Rue Monneron

Un soir de juillet 2014, angle rue Pasteur / rue Monneron, Bordeaux-Caudéran : « Putain mais c’est le trottoir le plus large de Bordeaux ici ! ». Certes, les aventuriers de Bordeaux 2066 sont un petit peu grossiers, mais le superlatif n’est pas volé tant la rue Monneron se présente à nous avec un trottoir d’une largeur démesurée par rapport à l’importance de la rue et au nombre de piétons de l’endroit.

 ruemonneron

 Malgré un soupçon de réticence et de scepticisme au début : « Putaaaain (oui encore grossiers) on va encore à Caudéran, et en plus juste à côté de la rue Wilson, ça commence à dailler », une telle curiosité ne manque pas de lancer cette promenade sous les meilleurs auspices : au moins aura-t-on quelque chose à vous raconter, lecteurs.

Et ça n’est pas tout ! Tandis que nous contemplons le trottoir-esplanade de la rue Monneron, nous baignons encore dans l’euphorie de la mauvaise bière que nous venons d’absorber. Volonté de se saouler à pas cher avant d’affronter une nouvelle rue caudéranaise sans intérêt évident ? Point du tout, il s’agit simplement de professionnalisme, notre œil affûté ayant remarqué un petit troquet de quartier qui allait fermer une demi-heure plus tard.

Et quel troquet ! Pas de nom sur la devanture, déco très années 60 (lambris et vieilles affiches), cartes postales de plus ou moins bon goût épinglées au mur, patronne taiseuse et population 100% masculine en train de jouer aux cartes dans l’arrière salle. Comme un arrière-goût de Bar du Chalet, pour ceux qui connaissent, le voisinage bobo-hipster en moins !

CAUDERAN NIGHTMARE ANARCHY 2

CAUDERAN NIGHTMARE ANARCHY 2

C’est complexe Caudéran, se dit-on en train de siroter notre infâme mais économique Koenigsbier (à 2€, il s’agit de la bière la moins chère depuis que nous avons commencé le blog, bravo!), mais n’obtenant pas grand chose de plus que des haussements d’épaules de la part de la patronne questionnée sur la sociologie caudéranaise, nous décidons d’aller sur le terrain sans plus attendre.

Boire de la Koenigsbier... Admirez, lecteurs, notre dévouement.

Boire de la Koenigsbier… Admirez, lecteurs, notre dévouement.

Revenons sur notre trottoir donc. L’explication, c’est Google Street View qui nous la donnera plus tard : il y avait auparavant à l’entrée de la rue Monneron un alignement de maisons étroites et visiblement très insalubres, aujourd’hui rasées, et remplacées par… rien du tout ! Il faut dire qu’on voit assez mal comment on pourrait exploiter cette parcelle longue et étroite en bordure de route : un garage à vélos ? Un mini skate-park ? Une piste de bowling peut-être ?

Avant (Google Street View - Septembre 2010)

Avant (Google Street View – Septembre 2010)

Après (Bordeaux 2066 - Juillet 2014)

Après (Bordeaux 2066 – Juillet 2014)

La suite de la promenade rue Monneron nous donne l’impression de jouer à un abécédaire de l’urbanisme bordelais.

Une arcachonnaise ? Il y en a, on a même discuté avec l’artisan périgourdin en train d’en retaper une (on parle bien de maison hein).

Des constructions modernes ? Oui, une résidence assez standing occupe tout un pâté de maisons, face à des cubes en béton en cours d’achèvement.

Des logements collectifs des années 60 ? des années 80 ? Il y a tout ça, avec notamment une imposante barre de 10 étages à mi-rue.

Des maisons bordelaises en pierre blonde ? Vous trouverez rue Monneron toute la gamme, de la petite échoppe avec jardinet jusqu’à l’immense demeure sur un parc arboré, dont une riveraine nous a soufflé qu’elle appartenait à la famille Bayle, vous savez cette entreprise de meubles dont on aperçoit parfois de vieilles publicités peintes au bord des départementales girondines.

Du patrimoine industriel ? L’arrière de la Glacière de Caudéran (sur laquelle Yves Simone raconte tout ici) donne sur la rue Monneron.

Toutes ces merveilles se trouvent rue Monneron.

Toutes ces merveilles se trouvent rue Monneron.

