant par la cuisine asiatique) et même un petit bar / brasserie sur lequel nous jetons notre dévolu !

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Le caillou du caillou

Malheureusement, le Tassigny est fermé en ce samedi après-midi. Nous choisissons donc de revenir au Caillou un midi de semaine, pour venir déguster la carbonnade flamande préparée par Simon le cuistot. Employé des lieux depuis 7 ans, Simon en est devenu le patron il y a quelques mois, et assure maintenant le service quotidien avec l’aide de la souriante Caroline en salle. La clientèle est variée : quelques employés du coin, les ouvriers des chantiers environnants, des retraités, des habitants du quartier etc. Tout le monde se retrouve pour profiter d’un menu simple mais bon, au prix modéré … Si vous passez dans le quartier, où même lors des premiers bouchons d’été pour la plage, n’hésitez pas à vous y arrêter ! Pour les amateurs de blues et de jazz, c’est le premier jeudi du mois que ça se passe, avec le Tassigny qui se transforme en salle de concert !

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Caroline & Simon

Nous, en repartant sur nos vélos, et le long de l’ancien SM on repense à l’ami Honoré de Balzac, lui qui écrivit dans la Comédie Humaine : « Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond il n’y a qu’à l’étudier ». Soyons clair, on ne joue pas dans la même cour qu’Honoré, mais quand même, on se dit qu’il n’a pas forcément tort … le hasard du tirage au sort nous mène souvent dans des rues, des allées ou des places où jamais nous n’aurions mis les pieds. On n’en tire pas de grand roman, mais en les étudiant un peu, toujours de quoi écrire un petit billet !

 

 

Place Lehu sans le U

Dans notre chère ville, les places on connait : Saint Michel, Parlement, Simiot, Victoire etc.
L’esstranger en visite note avec plaisir le nombre important de places jalonnant notre cité, et le rôle de celles-ci dans l’organisation de la ville.
Ah, on croyait les connaître ces célèbres places bordelaises. On a fait la fête cet été Place Calixte Camelle, on s’est égaré dans les restos d’Ibères place Donnet, et on a même participé à la réalisation de l’épisode d’Echappées Belles consacré à la Garonne en rencontrant Jofo dans son atelier des Chartrons.

PlaceLehu

Dans notre base de données, il y a, et ce n’est pas rien, 112 places. Alors soyons clair, si on faisait le grand sondage de la notoriété des places, le tirage de ce 13 décembre serait loin, très loin dans le classement.

Place Lehu. Parfaitement ignorée. Doit pas y avoir d’open bars là bas… Obligés de prendre le plan de la ville afin de s’y rendre. Et là, reconnaissons-le, la consternation domine. La place est localisée dans notre pâté de maison favori, proche des voies Monneron et Wilson … affirmatif, ces artères passionnantes ayant nécessité pas mal d’imagination afin de divertir a minima nos fidèles passionnés.

La 40ème voirie, voirie de la sagesse ? Crise de la voirie ? Ayant appris à ne pas tendre l’oreille à nos a priori, on prend le chemin de la place assez sereinement.

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Lors de notre trajet, les interrogations sont légion : la place porte-t-elle ce nom en hommage à ce petit village estonien ? A moins d’y voir la référence à ce célèbre enseignant en gestion ? En réalité le nom de la place viendrait simplement de notre cher idiome gascon « lo heu« , désignant ainsi ce petit ensemble de maisons devant prendre place à l’endroit même de notre place.
Jadis la place Lehu était prolongée par le Chemin Lehû (avec l’accent circonflexe), mais les circonstances de l’histoire virent la voirie prendre le nom de Charles C., politicien de son état.

Arrivés place Lehu, le terme de place semble assez exagéré. A vrai dire il s’agit en réalité de l’intersection de cinq branches n’ayant jamais été repérées par la DDE et donc ne connaissant pas cette joie bien française d’être réaménagée en rond point.

Vue générale de la "Place" Lehu

Aspect général de la Place Lehu, babord

Vue générale de la place Lehu, tribord

Aspect général de la place Lehu, tribord

25 secondes après la visite de la place est terminée. L’esplanade a dévoilé ses secrets … A babord trois gratte-ciels s’élèvent. C’est le Parc Borghese, ensemble résidentiel n’étant pas, malgré sa localisation, à l’abri d’horribles faits divers. On décide alors de braver l’interdiction d’entrer dans le parc et avons alors l’occasion de croiser Pierre, homme avenant et jovial de soixante-dix ans environ, se promenant avec sa petite-fille. Pierre en est certain : la résidence date de 1976. Avant ? Comme c’est généralement le cas dans le coin, il y avait probablement des domaines dont les propriétaires n’entrent pas forcément dans l’histoire … reste simplement des arbres centenaires et des traces de l’enceinte.

Résidence Parc Borghese et vieux mur d'enceinte

Résidence Parc Borghese et son ancienne enceinte

A tribord de la place Lehu, on admire la RPA (Résidence Personnes Agées) portant le nom de l’ancien édile local, dernier maire de l’ancien village avant son rattachement comme district de la capitale girondine. Pas grand chose à signaler, si ce n’est la possibilité offerte à nos paisibles retraités de profiter de l’ « Espace Frais » : à retenir donc car, soyons en certain, cet endroit sera très intéressant en 2050.

Cela n'est pas sans rappeler cette célèbre entreprise de glisse.

Cela n’est pas sans rappeler cette célèbre entreprise de glisse.

