Avenue du Jeu de Paume

Pour notre rentrée, Excel a choisi de nous emmener une seconde fois à Caudéran. Si vous vous souvenez bien de nos aventures rue Genesta , nous y avions conclu que le « Neuilly bordelais » était au final plutôt varié dans sa typologie d’habitations et dans sa sociologie.

Le logiciel n’a-t-il pas aimé cette conclusion ? Toujours est-il qu’il nous envoie Avenue du Jeu de Paume, dans un quartier qui constitue un fief incontesté de la bourgeoisie bordelaise.

Ce nom en hommage à l’ancêtre du tennis se justifie par la proximité immédiate de la Villa Primrose, lieu qui abrite le tournoi de tennis professionnel de Bordeaux remporté cette année par Gaël Monfils. Au-delà de l’aspect sportif du lieu, la Villa Primrose c’est aussi un marqueur sociologique fort de la bourgeoisie locale, et ce depuis plus d’un siècle.

Bordeaux 2066, prochain mécène

Bordeaux 2066, prochain mécène

Cela s’explique par l’histoire du lieu et cela se vérifie aussi sur place avec un rapide coup d’œil sur le parc automobile garé devant la villa (ne nous remerciez pas pour cette analyse sociologique très fouillée : c’est cadeau !).
Nous n’en saurons guère plus sur la Villa Primrose, les lieux étant inaccessibles aux non-membres que nous sommes, nous avons essuyé un revers.

Pour montrer qu’ici c’est une rue de gens sérieux, l’angle avec le Boulevard du Président Wilson, par lequel nous attaquons notre promenade, annonce la couleur : le commerçant du coin, c’est le notaire ! Les notaires constituent d’ailleurs la seule référence Google de l’Avenue du Jeu de Paume, aussi nous nous sommes fendus d’un email pour les rencontrer, sans succès hélas (Maître Bentejac et associés, si vous nous lisez, n’hésitez pas à vous manifester !).

Les maisons bourgeoises plus ou moins cossues se succèdent. L’endroit est peuplé de gens aisés, c’est certain, mais on n’est pas non plus dans l’ostentatoire à outrance, ça n’est pas le genre.

C’est alors que l’on croise Denis, sympathique quadra(quinqua ?)génaire qui sort sa poubelle et nous fait un brin de causette quelques minutes. Propriétaire ici depuis plus de 20 ans, il ne voit pas pourquoi il déménagerait, et on peut le comprendre.
Parfaite l’Avenue du Jeu de Paume ? Peut-être, si l’on n’est pas trop exigeant sur la qualité des trottoirs. L’état déplorable de ces derniers, en décalage avec la qualité du bâti, nous a en effet interpellé.

Caudéran, ses trottoirs, s nature

Caudéran, ses trottoirs, sa verdure

Adventices caudéranaises

Adventices caudéranaises

Après le cours de tennis, voici un cours de science politique. La polémique va en effet bon train de l’autre côté du Boulevard Wilson. Le blog du comité de quartier ose même : « Certaines de nos rues feraient plus penser à certaines pistes cabossées du Niger qu’à celles d’un prétendu Neuilly bordelais ». La municipalité délaisserait-elle les Caudéranais, dont le vote serait plus ou moins acquis ? Les Caudéranais doivent-ils s’improviser Bolchéviques afin d’avoir de beaux trottoirs ? Les mauvaises herbes les pousseront-ils à défier les lois de la sociologie électorale ? Pour l’instant, Avenue du Jeu de Paume, on se renvoie la balle.

En attendant, et nous en sommes témoins, Denis, lui, entretient avec amour son bout de trottoir, et non ça n’est pas lui qui est à l’origine des pétitions !

Les adventices sont-elles les seules à briser la paix notariale de la rue ?
Non. Partout elle est là, on la sent, elle nous écrase. Ses 112 mètres bruissent de formulaires, de déclarations, de crépitements de fax… oui oui de fax. Elle, c’est la Cité Administrative, et elle possède une issue Avenue du Jeu de Paume.

Adventice administrative

Adventice administrative

Si son architecture prête à discussion, la qualité de son accueil semble en revanche faire l’unanimité. On saluera néanmoins l’ingéniosité d’y avoir installé le centre des impôts pour tout Bordeaux, favorisant ainsi les circuits courts. Pour payer son ISF lorsque l’on habite Avenue du Jeu de Paume, il suffit de traverser la rue et ainsi d’économiser un timbre, la vie est parfois bien faite !

Le soleil baisse, Denis a sorti sa poubelle, ces dames rentrent leur Mini au garage : il est grand temps pour nous de se désaltérer. La brasserie Girond’in sur le Boulevard Wilson étant délocalisée sur le littoral pendant la période estivale, nous nous rabattons sur le Leader Price de la Barrière Judaïque.