Tout ceci est bien beau, mais un soir de juillet, nous peinons un peu à rencontrer des habitants. Vu la saison et le quartier, on ne s’attendait pas à tomber sur une étudiante. Et pourtant ! Laurie, bayonnaise, la petite vingtaine, est en classe prépa au lycée Grand Lebrun et s’est installée dans une résidence de la rue Monneron, en face de la grande demeure des Bayle. Bien sûr, de la rue elle n’en connaît pas grand chose puisque ça ne fait qu’un an qu’elle est là, et puis en prépa il s’agit de bosser ! Néanmoins, si tu nous lis chère Laurie, sache que l’immeuble où tu potasses tes cours était autrefois une grande propriété de maître, la Villa Esperenza, comme en témoigne cette photo datée de 1913 figurant dans le bouquin « Mémoire en images de Caudéran », de Pierre Debaig.

 Pas sur que la qualité de l’urbanisme y ait gagné au change, mais au moins tu as un studio !

La Ville Esperanza, aujourd'hui disparue (source : Mémoire de Caudéran)

La Ville Esperanza, aujourd’hui disparue (source : Mémoire de Caudéran)

Laurie

Laurie

 Laissons la pimpante Laurie vaquer à ses occupations et tirons un petit bilan de notre promenade rue Monneron. Après avoir bu une bière parmi les moins chères de Bordeaux dans un troquet hors du temps, nous voilà face à l’imposante demeure d’un grand entrepreneur local. Entre les deux, on a constaté la diversité du bâti et ce manque de cohérence assez typique de Caudéran comme le soulignait cet article de Rue 89 Bordeaux.

« Et finalement Caudéran, c’est vraiment un Neuilly bordelais ? ». Au café sans nom, tant que la partie de cartes ne sera pas terminée, on continuera à hausser les épaules à cette question finalement sans importance.

Place Paul et Jean-Paul Avisseau

Après 35 années consacrées à sa ville de Bordeaux, arrivé en retraite, il déclara avoir eu la vie dont il avait rêvé … Christophe Dugarry ? L’intendant Tourny ? Montaigne ? Aucun de ceux-là, ce satisfecit nous le devons à une autre figure locale : Jean-Paul Avisseau. Qui il faut le dire, a eu une vie plutôt réussie puisqu’une place des Chartrons porte aujourd’hui son nom et qu’il a eu l’honneur d’être visité par les explorateurs de Bordeaux 2066.

PlacePauletJPAvisseau

Précisons toutefois que Jean-Paul partage la place avec son père, Paul, latiniste reconnu et professeur réputé au lycée Montaigne. Mais c’est probablement grâce au fils et à sa carrière au service de la cité bordelaise que le patronyme peut aujourd’hui s’enorgueillir de se confondre avec la voirie bordelaise, dans un nom au rendu assez étrange : « Place Paul et Jean-Paul Avisseau ».

plaque

Diplômé de la faculté des lettres, il partit quelques années à Cherbourg avant de devenir directeur des archives municipales de Bordeaux. Notons également que Madame Avisseau devint à la même époque directrice des archives départementales de Gironde … on ose à peine imaginer la teneur des discussions durant les repas de famille ! Outre les archives, Jipé eut également plusieurs autres responsabilités locales : direction du musée de la marine, de la revue historique de Bordeaux, président de la société archéologique… Bref, une vraie personnalité locale.

Pied de nez aux personnages toutefois, la Ville décida d’attribuer à Avisseau père et fils une place 100% moderne, inaugurée en 2003, mais nichée au cœur d’un quartier emblématique de l’histoire bordelaise.

avisseau1avisseau2avisseau3

La place Paul et Jean-Paul Avisseau est en effet au cœur de la ZAC des Chartrons : opération d’urbanisme de la fin des années 1990 / début des années 2000 visant à renouveler ce quartier historiquement tourné vers le port et dédié au commerce. Avec le transfert des activités industrielles, ce sont des pans entiers de la ville qui se retrouvent encombrés de chais, d’entrepôts et de hangars abandonnés. Comment exploiter ces parcelles en lanières, ces bâtiments aveugles, longs et étroits ? Une zone d’aménagement concertée est créée pour offrir de nouveaux logements, et mettre en valeur le riche patrimoine chartronnais. C’est ainsi que vit le jour la place Paul et Jean-Paul Avisseau, sorte de cœur de quartier moderne reliant les lieux historiques emblématiques du pâté de maisons que sont la rue du Faubourg des arts et les superbes Chais de Luze.

