Rue Charles Péguy

Et voilà ça recommence, Excel toujours aussi blagueur essaye de jouer avec nos nerfs. Point de rue Sainte Catherine, de cours Victor Hugo ou de quai des Chartrons à l’horizon. Ni même de nouveau quartier, et encore moins, oh non, de franchissement de la Garonne. Non, le logiciel nous envoie rue Charles Péguy, courte ruelle du quartier Nansouty, à deux pas de la rue Maxime Lalanne et du Pont de Caudérès qui sépare Bordeaux de Talence.

Mais si ce blog nous a appris une chose, c’est bien que la moindre rue, aussi banale soit-elle, peut cacher de beaux secrets, de belles histoires.

En ce début de soirée rue Charles Péguy, il n’y a à première vue rien à signaler. La rue semble d’ailleurs être plutôt une impasse et elle se compose uniquement d’échoppes, hormis l’angle avec la rue Bertrand de Goth qui est un immeuble présumé des années 1970, et pour lequel un long brainstorming a dû être nécessaire pour le baptiser, puisqu’il se nomme « Charles Péguy ». Il faut dire qu’à l’époque, tous les immeubles ne s’appelaient pas encore « Jardins de truc » ou « Terrasses de machinchose ».

Nous ne vous retracerons pas ici la vie de Charles Péguy, ce n’est pas l’objet de ce blog et d’autres l’ont fait bien mieux que nous. Et puis surtout, surtout il y a mieux à raconter. Au dessus des échoppes un bâtiment s’impose : l’église Sainte Geneviève.

Sainte Geneviève dominant Peguy

Un grave problème déontologique se pose alors : comment accéder au saint des saints sans enfreindre notre règlement qui nous oblige à visiter une rue, et une seule, pour chaque billet. Heureusement, une intervention divine nous fait alors découvrir que si cette voie s’appelle rue et non impasse c’est parce que tout au bout, cachée derrière la végétation, une petite sente passe entre les maisons pour déboucher… sur l’arrière de l’église. Nous pouvons poursuivre l’exploration.

Les voies du seigneur sont impénétrables

Les voies du Seigneur sont impénétrables.

C’est par une porte dérobée de l’arrière de l’église que nous rentrons (l’entrée principale étant située rue Bertrand de Goth), et tombons nez à nez sur Jean-Claude, le diacre de la paroisse. Si le blog avait par le passé eu des relations contrariées avec les représentants du culte catholique, tout est maintenant oublié, grâce à l’accueil bienveillant de Jean-Claude. L’homme est un passionné, et prend de longues minutes pour nous expliquer différents détails architecturaux de l’édifice, nous montre différentes peintures, en explique les symboles… Pas besoin d’être une grenouille de bénitier pour apprécier cette visite improvisée.

Le site internet de la paroisse vous expliquera tout, mais nous pouvons résumer ainsi : bâtie en 1909 pour répondre à l’extension de la ville et du faubourg de Nansouty, l’église a connu de multiples transformations grâce à la générosité de ses paroissiens. D’abord chapelle, elle devint église, fut définitivement achevée en 1966, et fut embellie pour son centenaire d’une mosaïque sur sa façade extérieure. Une mosaïque … non ? Messie messie, car Sainte-Geneviève est aussi la seule église d’architecture byzantine de Bordeaux.

Jean-Claude aime son église, mais aussi son quartier, qu’il appelle le « village Nansouty » et où il réside depuis 1973. Originaire de Villandraut, en Sud Gironde, Jean-Claude retrouve ici, au cœur de la cinquième ville de France, une ambiance villageoise et une convivialité qu’il apprécie.

La fameuse mosaïque

La fameuse mosaïque

Bordeaux 2066 touché par la grâce

Bordeaux 2066 touché par la grâce

Jean-Claude

Jean-Claude, diacre à Sainte-Geneviève.

Boostés par l’énergie de Jean-Claude, nous repassons une dernière fois dans la rue. Un nouvel habitant en plein emménagement nous conseille de sonner chez son voisin d’en face… Toc toc, la porte s’ouvre et c’est Laurent, dont la famille habite ici depuis toujours, qui nous accueille. Certains pourraient trouver saugrenu de voir deux inconnus toquer à la porte un soir pour « parler de la rue ». Mais pas Laurent, qui « adore tchatcher » et d’ailleurs ne s’en prive pas, même si là il est en train de préparer le dîner. Comme Jean-Claude, il nous vante la tranquillité du quartier (en tant qu’insomniaque, Laurent en est d’ailleurs le vigile officieux), la solidarité de ses habitants… Il nous parle de l’église Sainte-Geneviève, pour laquelle tous les habitants du côté pair de la rue Charles Péguy ont cédé un bout de terrain afin de faciliter sa reconstruction après la guerre.