C’est sur le parking de la Cité Administrative, à l’ombre des arbres de l’Avenue du Jeu de Paume et entre des pierres tombales factices que nous buvons cette Pils allemande. Qui a dit que Caudéran avait perdu de sa superbe ?

Jeu, set et match

Jeu, set et match.

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Rue Genesta

Excel, petit farceur ! Tu nous fais vraiment visiter les recoins de Bordeaux. Mais c’est pour ça qu’on t’aime ! Après les zones de fret de Bordeaux Nord, après les lisières talençaises, tu as décidé de nous emmener aux confins de Mérignac, Caudéran et Bordeaux. Mérignac et Bordeaux quoi, puisque chacun sait que Caudéran, alias le « Neuilly bordelais », a été définitivement annexé à la commune de Bordeaux en 1965 par Jacques Chaban-Delmas (encore lui). Non non, vous vous méprenez, ça n’est pas du tout pour que Bordeaux reste à droite pour les cinq siècles suivants, rien à voir.

Direction donc la rue Genesta, attention celle de Bordeaux hein, pas celle de Saint-Louis dans le Missouri.

Genesta Street - St Louis, Missouri

Genesta Street – St Louis, Missouri

Pour vous y rendre, deux solutions :

-vous venez à Bordeaux en avion et vous prenez la Liane 1 du réseau TBC qui relie l’aéroport au centre ville. L’arrêt « Verte » est situé pile à l’angle de la rue Genesta, qui est ainsi une des rues les plus facilement accessibles de Bordeaux pour tout quidam arrivant de Los Angeles, Phnom-Penh, Bandar Seri Begawan etc.…

-vous êtes un local (notre public est très international, mais sait-on jamais), auquel cas vous allez du côté de la Barrière d’Arès, et puis après vous vous débrouillez parce que bon, vous êtes du coin après tout.

Une fois sur place, qu’y verrez-vous ?

Même si ce n’est que le début de Caudéran, on se sent déjà dans la « ville intermédiaire » : ni tout à fait la périphérie, ni tout à fait le centre. La rue mélange ainsi, de façon plus ou moins heureuse, de jolies maisons bourgeoises avec une piscine et un grand jardin, des maisons mitoyennes en pierre plus ordinaires, et des immeubles de style années 50 tout en robustesse et en fonctionnalité. Au milieu, une mini-zone d’activités au style architectural douteux, mais qui amène de la vie au secteur.

Pépinière d'entreprise et salle de sport

Pépinière d’entreprise et salle de sport

Vous y verrez beaucoup de circulation, et cela vous surprendra même, pour une si petite rue dans un quartier si calme. Vous comprendrez alors qu’il s’agit d’un raccourci permettant d’éviter les boulevards et d’aller directement vers Saint-Augustin et Arlac. De quoi être déconcerté lorsque la CUB lance des travaux d’envergure.

Vous y verrez des gens entretenir leur corps dans un cours de fitness, un fringant quadragénaire pressé s’engouffrant dans son véhicule, et une jolie blonde détacher l’antivol de son vélo. Vous essaierez même de profiter de sa présence pour aller lui parler, mais elle ne pourra rien pour vous car elle « squatte chez des potes » et n’est pas résidente de la rue Genesta.

Comme si un génie bienfaisant avait anticipé notre visite, le bar brasserie « Le Tranquille » se situe sur l’Avenue d’Arès, mais quasiment rue Genesta, puisque le mur de son jardin d’été donne même dessus.

Et comme pour rappeler que l’Avenue d’Arès mène à Arès, ce fameux mur « Genesta » est recouvert d’une fresque qui vous emmène sur le bassin.

Ares Beach

Ares Beach

L’accueil au bistrot brasserie est sympathique. On peut y manger un plat du jour à 8,50€, ou bien si l’on souhaite imiter l’équipe de Bordeaux 2066 y boire simplement un demi de Kronenbourg à 2,80€.
L’occasion de taper la causette avec le patron, solide gaillard caudéranais dont on n’a pas pris la peine de relever le prénom, ou avec Dominique, qui vit dans le quartier et gère une librairie d’occasion à Bacalan. Promis on lui rendra visite le jour où l’on tire la rue Delbos. En attendant, avis aux amateurs, Dominique aurait chez lui deux livres extraordinaires sur Bordeaux… c’est en tout cas ce qu’il nous a dit entre deux verres.

On ressort du bistrot un peu perdu… où sommes nous quand on est rue Genesta ?

Un peu à Caudéran mais pas vraiment, ni tout à fait à Saint-Augustin, déjà plus à Mérignac. C’est encore une fois vers une frontière qu’excel nous a emmené. Et la prochaine ? En toute logique géographique le sort devrait nous porter vers la rive droite pour terminer l’exploration des limites… A suivre !