Il faut bien l’avouer, au premier abord on ne décèle aucun charme particulier, si ce n’est celui du calme absolu. La place est bordée d’immeubles Domofrance de couleur jaune, plutôt assez bien réalisés à notre goût, joliment arborée … mais manquant sensiblement de vie. Les rares passants que nous croisons sous la chaleur bordelaise nous expliquent qu’en temps normal l’école toute proche a au moins le mérite de faire résonner les cris des enfants. Mais l’Education Nationale mise à part, restent pour animer la place : des cabinets médicaux, un appart’hôtel ayant fait tristement parler de lui l’an dernier, un atelier et deux restaurants dont l’un semble abandonné.

avisseau4avisseau5

C’est peut-être le calme justement qui a attiré sur place un étiopathe. Etiopathe ? Kézako ? Un psychopathe en provenance d’Ethiopie ? Non, tout simplement un rebouteux mais avec un mot savant, un mot qui fait bien. Wikipédia nous le confirme : l’étiopathe pratique la médecine sans appareils et sans médicaments (c’est pas automatique, ne l’oublions pas). La discipline repose en effet sur un postulat simple : l’identification intuitive de la cause d’un symptôme permet l’auto-traitement. Malheureusement le cabinet étant fermé lors de notre passage, nous ne pourrons pas tester pour vous cette médecine douce.

La quiétude du quartier permet aussi de s’y ressourcer et d’y trouver l’inspiration créatrice. Lyrique Bordeaux 2066 ? Rassurez vous, nous ne parlons pas de nous, mais de Jofo, célèbre artiste bordelais qui a élu résidence sur la place Paul et Jean-Paul Avisseau.
Pour nos lecteurs les moins branchés sur l’art, Jofo c’est le père de ce personnage de Toto que l’on croise un peu partout depuis des années dans Bordeaux et au gré des expositions : fresque de Bergonié, Maison du Vélo du Cours Pasteur, toile « polémique » exposée à Blaye, et en ce moment expo au Saint-James à Bouliac, sur les hauteurs bordelaises. Pour nos amis parisiens, Jofo c’est également le « cylindre à totos » installé aux Halles, œuvre imposante que la Mairie de Paris, décidée à réaménager le quartier, a choisi de démonter pour la rendre en kit à son hauteur : la grande classe !

Chez Jofo

Chez Jofo

Malgré ce coup du sort l’artiste n’a pas perdu le feu sacré. En entrant dans son atelier on admire les toiles et les dessins exposés sur les murs, entassés par terre, sur les tables. Ca bouillonne et ça foisonne d’idées ! Jofo, via son personnage de Toto, nous raconte ses humeurs : nostalgiques de l’enfance, citoyen engagé contre les injustices en tous genres, supporter des Girondins et aussi grand amoureux de sa ville et de sa région dont il peint les œuvres architecturales dans les séries Chapô Bordeaux et Chapi Chato où il se promène dans les plus grands noms du vignoble. Il nous raconte la quiétude de son atelier où il est installé depuis maintenant quelques années, au milieu de cette place mêlant étudiants, enfants, familles et touristes, et nous constatons d’ailleurs qu’en ce samedi après-midi, seule la curiosité des enfants du quartier vis-à-vis des toiles de l’artiste vient troubler la création.

Chapo Bordo !

Chapo Bordo !

Jofo a toujours eu un atelier dans Bordeaux : Saint Pierre avant, Place Paul et Jean-Paul Avisseau aujourd’hui, et surement ailleurs dans quelques années … où ? Cela reste à voir. Espérons en tout cas que nous visiterons un de ces jours une place ou une rue qui nous permettra de recroiser cette figure locale, qui nous a accueilli en toute simplicité et décontraction !

Avec Jofo

Avec Jofo

Parenthèse artistique terminée, c’est en Italie que la place Paul et Jean-Paul Avisseau nous offre un dernier voyage. La « trattoria chic des Chartrons » est fermée ce samedi après-midi mais nous y repassons en début de semaine pour déguster salades et pizza, en sirotant une bière qui, il faut malheureusement le constater, se classe deuxième au palmarès des bières les plus chères du blog : 3,50€ le demi, à croire que la tranquillité se paye.

On ne vous parlera pas du repas, ni bon ni mauvais, et puis surtout il semble de plus en plus dangereux pour un internaute de donner son avis sur une pizzeria.

bière

Allez, on vous a parlé d’une place calme, rythmée par les va-et-vient de l’appart-hôtel, les cris des écoliers et par les aventures de Toto. Mais il faut vous avouer qu’on a un peu contribué à animer le quartier lors de notre visite en débarquant en force : Simon le réalisateur, Gilles l’ingénieur du son, Julien l’assistant de tournage et Sophie la présentatrice nous ont suivi place Paul et Jean-Paul Avisseau pour le tournage d’un épisode d’Echappées Belles consacré à la vallée de la Garonne, que vous retrouverez sur vos écrans en… février 2015 !