La RPA et le Parc Borghese n’étant pas officiellement rattachés à la place Lehu revenons en détail à notre 40ème tirage. Maison de plain pied, le 1 place Lehu reste isolée, sans n°2, ni même n°3. Le postier n’a pas le droit de se tromper avec cette adresse totalement VIP !

On a hésité à raconter l’histoire de l’ancien atelier de fabrication de godasses localisé non loin, mais étant donné l’insistance d’Excel à choisir des voiries de ce pâté de maisons, on préfère être économe et garder cette anecdote dans l’hypothèse de notre prochain passage.

Sur l'ancien chemin Lehû, la manufacture Carmouze très récemment démolie.

Anciennement des bottes, escarpins et sandales : de la godasse à foison !

Et ô joie, ô chance, on dispose encore de notre botte secrète. A côté de la résidence Parc Borghese on apprend l’existence de la ferme landaise locale proposant divers mets à base de canards faisant frémir d’avance nos papilles. On ne citera pas son nom car, pas de bol, et malgré la préparation anticipée de phrases vantant l’art de vivre gascon, on doit garder notre lyrisme de côté. Le grignotage s’avère satisfaisant mais l’ambiance nettement moins : impression de déranger, interdiction de prendre des clichés de l’établissement … c’est dommage … Si certains sont affamés malgré cela, rappelons l’existence non loin de cette bonne adresse déjà explorée.

Notre repas fantasmé / Notre repas ressenti

Notre repas fantasmé / Notre repas ressenti

Voici arrivé le moment de mettre fin à l’année 2014 et à l’article n°40. Cet article est drôlement écrit, c’est vrai. Non, notre style ne disparaît pas tels les rayons de l’astre solaire en hiver… simplement en cette période de fête notre folie de fin d’année c’est de parodier le grand Georges Pérec. Comme il le fit avec la Disparition, on écrit ici l’article de la place Lehu, sans jamais (à l’exception des noms propres) avoir le loisir de l’écrire dans notre article … Mais si, c’est bien clair… cet article parlant en long, en large et en travers de la place Lehu ne se sert pas de U.

EN PRIME CE CLIN D’OEIL :

Place le U

Place le U

A lire également la version U-compatible de cette visite : https://bordeaux2066.com/2014/12/17/place-lehu/

Place Lehu

On connaît l’immensité avec les Quinconces, le classicisme avec la Bourse, le multiculturel avec Saint-Mich’, le branchouille avec Fernand Lafargue, le villageois avec Simiot, l’étudiant avec la Victoire…

L’esstranger en visite remarque souvent le nombre important de places qui jalonnent Bordeaux, et le rôle que chacune joue dans l’organisation de la ville.
Ah on croyait les connaître toutes, ces fameuses places de Bordeaux. Bah oui, on a guinché cet été Place Calixte Camelle, on s’est perdu dans les restos portugais de la Place du Cardinal Donnet, et on a même tourné une émission de télé Place Paul et Jean-Paul Avisseau, c’est dire si on les connaît toutes, les places.

PlaceLehu

Dans notre base de données qui recense les 2066 voies de Bordeaux, on a tout de même 112 places. Et si on faisait un sondage sur leur notoriété, il y aurait fort à parier que notre tirage au sort du jour serait loin, très loin dans le classement.

Place Lehu. Parfaitement inconnue au bataillon. Doit pas y avoir beaucoup d’happy hours là bas… Obligés d’ouvrir un plan tels de vulgaires touristes pour y aller. Et là c’est un vent de consternation qui nous envahit : nous revoilà partis pour la septième fois depuis le début de ce blog à Caudéran, mais pas n’importe où dans Caudéran puisque la Place Lehu se situe à moins de 300 mètres des rues Monneron et Wilson dans lesquelles nous avions déjà tout donné (ou presque) pour vous satisfaire, lecteurs.

La quarantième rue, rue de la maturité ou alors crise de la quarantième ? Ayant appris à ne pas écouter nos préjugés, c’est le cœur léger que nous mettons le cap vers Caudéran, et puis maintenant au moins on connaît la route !

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Profitons du voyage pour en apprendre un peu plus sur notre destination : a priori la Place Lehu ne rend pas hommage à ce village du Sud-Ouest de l’Estonie ni à ce professeur en sciences de gestion, mais serait issue d’une déformation du gascon lou heu, le hameau.

Il fut un temps où la Place Lehu était prolongée par le Chemin Lehû (avec un circonflexe), mais la 3ème République lui préféra au début du XXème siècle le nom du député Charles Chaumet.

Une fois sur place (Lehu), le terme nous paraît un peu galvaudé. A vrai dire il s’agit plutôt d’un carrefour à cinq branches sur lequel aucun type de la DDE n’a jamais du passer sinon on pourrait être certain qu’il y aurait là un rond-point, puisqu’en France tout le monde adore ça.

Vue générale de la "Place" Lehu

Vue générale de la « Place » Lehu, babord

Vue générale de la place Lehu, tribord

Vue générale de la « Place » Lehu, tribord

25 secondes plus tard nous en avons fini le tour : la Place Lehu n’a plus aucun secret pour nous. Balayons cette excitante perspective dans le sens des aiguilles d’une montre :

Sur la gauche quand on arrive de la rue Pasteur, s’élèvent trois tours d’une dizaine d’étages réparties dans un grand et beau parc comprenant même terrains de basket et de tennis. Il s’agit du Parc Borghese, qui comme toutes les cités à problèmes de France et de Navarre n’échappe pas à des faits divers terribles. Nous décidons de braver le panneau interdisant aux fouineurs de notre espèce de pénétrer dans le parc, et y rencontrons Pierre, sympathique septuagénaire se promenant avec sa petite-fille. Pierre nous apprend que la résidence date de 1976, et qu’avant cela, comme souvent à Caudéran, il y avait une grande propriété habitée par il-ne-sait-plus-qui mais en tous les cas pas quelqu’un de spécialement connu. De cette propriété ne restent que quelques arbres, ainsi qu’une bonne partie du mur d’enceinte.