Eglise et jardins

Eglise et jardins

Il évoque la population du quartier qui change, lui qui est un des derniers… Le dîner va être trop cuit, mais on est invité à repasser quand on veut pour boire un verre et causer de la rue. Un beau témoignage, foisonnant, parfois trop à tel point qu’on ne sait qu’en retenir. A ses anecdotes locales il mêle de grandes tirades sur le sens de la vie et nous salue gaiement en nous disant : « On n’a qu’une vie les gars, n’oubliez pas et profitez-en ».

Laurent

Laurent

Une seule vie oui, mais encore 2058 rues à découvrir, et au moins autant d’histoires et d’anecdotes. C’est tout cela qu’on se dit en buvant un demi de San Miguel à 2,30€ Chez Luis, place Nansouty, au cœur du village sans prétention. Décidément, Nansouty, c’est Byzance !

Avenue du Jeu de Paume

Pour notre rentrée, Excel a choisi de nous emmener une seconde fois à Caudéran. Si vous vous souvenez bien de nos aventures rue Genesta , nous y avions conclu que le « Neuilly bordelais » était au final plutôt varié dans sa typologie d’habitations et dans sa sociologie.

Le logiciel n’a-t-il pas aimé cette conclusion ? Toujours est-il qu’il nous envoie Avenue du Jeu de Paume, dans un quartier qui constitue un fief incontesté de la bourgeoisie bordelaise.

Ce nom en hommage à l’ancêtre du tennis se justifie par la proximité immédiate de la Villa Primrose, lieu qui abrite le tournoi de tennis professionnel de Bordeaux remporté cette année par Gaël Monfils. Au-delà de l’aspect sportif du lieu, la Villa Primrose c’est aussi un marqueur sociologique fort de la bourgeoisie locale, et ce depuis plus d’un siècle.

Bordeaux 2066, prochain mécène

Bordeaux 2066, prochain mécène

Cela s’explique par l’histoire du lieu et cela se vérifie aussi sur place avec un rapide coup d’œil sur le parc automobile garé devant la villa (ne nous remerciez pas pour cette analyse sociologique très fouillée : c’est cadeau !).
Nous n’en saurons guère plus sur la Villa Primrose, les lieux étant inaccessibles aux non-membres que nous sommes, nous avons essuyé un revers.

Pour montrer qu’ici c’est une rue de gens sérieux, l’angle avec le Boulevard du Président Wilson, par lequel nous attaquons notre promenade, annonce la couleur : le commerçant du coin, c’est le notaire ! Les notaires constituent d’ailleurs la seule référence Google de l’Avenue du Jeu de Paume, aussi nous nous sommes fendus d’un email pour les rencontrer, sans succès hélas (Maître Bentejac et associés, si vous nous lisez, n’hésitez pas à vous manifester !).

Les maisons bourgeoises plus ou moins cossues se succèdent. L’endroit est peuplé de gens aisés, c’est certain, mais on n’est pas non plus dans l’ostentatoire à outrance, ça n’est pas le genre.

C’est alors que l’on croise Denis, sympathique quadra(quinqua ?)génaire qui sort sa poubelle et nous fait un brin de causette quelques minutes. Propriétaire ici depuis plus de 20 ans, il ne voit pas pourquoi il déménagerait, et on peut le comprendre.
Parfaite l’Avenue du Jeu de Paume ? Peut-être, si l’on n’est pas trop exigeant sur la qualité des trottoirs. L’état déplorable de ces derniers, en décalage avec la qualité du bâti, nous a en effet interpellé.

Caudéran, ses trottoirs, s nature

Caudéran, ses trottoirs, sa verdure

Adventices caudéranaises

Adventices caudéranaises

Après le cours de tennis, voici un cours de science politique. La polémique va en effet bon train de l’autre côté du Boulevard Wilson. Le blog du comité de quartier ose même : « Certaines de nos rues feraient plus penser à certaines pistes cabossées du Niger qu’à celles d’un prétendu Neuilly bordelais ». La municipalité délaisserait-elle les Caudéranais, dont le vote serait plus ou moins acquis ? Les Caudéranais doivent-ils s’improviser Bolchéviques afin d’avoir de beaux trottoirs ? Les mauvaises herbes les pousseront-ils à défier les lois de la sociologie électorale ? Pour l’instant, Avenue du Jeu de Paume, on se renvoie la balle.