Paul et Jean-Paul, deux hommes d’écrit à l’honneur dans le petit écran, Avisseau zamateurs !

Rendez-vous en février 2015 sur France 5 !

Rendez-vous en février 2015 sur France 5 !

Rue Henri Dunant

En ce samedi de juin, Bordeaux manque cruellement d’air. L’atmosphère est moite, la ville sent l’asphalte chaud, ses habitants sentent le monoï et/ou la transpiration.
L’ambiance est néanmoins légère, avec une douce euphorie que l’on peut attribuer au solstice, à moins que ça ne soit le fait des cinq buts que l’Equipe de France a inscrit la veille contre la Suisse.
Pauvres Suisses. Certes ils ne nous aiment guère et organisent régulièrement des référendums pour nous bouter hors de chez eux, mais méritaient-ils un sort si cruel ?
Comme pour redorer l’amitié franco-suisse, c’est un citoyen helvète à qui Excel nous fait rendre visite, en la personne de Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge. Après Henri Mérand, c’est le deuxième Henri à qui Bordeaux 2066 rend visite. Pas d’inquiétude si vous aimez ce prénom, notre base de données vous réserve encore 12 Henri en stock, dont le plus célèbre d’entre eux : Monsieur IV.

RueHenriDunant

C’est rive droite que notre Henri du jour est à l’honneur, ce qui nous donne l’occasion de passer le pont une seconde fois, après avoir arpenté il y a quelques temps la Cité de la Benauge. Cette fois ci pas besoin de marcher bien longtemps : la rue Henri Dunant se trouve juste derrière la Place Stalingrad et la caserne des pompiers.

Nous n’avons marché que 10 minutes depuis la Porte de Bourgogne, et pourtant on se sent loin loin du centre ville, dans un faubourg un peu désarticulé mêlant de l’ancien et du moderne, et où la vision des vertes collines des Hauts de Garonne nous transporte déjà vers l’arrière-pays.

dunant2 dunant1

Se disaient-ils ça les Charentais de la fin du 19ème siècle, lorsqu’ils rentraient dans leurs champs de tournesol ? C’est qu’en 1896, en plein essor du chemin de fer, prit place dans le quartier la gare de « Bordeaux-Deschamps », du nom du quai tout proche, qui accueillait des trains de la Compagnie des Charentes. C’était une gare d’où partaient seulement deux lignes : vers le Bec d’Ambès, et vers Saintes en « Charente-Inférieure » comme se nommait le Département à l’époque (et comme s’il existait une Charente Supérieure, non mais franchement…). En proie à des difficultés financières, la Compagnie des Charentes a par la suite été rachetée par l’Etat, et on trouve aussi pour notre ancienne gare la dénomination de « Bordeaux-Etat ». Les ferrovipathes de tout poil trouveront de plus amples renseignements ici.

Gare disparue (source : http://www.histoires-de-bouliac.net/)

Gare disparue (source : http://www.histoires-de-bouliac.net/)

En 1938, avec la création de la SNCF, la petite gare du quai Deschamps ferma définitivement, et laissa place après guerre à la controversée Caserne de la Benauge. Aujourd’hui, les soldats du feu sont toujours là, et le début de la rue Henri Dunant est occupé par des bâtiments de service de la caserne, dans un état plus ou moins douteux que l’on peut attribuer à un déménagement promis dans un futur proche.

Entrée de la rue et bâtiments annexes de la caserne.

Entrée de la rue et bâtiments annexes de la caserne.

Sur le trottoir d’en face, on trouve petites maisons en pierre et sorties de garage, puis une résidence moderne qui a remplacé un ilot insalubre il y a « moins de 10 ans », dixit une riveraine. Au fond, le long du Stade Promis, une parcelle occupée par quelques mobil-homes de Gitans sédentarisés.