Résidence Parc Borghese et vieux mur d'enceinte

Résidence Parc Borghese et vieux mur d’enceinte

Sur la droite de la Place Lehu, se trouve l’immeuble de la RPA (Résidence pour Personnes Agées) Armand Faulat, du nom du dernier maire de Caudéran avant l’annexion bordelaise. Pas grand chose à signaler si ce n’est de paisibles retraités pouvant jouir d’un « Espace Fraîcheur », une adresse à retenir pour 2050 donc.

Sponsorisé par Quicksilver ?

Sponsorisé par Quicksilver ?

Ces deux éléments qui marquent le paysage étant rattachés à d’autres voies, il ne reste plus sur la Place Lehu elle-même qu’une petite maison de plain-pied : le 1 Place Lehu. Pas de numéro 2 ni de numéro 3 : le facteur ne peut pas se tromper pour apporter le courrier à cette famille bénéficiant d’une adresse totalement exclusive dans Bordeaux !

On pourrait vous parler de l’ancienne manufacture de chaussures Carmouze et Chevallier, située dans l’ancien Chemin Lehû et très récemment détruite pour faire place à une résidence en train de sortir de terre, mais vu l’insistance d’Excel à nous faire découvrir ce pâté de maisons nous préférons prendre nos précautions et garder cette anecdote pour une prochaine fois.

Sur l'ancien chemin Lehû, la manufacture Carmouze très récemment démolie.

Sur l’ancien chemin Lehû, la manufacture Carmouze très récemment démolie.

En plus, on a un sacré joker pour clôturer cet article en beauté, puisque nous avons repéré sur Google Maps juste contre la résidence du Parc Borghese un restaurant étonnant : une ferme landaise qui propose ses produits dans ce recoin improbable de Caudéran. Nos papilles en frémissent d’avance, et sur le chemin on prépare déjà nos tournures de phrase vantant l’art de vivre gascon, ce canard préparé avec amour au coin du feu servi par un sympathique paysan soucieux de partager un peu de son terroir avec les citadins que nous sommes.

C’est la mort dans l’âme que nous devons nous résoudre à garder notre lyrisme pour une prochaine découverte. Car si en effet nous n’avons pas trouvé à redire sur la qualité des produits, nous avons vécu l’amère expérience d’avoir eu le sentiment de déranger. On ne vous proposera pas non plus la traditionnelle photo du verre de fin de promenade, le gérant des lieux ayant probablement été mordu par un appareil photo dans son enfance pour nous sommer de le ranger le plus au fond possible de l’étui. Et puis allez… être suspectés de malhonnêteté au moment de régler la note n’allait quand même pas vexer de grands garçons comme nous ? On vous laisse deviner la réponse, et on rappelle que Caudéran peut aussi réserver de très belles surprises pour qui aime profiter des plaisirs terrestres.

Notre repas fantasmé / Notre repas vécu

Notre repas fantasmé / Notre repas vécu

On a connu l’immensité avec les Quinconces, le classicisme avec la Bourse, le multiculturel avec Saint-Mich’, le branchouille avec Fernand Lafargue, le villageois avec Simiot, l’étudiant avec la Victoire… On a connu le malotru Place Lehu.

BONUS JEU DE MOTS FOIREUX :

Place le U

Place le U

Retrouvez ici la Place Lehu sans le U, un exercice à la Georges Pérec : https://bordeaux2066.com/2014/12/18/place-lehu-sans-le-u/

Rue Monneron

Un soir de juillet 2014, angle rue Pasteur / rue Monneron, Bordeaux-Caudéran : « Putain mais c’est le trottoir le plus large de Bordeaux ici ! ». Certes, les aventuriers de Bordeaux 2066 sont un petit peu grossiers, mais le superlatif n’est pas volé tant la rue Monneron se présente à nous avec un trottoir d’une largeur démesurée par rapport à l’importance de la rue et au nombre de piétons de l’endroit.

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 Malgré un soupçon de réticence et de scepticisme au début : « Putaaaain (oui encore grossiers) on va encore à Caudéran, et en plus juste à côté de la rue Wilson, ça commence à dailler », une telle curiosité ne manque pas de lancer cette promenade sous les meilleurs auspices : au moins aura-t-on quelque chose à vous raconter, lecteurs.

Et ça n’est pas tout ! Tandis que nous contemplons le trottoir-esplanade de la rue Monneron, nous baignons encore dans l’euphorie de la mauvaise bière que nous venons d’absorber. Volonté de se saouler à pas cher avant d’affronter une nouvelle rue caudéranaise sans intérêt évident ? Point du tout, il s’agit simplement de professionnalisme, notre œil affûté ayant remarqué un petit troquet de quartier qui allait fermer une demi-heure plus tard.

Et quel troquet ! Pas de nom sur la devanture, déco très années 60 (lambris et vieilles affiches), cartes postales de plus ou moins bon goût épinglées au mur, patronne taiseuse et population 100% masculine en train de jouer aux cartes dans l’arrière salle. Comme un arrière-goût de Bar du Chalet, pour ceux qui connaissent, le voisinage bobo-hipster en moins !