En attendant, et nous en sommes témoins, Denis, lui, entretient avec amour son bout de trottoir, et non ça n’est pas lui qui est à l’origine des pétitions !

Les adventices sont-elles les seules à briser la paix notariale de la rue ?
Non. Partout elle est là, on la sent, elle nous écrase. Ses 112 mètres bruissent de formulaires, de déclarations, de crépitements de fax… oui oui de fax. Elle, c’est la Cité Administrative, et elle possède une issue Avenue du Jeu de Paume.

Adventice administrative

Adventice administrative

Si son architecture prête à discussion, la qualité de son accueil semble en revanche faire l’unanimité. On saluera néanmoins l’ingéniosité d’y avoir installé le centre des impôts pour tout Bordeaux, favorisant ainsi les circuits courts. Pour payer son ISF lorsque l’on habite Avenue du Jeu de Paume, il suffit de traverser la rue et ainsi d’économiser un timbre, la vie est parfois bien faite !

Le soleil baisse, Denis a sorti sa poubelle, ces dames rentrent leur Mini au garage : il est grand temps pour nous de se désaltérer. La brasserie Girond’in sur le Boulevard Wilson étant délocalisée sur le littoral pendant la période estivale, nous nous rabattons sur le Leader Price de la Barrière Judaïque.

C’est sur le parking de la Cité Administrative, à l’ombre des arbres de l’Avenue du Jeu de Paume et entre des pierres tombales factices que nous buvons cette Pils allemande. Qui a dit que Caudéran avait perdu de sa superbe ?

Jeu, set et match

Jeu, set et match.

Rue du Maréchal Joffre

Canicule sur le Sud Ouest ? Peu nous chaud (attention, jeu de mots inside), rien ne nous empêchera de mener à bien notre mission ! C’est plein d’entrain que nous mettons une nouvelle fois notre destin entre les mains d’Excel, et le logiciel choisit de nous envoyer cette fois ci vers une rue chargée d’Histoire(s), la rue du Marechal Joffre.

Commençons peut-être ici par le plus ancien. La rue n’a pas attendu les héros de la Grande Guerre pour exister. On retrouve des traces de cette voirie dès 1375, alors appelée rue du Puis-Viel-du-Far (c’est à dire rue Puits-vieux-du-Hâ) ou encore rue du Puy Crabey (Puy-Crabe) dit aussi puits des Minimes ou puis des Apôtres. Sur l’origine du puits en lui même nous n’avons rien trouvé mais par contre signalons qu’en 1634 une femme maltraitée par son mari s’y jeta de désespoir … c’est peut-être pour mieux détourner le regard de ce triste fait divers que la rue fut encore renommée à maintes reprises mais sans plus aucune mention du puits : rue des Minimes au XVIIè siècle, puis rue Guillaume Tell (en 1793, surement pour son apport décisif à la Révolution française) et enfin rue du Palais de justice jusqu’en 1918.

Car c’est là une autre spécificité de la rue : elle accueille sur toute sa façade impaire le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux et l’Ecole Nationale de la Magistrature. Ecole qui s’est installée dans les restes du fort du Hâ, autre lieu symbolique de l’histoire bordelaise. Comme nos lecteurs connaissent surement déjà le destin de ce fort depuis sa construction à la fin de la guerre de cent ans jusqu’à sa transformation en prison nous ne referons pas ici l’historique du lieu.

Fort du Hâ et pôle judiciaire

Fort du Hâ et pôle judiciaire

Ces préliminaires historiques étant faits, que trouve-t-on rue du Maréchal Joffre ? Même si la torpeur du mois d’août nous a empêché de voir le Palais de Justice grouillant d’activités, force est de constater que ce sont les plaques d’avocats qui ponctuent et décorent la rue, et que divorces, litiges commerciaux ou crimes et délits en tous genres bruissent derrière les façades blondes.

Nos discussions avec les commerçants locaux nous confirment bien qu’il s’agit de la première et la plus importante des clientèles sur place. A part les activités juridiques, l’autre élément structurant de la rue sont les restaurants avec pas moins de cinq adresses en quelques mètres, surement pour sustenter les magistrats, avocats et greffiers entre deux audiences (et puis pourquoi pas les prévenus qui ne sont pas conduits bon gré mal gré à Gradignan en panier à salades). Notre date de passage n’était malheureusement pas propice à un inventaire détaillé mais signalons toutefois la présence d’un des trois « Bistrot Régent » bordelais.