C’est tout ? A première vue oui, mais grâce à notre fidèle lectrice Brigitte de l’Association Histoire de la Bastide, nous poussons l’investigation un peu plus loin. A l’angle avec la rue du Général Ducheyron se trouve l’école Créasud dont il est difficile voire impossible de deviner qu’elle abrite en son sein une église désaffectée, et recouverte par des bâtiments plus modernes. Hélène, qui travaille dans l’établissement, interrompt bien volontiers sa pause déjeuner pour nous en dévoiler ses secrets. Dans le silence religieux de cette école de design, entre les salles de classe, on trouve des voûtes, des restes de fresques, ou encore des emplacements de statues. Le secret de cette église oubliée se trouve dans les turpitudes administratives de Bordeaux. Elle a été bâtie entre 1830 et 1838 par un architecte dénommé Bordes, sur un terrain cédé par un Monsieur Letellier qui a désormais une rue à son nom juste derrière. Mais à cette époque, la Bastide est un faubourg en plein essor, et on songe d’ores et déjà à une église plus grande. Vous avez deviné, Sainte-Marie-de-la-Bastide telle qu’on la connaît encore aujourd’hui a été construite en 1860, juste avant l’annexion du quartier par la commune de Bordeaux, puisqu’on se trouvait auparavant sur le territoire de Cenon. Notre petite église n’a guère eu le temps de faire office de lieu de culte qu’elle fut transformée en entrepôts, la rendant méconnaissable de l’extérieur.

Dans les couloirs de Créasud

Dans les couloirs de Créasud

Salle de classe

Salle de classe

La place du fond, toujours très prisée.

La place du fond, toujours très prisée.

Une gare disparue, une église disparue, une caserne qui va disparaître… A croire que David Copperfield est Bastidien ! Mais soyons rassurés, ceux qui ne vont pas disparaître, ce sont les lycéens de François Mauriac. On vous le gardait pour la fin, mais l’élément le plus visible de la rue Henri Dunant, c’est bien ce lycée général et technologique de la rive droite.

Lorsque nous sommes passés, aucune trace des 1400 élèves, en train de goûter au farniente pour les plus chanceux, et de réviser leur bac pour les autres. Mais pour Dominique Goncalves, pas encore de bronzette en vue. Ce professeur d’histoire et géographie aime son bahut, et nous propose une petite visite guidée un matin de semaine. Bien que situé proche de quartiers à mauvaise réputation de l’agglomération bordelaise, Dominique nous décrit un établissement calme, qui peut s’enorgueillir d’une progression de ses résultats au bac ces dernières années. C’est un lycée qui brasse des populations assez diverses : quelques ados des cités de la rive droite, d’autres venant des banlieues aisées que sont Bouliac ou Carignan, et une importante proportion de campagnards de l’Entre-Deux-Mers, souvent assez excités de découvrir la « capitale » en arrivant en Seconde. Gageons que François Mauriac, lui-même issu d’une famille bordelaise aisée et fin sociologue des campagnes girondines de l’époque, n’aurait pas renié ce mélange des genres pratiqué par le lycée qui porte son nom.
Pour enrichir son projet pédagogique, le lycée François Mauriac a opté pour le développement culturel. C’est ainsi qu’outre les classes européennes en anglais et en espagnol, on trouve à Mauriac des élèves du Conservatoire, que l’on aperçoit d’ailleurs de l’autre côté du fleuve depuis les salles de classe. Un partenariat est également en préparation avec le Musée d’Aquitaine, pour faciliter l’accès à ce grand musée du Cours Pasteur à nos jeunes banlieusards et campagnards.

Mauriac, qui n'a rien à envier à Montaigne ou Montesquieu.

Mauriac, qui n’a rien à envier à Montaigne ou Montesquieu.

La cour du lycée

La cour du lycée

En sortant du lycée, Bordeaux 2066 qui a passé son bac il y a maintenant 10 ans se sent vieux. Nous repassons devant l’ancienne église devenue Créasud. Nous décidons d’imiter les étudiants lorsqu’ils ont une pause et filons tout droit vers le Mosquito, bar-snack-tabac situé rue de la Benauge où nous accueillent Lorenza et Pascal. Comme s’ils avaient suivi les rails de feu la Compagnie des Charentes, notre couple de tenanciers est arrivé de Vendée il y a 18 mois environ, et nourrit élèves et étudiants n’appréciant pas les prestations de leur cantine. Leur terrasse possède un atout non négligeable, elle est située en face d’un garage Alfa Romeo désaffecté. Rien d’extraordinaire, si ce n’est qu’on peut y voir incrustées dans la façade deux colonnes en pierre, qui marquaient l’entrée de notre petite chapelle oubliée.

Face à l'ancien garage. Disparition programmée là encore !

Face à l’ancien garage. Disparition programmée là encore !

Lorenza, Pascal, et une cliente.

Lorenza, Pascal, et une cliente.