CAUDERAN NIGHTMARE ANARCHY 2

CAUDERAN NIGHTMARE ANARCHY 2

C’est complexe Caudéran, se dit-on en train de siroter notre infâme mais économique Koenigsbier (à 2€, il s’agit de la bière la moins chère depuis que nous avons commencé le blog, bravo!), mais n’obtenant pas grand chose de plus que des haussements d’épaules de la part de la patronne questionnée sur la sociologie caudéranaise, nous décidons d’aller sur le terrain sans plus attendre.

Boire de la Koenigsbier... Admirez, lecteurs, notre dévouement.

Boire de la Koenigsbier… Admirez, lecteurs, notre dévouement.

Revenons sur notre trottoir donc. L’explication, c’est Google Street View qui nous la donnera plus tard : il y avait auparavant à l’entrée de la rue Monneron un alignement de maisons étroites et visiblement très insalubres, aujourd’hui rasées, et remplacées par… rien du tout ! Il faut dire qu’on voit assez mal comment on pourrait exploiter cette parcelle longue et étroite en bordure de route : un garage à vélos ? Un mini skate-park ? Une piste de bowling peut-être ?

Avant (Google Street View - Septembre 2010)

Avant (Google Street View – Septembre 2010)

Après (Bordeaux 2066 - Juillet 2014)

Après (Bordeaux 2066 – Juillet 2014)

La suite de la promenade rue Monneron nous donne l’impression de jouer à un abécédaire de l’urbanisme bordelais.

Une arcachonnaise ? Il y en a, on a même discuté avec l’artisan périgourdin en train d’en retaper une (on parle bien de maison hein).

Des constructions modernes ? Oui, une résidence assez standing occupe tout un pâté de maisons, face à des cubes en béton en cours d’achèvement.

Des logements collectifs des années 60 ? des années 80 ? Il y a tout ça, avec notamment une imposante barre de 10 étages à mi-rue.

Des maisons bordelaises en pierre blonde ? Vous trouverez rue Monneron toute la gamme, de la petite échoppe avec jardinet jusqu’à l’immense demeure sur un parc arboré, dont une riveraine nous a soufflé qu’elle appartenait à la famille Bayle, vous savez cette entreprise de meubles dont on aperçoit parfois de vieilles publicités peintes au bord des départementales girondines.

Du patrimoine industriel ? L’arrière de la Glacière de Caudéran (sur laquelle Yves Simone raconte tout ici) donne sur la rue Monneron.

Toutes ces merveilles se trouvent rue Monneron.

Toutes ces merveilles se trouvent rue Monneron.

Tout ceci est bien beau, mais un soir de juillet, nous peinons un peu à rencontrer des habitants. Vu la saison et le quartier, on ne s’attendait pas à tomber sur une étudiante. Et pourtant ! Laurie, bayonnaise, la petite vingtaine, est en classe prépa au lycée Grand Lebrun et s’est installée dans une résidence de la rue Monneron, en face de la grande demeure des Bayle. Bien sûr, de la rue elle n’en connaît pas grand chose puisque ça ne fait qu’un an qu’elle est là, et puis en prépa il s’agit de bosser ! Néanmoins, si tu nous lis chère Laurie, sache que l’immeuble où tu potasses tes cours était autrefois une grande propriété de maître, la Villa Esperenza, comme en témoigne cette photo datée de 1913 figurant dans le bouquin « Mémoire en images de Caudéran », de Pierre Debaig.

 Pas sur que la qualité de l’urbanisme y ait gagné au change, mais au moins tu as un studio !

La Ville Esperanza, aujourd'hui disparue (source : Mémoire de Caudéran)

La Ville Esperanza, aujourd’hui disparue (source : Mémoire de Caudéran)

Laurie

Laurie

 Laissons la pimpante Laurie vaquer à ses occupations et tirons un petit bilan de notre promenade rue Monneron. Après avoir bu une bière parmi les moins chères de Bordeaux dans un troquet hors du temps, nous voilà face à l’imposante demeure d’un grand entrepreneur local. Entre les deux, on a constaté la diversité du bâti et ce manque de cohérence assez typique de Caudéran comme le soulignait cet article de Rue 89 Bordeaux.

« Et finalement Caudéran, c’est vraiment un Neuilly bordelais ? ». Au café sans nom, tant que la partie de cartes ne sera pas terminée, on continuera à hausser les épaules à cette question finalement sans importance.

Rue Henri Mérand

En ce Samedi 26 Avril 2014, Vinjo et la catastrophe de Tchernobyl ont 28 ans. Et pour célébrer dignement un anniversaire, quelle meilleure manière que de lancer Excel et de lui laisser choisir une destination parmi les 2042 rues restant à explorer ?

Après nous avoir fait franchir la Garonne vers la Benauge, Excel a cette fois ci décidé de nous en éloigner et de nous renvoyer une fois de plus à Caudéran. Mais rien de très étonnant à tout cela, Caudéran étant le quartier à la fois le plus vaste et le plus peuplé de Bordeaux.

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Peut-être avez-vous suivi notre récente mise en lumière médiatique, durant laquelle on nous demandait : « Mais il n’y a jamais de rues sur lesquelles il n’y a rien à dire ? ». Et Bordeaux 2066 de pérorer : « Il y a toujours quelque chose à raconter voyons ». Excel nous aurait-il trouvé suffisants ? En nous envoyant rue Henri Mérand, c’est un véritable défi que nous devons relever.

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Henri Mérand, qui est-il ? C’est un ancien conseiller municipal de Caudéran. Nous n’en saurons pas plus, l’homme n’ayant pas laissé une cyber-trace exploitable.
La rue Henri Mérand, quelle est-elle ? C’est une courte rue d’à peine 100 mètres de longueur qui avec la rue Carruade forme un paisible « U » sans histoires à deux pas de l’église de Caudéran et de l’Avenue Louis Barthou.