Le concept du restaurant est simple : reprenant le nom du mythique et « grand » Régent de la Place Gambetta (RIP), les « Bistrot Régent » proposent un menu unique avec trois plats possibles, une sauce qui imite celle, fameuse, de L’Entrecôte, des frites et de la salade à volonté, un prix plus que correct et une ouverture 365 jours sur 365. Tout cela en lieu et place d’une mythique brasserie bordelaise, la Concorde, dont le décorum a été préservé et avec un patron charismatique : Marc Vanhove, entrepreneur avisé et ancien candidat aux élections municipales bordelaises de 2008, recueillant 1,48% des suffrages exprimés (soit tout de même 1201 voix). Nous avons d’ailleurs pu constater que Marc Vanhove est un patron impliqué, puisqu’il a débarqué pendant notre visite pour superviser le service, constitué de zéro couvert à ce moment là de la soirée.

Le cuistot du Bistrot Régent, anciennement la concorde

Le cuistot du Bistrot Régent, anciennement la concorde

A part cela signalons également l’arrivée toute récente d’un jeune pharmacien à qui nous souhaitons bonne chance pour soigner les hémorroïdes du Siège et autres gueules de bois du Parquet, et la présence d’une librairie catholique qui ne nous réserva pas un accueil très charitable mais vu que le secteur est en crise on les pardonne pour ce coup de froid.

Fraîcheur toujours, la rue dispose aussi du seul et unique restaurant franco-danois de la ville, voire de la région. L’accueil y est très chaleureux et la nourriture vraiment excellente ! Amateurs de hareng, de saumon et de pain maison n’hésitez pas.

God morgen !  Hvordan har du det ?

God morgen ! Hvordan har du det ?

La rue se prolonge paisiblement entre restaurants et belles façades, jusqu’à terminer sa route sur la place Pey Berland, entre l’hôtel de Ville et la cathédrale. C’est justement à cet angle, au Bistro du Musée, que nous terminons notre visite autour d’une bière et de petites olives, sous les flèches de la cathédrale. Le demi de (832 X 2) est à 3,70€, prix qui serait considéré comme prohibitif si nous n’étions pas sur un véritable site « carte postale » de Bordeaux. Pas de bruit, pas d’agitation près de la Mairie ou de la fac de droit, tout est calme, très calme, trop calme dans ce qui est habituellement un centre névralgique. Il faut se rendre à l’évidence : nous devons imiter ce groupe de touristes nordiques qui passe devant nous, et aller parcourir le vaste monde. Promis on revient en forme à la fin du mois et puis ne vous inquiétez pas, les rues d’ailleurs ne vaudront pas celles d’ici ! Adishatz les amis et bon été à tous.

La rue du Maréchal Joffre une belle vue sur la cathédrale

La rue du Maréchal Joffre une belle vue sur la cathédrale

Rue Porte de la Monnaie

Ca y est… non pas la rive droite, pas encore, Excel n’est pas d’humeur. Par contre une rue connue, oui. Hasard du tirage au sort, c’est vers la rue Porte de la Monnaie que nous nous dirigeons en ce soir de juillet, faisant fi de l’orage qui menace.

Une rue qui, nous pouvons le dire sans même le vérifier, figure dans tous les guides de Bordeaux. La rue Porte de la Monnaie c’est en effet l’empire de Jean-Pierre Xiradakis. Pour nos lecteurs non-Bordelais « Xira », comme on le surnomme, est un croisement entre Maïté et Jean-Luc Petitrenaud. Parti de rien, le chef a installé sa gouaille et son premier restaurant en 1968 dans ce quartier à l’époque désœuvré, voire franchement cradingue… Avec le succès ce sont maintenant 6 adresses estampillées « Xira » qui ponctuent cette petite rue et offrent plusieurs menus à tous les prix, une épicerie, des chambres d’hôtes… La plus ancienne reste la plus connue et la plus chic : La Tupina, une table qui a accueilli trois Présidents de la République et qui fut citée parmi les meilleurs restaurants du monde par le Herald Tribune et le Times.

Xira, c’est donc une success story à l’américaine, version lamproie à la bordelaise. On aime ou on n’aime pas (d’aucuns l’accusent de « phagocytage » et de pratiquer des prix bien trop élevés), mais peu de monde est indifférent.

