Rue de Tours

C’était une belle soirée d’automne sur la capitale aquitaine.

On aurait même pu dire une belle soirée d’été, tant les 31° de cette fin septembre donnaient un air d’insouciance collective à notre ville. Mais vous commencez à nous connaître, pas question de se prélasser sur les quais pour autant. Du moins, pas tant qu’Excel ne l’aura pas décidé. En l’occurence, Excel nous a envoyé une nouvelle fois vers les confins de la commune, direction le quartier du Tondu (à ne pas confondre avec la rue du Tondu, qui se situe plutôt dans le quartier Ornano).

Le Tondu, c’est un vieux noyau villageois situé à la limite de Mérignac et Bordeaux, à deux pas de la station de tram « François Mitterrand ». On croyait d’ailleurs être à Arlac au début, mais un spécialiste de la géographie locale que nous avons contacté pour vous s’est montré formel : « Arlac est un quartier mérignacais. Si votre rue est à Bordeaux, alors elle n’est pas à Arlac ». Bref, pas la peine de chercher des poux, nous sommes donc ici au Tondu.

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Arrivant par Charles Perrens (on vous rassure sur la santé mentale de l’équipe, nous n’y séjournions pas mais sommes simplement passés devant), on bute sur des rangs de vigne, et un panneau annonçant l’entrée dans la commune de Pessac. Souhaitant rester Bordelais pour l’heure, nous quittons l’axe principal, et tombons sur un panneau d’agglomération « Mérignac ». Au cœur de ce méli-mélo administratif, la voilà enfin : la rue de Tours, Bordelaise mais de peu.

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Courte rue résidentielle sans point d’intérêt saillant, elle constitue un discret hommage à la préfecture d’Indre-et-Loire, à première vue peu à la hauteur de son inverse : la rue de Bordeaux à Tours, rue commerçante piétonne en plein centre du « Jardin de la France » (si comme nous et comme les présentateurs météo vous aimez les périphrases à la con, voici un lien fort utile).

On pourrait croire qu’il s’agit ici d’un soupçon de mépris rappelant la dichotomie entre la prestigieuse Pariser Platz de Berlin et la disparue rue de Berlin à Paris, mais l’explication se trouve plutôt dans l’histoire du quartier. En 1925, un certain Monsieur Barbeillon acheta 16 hectares de vignes et de terres agricoles pour en faire un lotissement, dont il nomma les rues avec les noms de grandes villes françaises. On se trouve en effet en plein âge d’or de la République, et il ne s’agissait plus de donner des noms patoisants aux voiries.

Au bout de la rue de Tours, Lille et Nantes ont connu un destin mérignacais.

Au bout de la rue de Tours, Lille et Nantes ont connu un destin mérignacais.

Des petites Arcachonnaises (on parle ici du style architectural des maisons, pas d’un groupe de minettes venues nous présenter leur Bassin) nous accueillent. Parmi elles, quelques maisons de style plus pavillonnaire et contemporain, et en face : une barre d’immeubles de quatre étages plutôt cossue sans être chic pour autant. La rue de Tours, paradis de la classe moyenne sans histoires.

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Notre rencontre avec Mme L. ne fera que confirmer cette impression. Interrompue par vos serviteurs dans son bichonnage de cactées, elle avoue n’avoir pas grand chose à nous dire. Ici c’est calme, on y est bien. Rien de spécial à signaler. Mme L., sourire timide à notre encontre, « ne voisine pas trop », et ne semble même pas perturbée à l’idée de vivre à quelques hectomètres à peine d’une limite communale. Mme L. cultive son jardin, mais reconnaît que la proximité du tramway est bien pratique pour se rendre rapidement au centre de Bordeaux, « qui est devenue une belle ville ».

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Nous décidons alors de pousser l’investigation un peu plus loin, et pénétrons dans la Résidence Parc Borie, ne nous sentant nullement concernés par l’interdiction qui en est faite aux colporteurs. Monsieur Fernandes se tient assis, en tenue de jardinage, dans le petit parc de l’immeuble. En pause cigarette, il nous accueille gentiment et nous raconte la vie de l’immeuble qu’il entretient à temps plein et avec amour depuis plus de vingt ans.

Auparavant, se tenait ici un château, le château Borie. Détruit en 1961, le château qui comportait une chapelle, et même un étang approvisionné par le Peugue tout proche, a laissé place en 1966 à cette robuste construction répondant aux besoins de la croissance démographique du secteur.

Ancien mur du château Borie

Ancien mur du château Borie

De cette époque, que Monsieur Fernandes n’a pas connu mais que les anciens lui ont compté, il ne reste plus qu’un mur en pierre blonde, et deux platanes de 250 ans chacun dont les Klaus et autres Xinthia auront du mal à venir à bout, parole de concierge.

Monsieur Fernandes

Monsieur Fernandes

Nous laissons les habitants de la rue de Tours dormir comme des Loire, et filons au bar le plus proche boire la traditionnelle bière post-rue. Pour rendre hommage à ce bel été indien, le hasard aura mis sur notre route un bar-resto et même hôtel québécois ! Pour saluer notre projet de découverte de Bordeaux, tout Bordeaux, le « P’tit Québec Café » se situe au niveau du panneau d’entrée communal. Quelques mètres de plus et notre bière au sirop d’érable aurait été mérignacaise.

Tout ce qu'aime l'équipe de Bordeaux 2066 résumé en un cliché.

Tout ce qu’aime l’équipe de Bordeaux 2066 résumé en un cliché.

Si vous êtes un puriste de la gastronomie périgourdine ou landaise, on ne vous conseillera pas cette adresse. Ici c’est le Québec sans faux semblant, ou alors le patron imite très bien l’accent et lâche des « Tabernacle » tonitruants à en faire pâlir de jalousie Laurent Gerra. Mais si vous appréciez la poutine, les burgers, les pintes de bière à prix doux, et la compagnie d’armées de jeunes infirmières en devenir (« toutes plus jolies les unes que les autres », selon notre voisin de comptoir), cet endroit est pour vous.

C’est plein d’élan(s) que nous trinquons à la santé du Québec et du coiffeur du Tondu qui nous fait face. Adishats, tabernacle !

BONUS :

Mais qu'a voulu dire ce taggeur de la rue de Tours ? Merci d'avance aux Arabophones.

Mais qu’a voulu dire ce taggeur de la rue de Tours ? Merci d’avance aux Arabophones.

BONUS 2 : si vous aimez le quartier d’Arlac et souhaitez en savoir plus, voici une vraie mine d’or.

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