Sur le plan de Caudéran daté de 1909 que nous avions utilisé pour la rue Wilson, la rue Henri Mérand n’existait pas encore. On peut imaginer que c’est entre les deux guerres que la rue a été percée, en plein essor de l’ouest bordelais.

La rue étant très courte, nous pouvons nous permettre une description exhaustive. Une maison basque « à rafraîchir », comme disent les agents immobiliers, marque l’entrée de la rue. Sur les côtés, c’est ensuite une succession de maisons en pierre bordelaise, avec ou sans étage. On y trouve également un zeste d’arcachonnais et un chouïa d’art-déco : rien que de la valeur sure, très calme, plutôt agréable à l’oeil sans qu’on ait non plus à vous conseiller d’aller exprès admirer tout ça.

Maison basque dans rue manquant de piment

Maison basque dans rue manquant de piment

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Au fond de la rue les choses s’emballent un peu : une copropriété de quatre logements un peu tape-à-l’oeil mais offrant ce qu’on peut appeler des « terrasses de ouf » à ses occupants, puis une immense chartreuse que l’on peine à admirer derrière sa haie de lauriers et ses palmiers. La présence de cette belle demeure n’a pas échappé à notre ouvrage de référence qu’est le nouveau viographe de Bordeaux, qui affirme que « la perfection des proportions et la délicatesse du discret décor font de cette demeure l’exemple parfait de la chartreuse bordelaise ».

Morceau de chartreuse

Morceau de chartreuse

Et les habitants de la rue Henri Mérand dans tout ça ? Discrets, à l’image de leur rue. Notre principal interlocuteur du jour aura été Nicolas, jeune père de famille fort courtois, qui vient de racheter une jolie maison en pierre avec un appréciable jardin. De la rue Henri Mérand, Nicolas ne peut que nous vanter son calme du à l’absence totale de trafic. Nicolas est un homme serein, mais s’il devait retenir un sujet d’inquiétude ça serait ce projet de supprimer du stationnement dans la rue de la Dauphine voisine, qui pourrait alors rabattre de l’automobiliste vers la rue Henri Mérand. Voilà qui ne nous empêchera pas de dormir.

On retiendra également que la rue abrite le cabinet de conseil en alimentation bio « Nourritures Terrestres », dont la gérante Béatrice n’a répondu ni à notre coup de sonnette ni à notre courriel, ce qui est bien entendu très mal puisque cela contribue à appauvrir cet article déjà poussif.

 

Une rue zoom zoom zen avec sa Benz Benz Benz

Une rue zoom zoom zen avec sa Benz Benz Benz

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Oui vous l’aurez compris, ce jour là à Caudéran c’était calme, très calme, trop calme. Aussi pour pimenter un peu notre après-midi et continuer à vous surprendre chers lecteurs, nous avons pris une décision grave qui fera grand bruit et peut-être chagrinera certains d’entre vous : nous avons bu du vin. Du vin, à Bordeaux, drôle d’idée franchement.

Cet écart dans notre ligne éditoriale, nous le devons à Stéphane et à sa « cave sur place Les Millésimes », rue de l’église, juste à côté de… l’église. En ayant ouvert sa cave à la dégustation sur place, Stéphane est ainsi devenu le débit de boisson le plus proche de la rue Henri Mérand, ce qui lui a valu notre visite.
« – Et alors ça fonctionne votre business ?
– Non »
Avec une telle réponse, on comprend tout de suite que Stéphane est un commerçant honnête. Ce sosie de Renaud (en moins abîmé par l’alcool qu’il doit certainement boire avec plus de modération) est aussi un iconoclaste, puisqu’il propose des vins du Languedoc, de Bourgogne, du Nouveau Monde, bref d’un peu partout et très peu de Bordeaux. Non pas que notre vin soit mauvais, ça se saurait, mais il veut ainsi se différencier de la concurrence et notamment des féroces grandes surfaces environnantes. Stéphane est aussi un amoureux des bons produits que notre consultante de chez « Nourritures terrestres » apprécierait (ou appréciera, après avoir lu cet article), puisqu’il ne propose que des produits issus d’une agriculture raisonnée, vous savez celle qui laissera peut-être une chance à la planète de survivre après le passage de notre génération, même si on ne croit plus en rien depuis qu’on sait que Carlos Henrique va quitter Bordeaux.

Stéphane

Stéphane

Vous connaissez la Vendée ? Mais si, un petit effort : Le Puy du Fou, Philippe de Villiers, la brioche, et les paysages chiants entre La Rochelle et Nantes. Certains énarques ont même décidé que ce Département faisait partie du Sud Ouest, preuve qu’on ne peut vraiment faire confiance à personne. Eh bé figurez-vous qu’en Vendée ils font également du vin, et c’est celui là que Stéphane nous a servi. C’était même très bon, tellement bon que ça nous a fait oublier la bière. On notera également que Stéphane ne possède pas de licence lui permettant de vendre de l’alcool sur place sans nourriture en accompagnement, ce qui est en soi une excellente nouvelle puisque ses fromages sont fort goûtus.

Où l'on découvre cet étrange breuvage

Où l’on découvre cet étrange breuvage

C’est l’estomac rempli et le palais égayé que nous quittons Caudéran, à contre-flux des familles se rendant à la messe. Bordeaux 2066 n’est pas allé prier, mais espère que les dieux du commerce et de la viticulture raisonnée conserveront longtemps la cave « Les Millésimes », elle qui nous a permis de conclure cette visite en beauté. Décidément oui, « il y a toujours quelque chose à raconter ».