La maison mère de la rue gourmande

La maison mère de la rue gourmande

L’équipe de Bordeaux 2066 a d’ailleurs cherché à interviewer Xira, mais malheureusement il était déjà parti en vacances… pas de chance. Un des serveurs prend quand même le temps de nous livrer quelques anecdotes : on retiendra notamment que de nos Présidents ce fut un certain Nicolas S. qui eut le moins bon coup de fourchette… la faute paraît-il à une conquête amoureuse italienne qui avait décidé de le mettre au régime.

Pas de chance Jean-Pierre n'était ni là ni en face

Pas de chance Jean-Pierre n’était ni là ni en face

Jean-Pierre Xiradakis n’habite pas la rue, mais il contribue néanmoins grandement à son animation : outre les taxis qui déversent la clientèle la plus fortunée directement sur sa terrasse, notre homme fort du pâté de tête et du pâté de maisons fait venir régulièrement des bandas, organise des dégustations de produits locaux, ou encore le seul et l’unique « tue cochon » urbain de toute la France.

L’occasion selon P., une habitante de la rue, de « côtoyer la crème du cours de l’Intendance qui vient s’encanailler à St Michel, le regard haut et un ballon de rouge à la main ».   La rue Porte de la Monnaie, enclave à fric en plein quartier encore populaire, est un peu un OVNI sociologique.

Le menu "ouvrier"

Le menu « ouvrier »

On est ici dans le Bordeaux de carte postale, propret et aux belles façades blondes, alors que les rues adjacentes bourgeonnent encore souvent d’immeubles noircis et parfois plus ou moins abandonnés.

Effet Xira surement, mais effet Tourny également. La rue a été élargie en 1752 par l’intendant, qui voulait aérer ce quartier besogneux et tortueux, pour lui « offrir » un meilleur accès au port. Comme pour la différencier des autres et signaler son importance, une porte (la Porte de la Monnaie pour ceux qui ne suivraient pas) fait la transition vers le quai.

Outre les touristes et les fins gourmets, circulent également dans la rue les fêtards de retour des boîtes de nuit du Quai de Paludate, qui offrent à l’aube aux habitants du secteur « drames amoureux et free fight sur fond de vomi », comme le dit joliment P.

En remerciement de ce précieux témoignage, et comme on sait que les lecteurs de Bordeaux 2066 sont féconds, nous vous invitons à découvrir l’univers de Lapinovitch, création originale de P. et donc de la rue Porte de la Monnaie.

C’est autour d’une bière au Bar-Cave de la Monnaie (3,30€ le demi, comme quoi on peut y manger pour pas cher, mais pour boire ça n’est pas tout à fait ça) que nous terminons notre visite.

La lecture de notre bible historique nous apprend que la rue fut il y a quelques siècles libertine, accueillant les filles de joie sous l’occupation anglaise. Plus grand-chose une fois la perfide albion boutée hors de Gascogne, jusqu’à ce que notre cher intendant Tourny vienne mettre son grain de sel, puis que Xira vienne mettre son grain de poivre, et fassent de cette belle rue ce qu’elle est aujourd’hui.

Luxure, gourmandise, peut-être un chouïa d’orgueil… c’est tout cela la grande rue de la Monnoye.

Rue Pierre Trébod

Décidemment, Excel n’aime pas la facilité et nous emmène encore une fois dans les recoins de la commune de Bordeaux.  Mais Excel n’aime pas la monotonie, et nous a gratifié d’un tirage nous offrant un type de quartier encore inédit pour ce blog : les grands ensembles.

Bon, vous n’êtes pas tombés de la dernière pluie, et vous savez ce qu’est un « grand ensemble » : un quartier construit après la Seconde Guerre Mondiale (celle qui aura coûté la vie à Pierre Trébod, résistant bordelais) pour accueillir plus ou moins urgemment des populations d’ici et d’ailleurs, pour un résultat plus ou moins heureux.

Le grand ensemble vers lequel on se dirige sous une chaleur écrasante, c’est le quartier du Grand Parc, entre les Chartrons et les boulevards qui séparent Bordeaux du Bouscat.

On trouve que nos « collègues » de Bordeaux 2030 résument l’histoire du quartier de façon synthétique et claire, aussi on vous invite à aller la consulter ici.

On ne va pas vous mentir, Vinjo et Pim sont des enfants des lotissements, et pas des cités. Aussi, sur le chemin, les images qu’ils ont en tête oscillent entre ça et ça.

Pour découvrir le quartier du Grand Parc, la rue Pierre Trébod est idéale : elle est longue, biscornue et traverse le quartier de part en part, tout en étant jalonnée d’un certain nombre d’équipements publics.

En y entamant notre promenade, on se dit que si la forme urbaine évoque des images d’interventions musclées de la BAC dans une mauvaise émission câblée  (coucou Carole Rousseau !), on y respire plutôt l’insouciance d’une soirée estivale, avec des enfants qui font du sport, des anciens qui devisent à l’ombre (il semblerait que le quartier ait d’ailleurs besoin de plus en plus d’ombre pour le nombre grandissant de seniors) et des mères de famille qui rentrent du supermarché voisin.

On ne va pas mentir et dire que c’est un petit paradis sur Terre, mais on est loin de la Banlieue 13 de Luc Besson (oui oui, Bordeaux 2066 est très cinéphile).

Rue Pierre Trébod, on peut y apprendre, y lire, s’y divertir, y faire du sport, et bien entendu y vivre.

Ici on élève le débat

Ici on élève le débat

On peut aussi semble-t-il y contribuer à l’amitié franco-yéménite au numéro 90, qui est la Tour Ravel, la plus haute de la rue.  On a bien essayé de sonner à l’appartement 904, mais l’occupant était surement en train de profiter des espaces verts du quartier, ou alors il était sur une plage du Golfe d’Aden, qui sait…

Ca n’est pas tout, mais il commence à faire soif. Hélas, pas de débit de boisson dans la rue Pierre Trébod, il nous faut sortir du quartier pour quelques mètres à peine, comme pour mieux admirer l’immensité des tours.

Si le Grand Parc rappelle que Bordeaux est une terre d’immigration, le bar-tabac « Le Tivoli » le confirme : la rousseur, l’accent et la jovialité sauce chicon du patron nous emmène tout droit vers le pays des Ch’tis. L’avantage du Tivoli,  outre sa terrase avec vue sur la rue Pierre Trébod, c’est que le patron et sa femme ont dans les yeux le soleil que nous avons aussi dehors. Et comme jovialité ne veut pas dire grossièreté, un système d’amendes a été instauré pour ceux qui ont le verbe trop haut. A chaque cochonnerie, c’est une pièce dans le petit cochon-tirelire. Pour certains clients qui trouveraient cela haram, une petite vache se trouve également à leur disposition. La cochonnerie se transforme alors en vacherie !

Les habitués confirment volontiers nos impressions  sur un quartier « sympa », « calme », et « sans problème ».  Tellement calme qu’à 20h on tire le rideau. Le temps de mettre 20 centimes dans le cochon et de sympathiser entre drapeaux, nous voilà ressortis sous le cagnard bordelais, en route vers la prochaine rue ! Adishatz

Au ch'tivoli

Au ch’tivoli

Petit carnet pratique:
– pour y aller : prendre la ligne 46 arrêt Trébod

Rue Genesta

Excel, petit farceur ! Tu nous fais vraiment visiter les recoins de Bordeaux. Mais c’est pour ça qu’on t’aime ! Après les zones de fret de Bordeaux Nord, après les lisières talençaises, tu as décidé de nous emmener aux confins de Mérignac, Caudéran et Bordeaux. Mérignac et Bordeaux quoi, puisque chacun sait que Caudéran, alias le « Neuilly bordelais », a été définitivement annexé à la commune de Bordeaux en 1965 par Jacques Chaban-Delmas (encore lui). Non non, vous vous méprenez, ça n’est pas du tout pour que Bordeaux reste à droite pour les cinq siècles suivants, rien à voir.

Direction donc la rue Genesta, attention celle de Bordeaux hein, pas celle de Saint-Louis dans le Missouri.

Genesta Street - St Louis, Missouri

Genesta Street – St Louis, Missouri

Pour vous y rendre, deux solutions :

-vous venez à Bordeaux en avion et vous prenez la Liane 1 du réseau TBC qui relie l’aéroport au centre ville. L’arrêt « Verte » est situé pile à l’angle de la rue Genesta, qui est ainsi une des rues les plus facilement accessibles de Bordeaux pour tout quidam arrivant de Los Angeles, Phnom-Penh, Bandar Seri Begawan etc.…

-vous êtes un local (notre public est très international, mais sait-on jamais), auquel cas vous allez du côté de la Barrière d’Arès, et puis après vous vous débrouillez parce que bon, vous êtes du coin après tout.