Rue Wilson

On va vous l’avouer tout de suite, ce dimanche à Caudéran, nous avons eu peur.

Pour notre sécurité, oh non certainement pas : ici entre la Place de Moscou et la Place Lopès on se sent bien loin d’une supposée « France Orange Mécanique ».

Non, c’est plutôt pour vous lecteurs que nous avons eu peur, tant la rue Wilson a mis du temps à se dévoiler.

 RueWilson

Lorsque nous sortons du bus 16 à l’arrêt « Moscou », le ciel blafard fait penser à une journée d’été lambda dans le Douaisis natal de Pim. Un peu plus loin sur la droite, la rue Wilson nous offre sa centaine de mètres de longueur, égrenant petites maisons arcachonnaises, cubes en béton des années 70, ainsi qu’une villa très tape-à-l’œil devant laquelle on ne peut s’empêcher de persifler en voyant la grosse cylindrée immatriculée 92 qui y est garée.

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Pas d’immeubles, pas de commerces, pas d’associations, pas d’êtres humains… Perplexité. « Bon écoute, on va leur faire un copié-collé de la rue Genesta, c’était il y a longtemps, personne ne s’en rendra compte… »

Finalement, au bout de la rue Wilson, en arrivant sur la rue d’Austerlitz, nous décidons de continuer à batailler.

Un cycliste débarque à l’horizon, nous nous ruons dessus tel un aigle sur une jeune marmotte. Il vient rendre visite à ses amis Clément et Mathilde, qui habitent là depuis environ un an, et semblent nous plaindre lorsqu’on leur annonce qu’on aimerait écrire un petit article sur leur rue. En ce lendemain de UBB – Perpignan victorieux, Clément botte en touche et nous envoie chez son voisin d’en face, « un monsieur très gentil qui habite là depuis longtemps, et vu l’heure qu’il est aura surement fini sa sieste ».

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 Originaire du Pas-de-Calais, Monsieur L. habite en effet là depuis 30 ans, et coule une paisible retraite caudéranaise après une belle carrière d’ingénieur en ponts et chaussées. La rue Wilson ? Monsieur L. n’a rien à en dire. A part une ou deux maisons démolies / reconstruites depuis son arrivée à Bordeaux, rien n’a changé, et à vrai dire il ne s’y est jamais vraiment intéressé. Il peut nous parler un peu du quartier en revanche : la jolie chartreuse qu’on voit à peine derrière sa haute haie était un couvent de religieuses, et à la place de la résidence moderne un peu plus loin dans la rue, c’était les ateliers de la Glacière de Caudéran, à ne pas confondre avec la Glacière de Mérignac, un peu plus connue.

A ce stade de l’exploration, ça va déjà mieux. On n’en sait guère plus sur la rue Wilson en elle-même, mais au moins connaît-on un peu l’histoire du pâté de maisons.

Arpentant la courte rue Wilson une nouvelle fois, Frédéric, en pleine taille de ses arbres, nous envoie chez Lucien, « lui il aura plein de choses à vous dire ».

Vous la reconnaissez ?

Vous la reconnaissez ?

Ouvrant son volet suite à notre coup de sonnette, Lucien prétend gentiment qu’on ne le dérange pas, même si on devine bien qu’on a écourté sa sieste.

Lucien, c’est un personnage truculent comme on les aime. Chevalière au doigt, très fort accent gascon en bouche, Lucien aime les entrecôtes « épaisses commeu ça » (montrer la hauteur d’un trottoir) et le rugby de clocher. Lui qui allait voir jouer à la fois Bègles et le SBUC à l’époque s’est abonné lorsque l’UBB est remonté en Top 14, mais n’a pas récidivé en raison du speaker qui lui « casse les oreilles », à bon entendeur…

Lucien est sympa, c’est une chose, mais surtout il est une vraie encyclopédie sur son quartier. Natif des Landes, il s’est fixé à Caudéran il y a quasiment cinquante ans, après un passage par Maubeuge que l’on aurait aimé filmer tant le décalage culturel devait être amusant.

Lucien

Lucien

 Lucien nous confirme que la jolie chartreuse du bout de la rue Wilson était auparavant occupé par des religieuses : les Dames du Sacré-Cœur. Le petit bouquin « Mémoires de Caudéran », de Pierre Debaig, nous apprend que le pensionnat de ces dames (probablement demoiselles d’ailleurs) occupait 25 hectares, et comprenait des vignes et une grande chapelle. En 1907, deux ans après l’adoption de la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ces dames sont expropriées, la chapelle est démolie et des rues sont percées, dont la rue Wilson, qui comme le montre la photo ci-dessous n’avait pas encore reçu de nom en 1909.

Caudéran en 1909, extrait de "Mémoires de Caudéran"

Caudéran en 1909, extrait de « Mémoires de Caudéran »

Du bâtiment des Dames du Sacré-Cœur il ne reste qu’un morceau : c’est notre fameuse chartreuse, qui fut habitée un temps par Armand Faulat, le dernier maire du Caudéran indépendant.

Début XXème

Début XXème

Début XXIème

Début XXIème

Vous aurez aussi remarqué sur le vieux plan qu’en 1909 le Boulevard du Président Wilson s’appelait encore Boulevard de Caudéran, d’où le doublon Boulevard / Rue Wilson, qui lorsqu’ils ont été nommés au lendemain de la Première Guerre Mondiale n’étaient pas encore sur la même commune.