Une fois sur place, qu’y verrez-vous ?

Même si ce n’est que le début de Caudéran, on se sent déjà dans la « ville intermédiaire » : ni tout à fait la périphérie, ni tout à fait le centre. La rue mélange ainsi, de façon plus ou moins heureuse, de jolies maisons bourgeoises avec une piscine et un grand jardin, des maisons mitoyennes en pierre plus ordinaires, et des immeubles de style années 50 tout en robustesse et en fonctionnalité. Au milieu, une mini-zone d’activités au style architectural douteux, mais qui amène de la vie au secteur.

Pépinière d'entreprise et salle de sport

Pépinière d’entreprise et salle de sport

Vous y verrez beaucoup de circulation, et cela vous surprendra même, pour une si petite rue dans un quartier si calme. Vous comprendrez alors qu’il s’agit d’un raccourci permettant d’éviter les boulevards et d’aller directement vers Saint-Augustin et Arlac. De quoi être déconcerté lorsque la CUB lance des travaux d’envergure.

Vous y verrez des gens entretenir leur corps dans un cours de fitness, un fringant quadragénaire pressé s’engouffrant dans son véhicule, et une jolie blonde détacher l’antivol de son vélo. Vous essaierez même de profiter de sa présence pour aller lui parler, mais elle ne pourra rien pour vous car elle « squatte chez des potes » et n’est pas résidente de la rue Genesta.

Comme si un génie bienfaisant avait anticipé notre visite, le bar brasserie « Le Tranquille » se situe sur l’Avenue d’Arès, mais quasiment rue Genesta, puisque le mur de son jardin d’été donne même dessus.

Et comme pour rappeler que l’Avenue d’Arès mène à Arès, ce fameux mur « Genesta » est recouvert d’une fresque qui vous emmène sur le bassin.

Ares Beach

Ares Beach

L’accueil au bistrot brasserie est sympathique. On peut y manger un plat du jour à 8,50€, ou bien si l’on souhaite imiter l’équipe de Bordeaux 2066 y boire simplement un demi de Kronenbourg à 2,80€.
L’occasion de taper la causette avec le patron, solide gaillard caudéranais dont on n’a pas pris la peine de relever le prénom, ou avec Dominique, qui vit dans le quartier et gère une librairie d’occasion à Bacalan. Promis on lui rendra visite le jour où l’on tire la rue Delbos. En attendant, avis aux amateurs, Dominique aurait chez lui deux livres extraordinaires sur Bordeaux… c’est en tout cas ce qu’il nous a dit entre deux verres.

On ressort du bistrot un peu perdu… où sommes nous quand on est rue Genesta ?

Un peu à Caudéran mais pas vraiment, ni tout à fait à Saint-Augustin, déjà plus à Mérignac. C’est encore une fois vers une frontière qu’excel nous a emmené. Et la prochaine ? En toute logique géographique le sort devrait nous porter vers la rive droite pour terminer l’exploration des limites… A suivre !

Rue Maxime Lalanne

Gonflés à bloc par les centaines de courriers reçus (ou milliers, on ne peut plus compter), nous reprenons le risque de mettre notre sort entre l’aléa d’Excel. Taquin, le logiciel nous emmène une fois de plus aux lisières bordelaises, mais cette fois ci direction plein Sud : à quelques encablures de Talence nous voilà partis visiter la Rue Maxime Lalanne, qui avec la rue Jean Lalanne fait partie du cercle très fermé des rues en « Lalanne » de notre ville (Françis, patience, ton heure viendra).

00ruemaximelalanne

A peine arrivés, nous comprenons tout de suite ce qui nous attend. La rue bordelaise par excellence, discrète, courte, flanquée d’échoppes des deux côtés. A priori rien de bien particulier à signaler.

Mais en y regardant de plus près on s’aperçoit quand même que derrière cette longue rue uniforme, ce beau décor de théâtre, chaque échoppe à sa particularité : une rénovée, l’autre pas. Par hasard, l’heure de notre visite est aussi l’heure de retour du bureau. Et sans vouloir baser notre propos sur une sociologie de comptoir approximative (même si nous n’avons rien contre les comptoirs), force est de constater que la rue semble divisée entre des propriétaires présents depuis plusieurs années, pas forcément des grands pontes du négoce ou du Barreau, et des nouveaux arrivants aux belles voitures qui se garent le long des maisonnettes rénovées. C’est l’échoppe : habitat populaire d’hier, produit immobilier ultra recherché d’aujourd’hui ! Entre hier et aujourd’hui ce sont aussi les petits commerces de quartier qui mettent souvent la clé sous la porte comme nous le rappelle un peu tristement l’angle de la rue.

A moins que la rue Maxime Lalanne ne soit pas symptomatique d’une rupture temporelle mais plutôt d’une rupture territoriale, puisqu’on se situe ici à peu près à mi-chemin entre St-Genès, quartier plutôt chic, et Nansouty, quartier plutôt populaire. Bref, notre demi est terminé, on quitte le comptoir sociologique et on revient à notre rue.

Heureusement, la rapide enquête préliminaire de Vinjo nous a permis de repérer un lieu qui sort la rue Maxime Lalanne de l’anonymat résidentiel : plantée en plein milieu de la voie, dominant la rue de ses étages, une belle maison au décor néogothique abrite « l’auberge du chat kipu ».

De quoi s’agit-il exactement? A vrai dire on n’a pas très bien compris… un lieu de fête, un lieu coopératif, une espèce d’auberge espagnole ? Pour essayer de tirer cela au clair on toque à la porte. C’est A. qui nous ouvre, avouant par la suite nous avoir pris pour des Témoins de Jéhovah (cela nous a beaucoup touché). Au final, l’auberge du chat kipu se révèle être une coloc de jeunes comme tant d’autres, avec des musiciens, des informaticiens, des fêtes, une cave, un jardin, des anciens colocs, des nouveaux… Si elle n’avait pas été renseignée sur Google Maps, nous n’aurions même pas soupçonné son existence.

A. n’est donc pas la tenancière d’un lieu visant à concurrencer les quais de Paludate, et nous comprenons que nous ne tenons pas ici notre débit de boissons de la rue Maxime Lalanne (on vous rappelle que quitte à se promener dans le Bordeaux profond, on aime bien boire une bière post-découvertes). En revanche, A. fait partie de Los Teoporos, joyeuse banda de la fac de médecine de Bordeaux 2 qui prône la convivialité dans nos quartiers. PS : ne faites pas comme nous, ne mettez pas plusieurs jours avant de vous apercevoir qu’il s’agit d’un jeu de mots. Los Teoporos / Médecine… ça y est c’est bon ?

Los Teoporos en répétition, merci à A. pour l'invitation!

Los Teoporos en répétition, merci à A. pour l’invitation!

Mais après cette sympathique rencontre, force est de constater qu’aucun débit de boisson ne s’est installé rue Maxime Lalanne. Fidèles à notre règlement nous prenons la rue adjacente avec une motivation au diapason des instructions données par la boite aux lettres .

Et là toujours rien… mais cher lecteur rassure-toi, Vinjo et Pim ont plus d’un tour dans leur sac.
Car ce que nous n’avons pas encore dit c’est que Francois Antoine Maxime Lalanne est un célèbre dessinateur et peintre bordelais. Il fut réputé, au XIXè siècle comme l’un des maitres de la gravure à l’eau forte… kézako ? Si on a bien tout compris, il s’agit pour l’artiste de dessiner un motif sur une plaque de métal vernie qui est ensuite plongée dans un bain d’acide permettant de couvrir et découvrir certaines zones et ensuite de pouvoir mettre la plaque sous presse. Un tampon amélioré en quelque sorte. Mais en joli quand même.

Rade de Bordeaux par Maxime Lalanne

Rade de Bordeaux par Maxime Lalanne

Bref, ces belles gravures et ces beaux dessins ont valu au Sieur Lalanne d’être honoré d’une statue au Jardin Public. Nous voilà donc repartis sur nos montures V3, en prenant bien soin d’acheter une petite mousse à ouvrir devant notre idole du jour. Plein de mauvais esprit nous cherchons la statue dans le parc, en nous concentrant sur les coins et recoins. Que nenni ! Francois Antoine Maxime et sa moustache ont droit aux honneurs et trônent majestueusement en plein cœur du parc, immanquable pour tout joggeur ou tout élève du Lycée Montesquieu en train de repousser les limites de l’oisiveté. C’est donc à sa santé, et à celle de la banda de nos futurs toubibs, que nous buvons cette bière tiède et remuée sur les pavés bordelais ! Adishatz.

Un beau moment de poésie

Un beau moment de poésie