Lucien poursuit son récit en évoquant le charbonnier Baillarin, « comme les canelés », qui a construit la plupart des maisons du quartier en mélangeant la grave du sol avec le mâchefer qu’il récupérait. Certains ont reproché au charbonnier de mettre bien peu de ciment dans ses constructions. N’ayant pas de compétence en bâtiment, Bordeaux 2066 s’abstiendra de tout jugement.

Enfin, la rue Wilson a été marquée par un dénommé Menaldo, entrepreneur qui avait ses bureaux dans la rue même jusque dans les années 1980, et qui y a construit plusieurs maisons.

Les maisons de Menaldo

Maisons dont on croyait qu’elles étaient de Menaldo, jusqu’à ce qu’on reçoive des mails nous indiquant le contraire (correction de juin 2014). 

Lucien nous a appris tout ce qu’on pouvait savoir sur la rue Wilson, et le bougre nous a donné soif avec ses anecdotes de troisième mi-temps. Nous serions volontiers aller boire un coup à la Dame Blanche, juste au bout de la rue, mais malheureusement nous sommes arrivés deux ans trop tard. Alors finalement c’est dans le petit jardin du PMU « Le Marigny », rue Etchenique, que nous buvons notre demi d’après-balade.

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Comme l’aurait déclaré Thomas Woodrow Wilson en 1912, « nul ne peut adorer Dieu ou aimer son prochain s’il a l’estomac creux ». Venant d’un Américain, cette citation s’acclimate parfaitement à nos terres de cocagne, et soyons-en certains, aura su consoler les Dames du Sacré-Cœur de leur exil forcé en 1907. On leur dédicace notre 1664, elles sans qui cette chronique n’aurait pu voir le jour.

Adishats !

 

BONUS, pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Glacière de Caudéran située juste derrière la rue Wilson, Yves Simone vous raconte tout :
La glacière de Caudéran et son aménagement – kewego
Présenté par Yves Simone et Olivia Lancaster

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Avenue de la Gare

13h11, un dimanche de janvier encore trop doux avec cet hiver qui ne vient jamais. Nous prenons place à bord du TER Aquitaine 866123 à destination du front du Médoc, sur la ligne du Verdon. 15 minutes plus tard, alors que nous sommes bercés par le ronronnement du TER, Excel nous ordonne de descendre : notre voirie à explorer ce jour est en vue. Nous voilà arrivés Avenue de la Gare … Saint Jean ? Que nenni, Excel est farceur, l’Avenue de la Gare est à Caudéran, à la frontière avec Mérignac.

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Abjurons tout de suite nos péchés : nous ne sommes pas venus en train. Non pas faute de mauvaise volonté, mais la liaison Bordeaux – Le Verdon est assez peu fréquente le dimanche. Pour autant c’est bien par la gare que nous commençons notre visite de l’avenue éponyme.

Gare

Construite en 1933, la gare de Caudéran-Mérignac prend place sur la ceinture ferroviaire de Bordeaux pour desservir l’ouest bordelais, alors en plein développement. Le bâtiment révèle un charme désuet : petite gare aux accents art-déco, avec sa frise ornée de grappes de raisin qui nous rappelle que la route des châteaux n’est plus très loin, et que le secteur était jusqu’au début du 20ème siècle couvert par les vignes du Château Bourran tout proche, aujourd’hui devenu l’IUFM. L’urbanisation a définitivement gagné le secteur, et on a pu craindre pour la survie de la gare avec l’ouverture à deux kilomètres plus au Sud de la gare de Mérignac-Arlac, en connexion avec la ligne A du tramway. Mais on ne met pas fin si facilement à 80 ans d’histoire : enclavée, peu mise en valeur, mais vaillante, la gare de Caudéran-Mérignac a résisté, et sont ainsi venus s’ajouter au bâtiment historique quelques équipements plus modernes.

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 Téléphone

BLS

La présence de la gare a indéniablement contribué à la densification du quartier. On est ici à une vingtaine de minutes du centre de Bordeaux, et ce sont donc de nombreuses résidences modernes qui se dressent les unes à côté des autres dans l’avenue de la gare. Oh, pas de grande tour qui monte gratter le ciel, mais un ensemble de résidences de trois ou quatre étages plantées là pour accueillir une population urbaine en recherche de tranquillité.

L'Avenue de la Gare. A droite, l'Avenue Albert 1er (Mérignac).

L’Avenue de la Gare. A droite, l’Avenue Albert 1er (Mérignac).

Maisons mitoyennes et HLM du Clos Montesquieu (Mérignac)

Maisons mitoyennes de l’Avenue de la Gare et HLM du Clos Montesquieu (Mérignac)

Car le quartier est calme, pas de doute là-dessus. Marie et Jean-Louis, qui habitent depuis quinze ans dans une des maisons mitoyennes face aux petites tours HLM du Clos Montesquieu (qui elles sont sur la commune de Mérignac) nous vantent la douceur de vivre avenue de la Gare. Les logements sociaux construits récemment ? Aucun problème, le plus pénible pour Jean-Louis fut la concertation en amont du projet, « où l’on a entendu plein de peurs, de craintes inutiles, alors que tout se passe très bien. On a toujours peur de ce que l’on ne connaît pas, c’est dommage ». Et puis Jean-Louis est un enfant de Bacalan, mais « du vrai, à l’époque où Bordeaux était loin de nous » alors les soi-disant dangers de la mixité caudéranaise le font doucement rire.

Pour en apprendre plus sur l’histoire du quartier, Jean-Louis nous conseille d’aller sonner chez Colette, un peu plus loin. Bonne pioche ! Elle et son mari nous racontent le passé du quartier, avant les résidences : Lamourelle le concessionnaire de tracteurs Ford en face de chez eux, l’usine de poteaux et le marchand de bois un peu plus loin. En 1973, quand ils ont fait bâtir, il n’y avait qu’une poignée d’habitants dans la rue. Un passé aujourd’hui disparu et qu’ils regrettent un peu : le quartier a beaucoup changé ces dernières années, et leurs repères se sont évanouis au fur et à mesure. Ils ne se font d’ailleurs guère d’illusions et pensent que leur maison au grand terrain ne leur succédera pas : l’appétit des promoteurs sera trop féroce.

Ce que personne ne regrette en revanche, c’est l’occupation de la gare par les Allemands pendant la guerre. D’ailleurs, quand Colette et son mari ont fait construire, ils ont retrouvé dans leur terrain des fondations de baraquements militaires !

L’exploration de la rue se poursuit sur le côté Sud de la gare, avec l’IUFM en ligne de mire. Moins longue, cette partie de la voirie rassemble plusieurs résidences récentes, une station Bluecub, et le SIVU de Bordeaux-Mérignac, fournisseur officiel des repas des cantines pour les écoles et maisons de retraites bordelaises et mérignacaises depuis 2004. Tous les jours, ce sont 19 000 repas qui sont concoctés Avenue de la Gare, ce qui en fait certainement la rue de Bordeaux où l’on fait le plus à manger (non, vous n’avez pas préparé 19 000 repas pour l’anniversaire du petit dernier). C’est plein d’émotion que nous marquons une minute de silence en mémoire de la cantine de notre enfance : bataille de petit pois, mie de pain dans la carafe, et malédiction des choux de Bruxelles sont encore bien présents dans nos esprits.

Où la ville de Bordeaux réaffirme son intégrité territoriale face à l'impérialisme mérignacais.

Où la ville de Bordeaux réaffirme son intégrité territoriale face à l’impérialisme mérignacais.

La rue continue encore un peu, jusqu’à devenir mérignacaise, sans pour autant changer de nom. Notre code de déontologie nous empêchant formellement de franchir une telle frontière, nous arrêterons là notre description.

Nous voilà repartis sur nos pas, à la recherche d’une petite mousse quand soudain tel Richard Anthony, nous entendons siffler le train, ou plutôt la charmante voie de Nicole SNCF, qui nous annonce l’arrivée du 16h27 à destination de Lesparre (via « Mouli », Nicole, tu pourrais tout de même faire un effort sur la prononciation de nos bleds, surtout quand ils abritent de célèbres grands crus). Ni une ni deux, nous voilà sur le quai à attendre l’arrivée du monstre de fer.

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Arrivée du TER sous les ogives

Arrivée du TER sous les ogives

Agent SNCF émerveillée devant un flyer de Bordeaux 2066

Agent SNCF émerveillée devant un flyer de Bordeaux 2066

L’occasion de croiser Monsieur Cavalier, juché sur sa monture qui est en l’occurrence un vélo, et qui en bon ferrovipathe attend lui aussi de voir le train arriver et repartir. Retraité actif et habitant du quartier (mais côté Mérignac), il nous raconte son amour du rail, des locomotives à vapeur, des arrêts impromptus et des voyages d’antan quand aller à Paris était une « véritable aventure, alors que maintenant le TGV c’est certes rapide mais un peu triste ».

Avec Monsieur Cavalier

Avec Monsieur Cavalier

Vinjo est aux anges, lui qui partage cet amour pour le train, et songe sérieusement à fonder une section girondine des amateurs de voies ferrées.

L’émotion ferroviaire passée, il est temps de rafraîchir nos gosiers au Merle Blanc. Un merle blanc dites-vous… oiseau rare mais qui existe à l’image de ce bar-hôtel-restaurant dans lequel nous mettons les pieds. Ancien relais de gare, cet établissement  figé dans le temps est assez surréaliste, avec ses chambres à louer au mois et sa décoration pour le moins rétro. Le voici maintenant bloqué entre deux résidences de logements sociaux, et n’accueillant sûrement que trop rarement des voyageurs en transit, ou des meetings politiques.

MerleBlanc

Entre deux gorgées de Heineken à 3 euros (oui, seul le prix de la consommation nous ramène durement de notre voyage au siècle précédent), la patronne nous explique les pressions qu’elle subit pour vendre son établissement, ses déboires avec l’administration municipale, son désamour pour la région, elle qui est arrivée de région parisienne « où il y a une bonne mentalité ». Bien que dépourvue de Picon, notre bière prend subitement un goût amer.

Au comptoir du Merle Blanc

Au comptoir du Merle Blanc

Ces terres viticoles, puis ferroviaires et industrielles, sont entrées de plein fouet dans la modernité de la métropole bordelaise ces vingt dernières années à grands renforts de béton, et il serait vain de s’en plaindre. Mais entre la gare, les repas municipaux, les résidences HLM et les maisons individuelles chacun a le droit de cultiver son jardin. Alors tout ce que l’on souhaite au Merle Blanc, c’est de siffler encore longtemps, à l’unisson du TER vers Le Verdon.

Il est grand temps de rentrer.

Il est grand temps de rentrer.

Bonus : Bordeaux 2066 avait encore un invité dans son équipe… il s’agissait cette fois de Mère Kro, dont la remarquable contribution nous fait entrer dans une nouvelle ère avec ce film unique digne des Frères Lumière : L’arrivée d’un train en gare de Caudéran-Mérignac