Notre bière terminée, nous laissons la rue Henri Dunant à sa torpeur estivale.
Là où Blayais et Charentais arrivaient en train il y a quelques décennies, ce sont dès le mois de septembre les étudiants et lycéens de l’arrière-pays de la rive droite qui feront leur retour dans cette rue chargée d’histoire et de géographie.

Dissertation : la Bastide, terre de migrations, vous avez trois heures !

Rue Malbec

Excel est définitivement un petit coquin ! Après nous avoir mené dans le minuscule Passage Pambrun, le logiciel fait le grand écart et nous amène dans la plus longue de nos rues visitées à ce jour. Du Cours de la Marne jusqu’à la Place Nansouty, nous voilà partis à la découverte d’une rue de plus d’un kilomètre de longueur : la rue Malbec.

Rue_Malbec

Malheureusement pour les amateurs de gros rouge, a priori le nom de la rue n’a rien à voir avec le cépage cadurcin, mais serait plutôt emprunté à une famille du coin. Autre hypothèse possible, un dérivé du gascon « mau bec », pour « mauvaise tête », mais on va se garder cette explication sous le coude pour la rue Maubec elle-même, située à Saint-Michel.

Mauvaise ou pas, la tête de gondole côté cours de la Marne est en tout cas déconcertante. En effet à l’angle de la rue se dresse le fameux immeuble « glissière d’autoroute », œuvre de Jacques Hondelatte. Si pour le Bordelais lambda cet immeuble peut aisément concourir au grand prix du bâtiment le plus laid de notre ville, Robert Coustet et Marc Saboya dans leur livre « Bordeaux, la conquête de la modernité » nous livrent l’analyse suivante : « Le parti architectural fait référence à la prévention, à la protection, à la vitesse. Identitaire dans un lieu sans identité, dramatique et brutale, l’oeuvre de Jacques Hondelatte ne travaille pas ici l’esthétique du compromis historique et ne cherche pas à s’intégrer dans un quartier déstructuré, (…) ce bâtiment unique est l’expression d’une violence urbaine contemporaine. »
Vu comme ça…

Après ce geste architectural, la rue présente un visage plus classique : bordée d’échoppes et d’anciennes maisons bourgeoises, plus ou moins en bon état, et souvent divisées en petits appartements. On croise ci et là des ensembles récents, venus s’insérer dans les quelques dents creuses créées par la fermeture des usines du quartier.

Belle expression de la "violence urbaine contemporaine", en effet.

Belle expression de la « violence urbaine contemporaine », en effet.

1bis

Ca et là, quelques maisons de maître.

Ca et là, quelques maisons de maître.

En continuant notre progression vers Nansouty, nous trouvons sur notre droite le siège de l’Union Saint Jean. Institution bordelaise au même titre que l’Union Saint Bruno, l’USJ fait à la fois office de maison de quartier, de club sportif (dont une tout à fait valeureuse équipe de basket qui se reconnaîtra), de lieu d’accueil périscolaire, etc. Et ce depuis 1906 (1939 pour ce qui concerne la rue Malbec) ! Nous vous invitons à consulter directement leur site internet pour découvrir la riche histoire du lieu. On soulignera tout de même que le siège de l’USJ abritait également le Cinévog, dans lequel Eddy Mitchell vint en 1982 tourner quelques épisodes de « La dernière séance ».

4

Culture toujours, quelques mètres plus loin sur le trottoir d’en face arrive le moment pour Vinjo, Pim & Vanou (une fidèle lectrice nous accompagnant dans notre visite ce jour là), de visiter le premier musée du blog. Un musée rue Malbec ? Oui oui, nous voilà partis à la découverte du Musée des Compagnons du Tour de France, situé dans une grande maison léguée au mouvement compagnonnique dans les années 1960 par une famille. C’est bien entendu un tout petit musée, mais on y comprend mieux le fonctionnement de ce mouvement mêlant depuis plusieurs siècles mission sociale, excellence de la formation et traditions très codifiées, parfois délicieusement anachroniques ou loufoques (telle l’amende de 20 centimes en cas de juron intempestif, comme dans le bistrot « Le Tivoli » où nous étions passés l’été dernier).

Dans notre musée de la rue Malbec, charpentiers, maçons, ébénistes ou encore serruriers sont à l’honneur. On notera pour les passionnés de Bordeaux que de très belles reproductions en bois de différents lieux emblématiques de notre ville sont exposées au sous-sol. Derrière le musée, ce sont 40 compagnons qui vivent ensemble durant un an, avant de reprendre la route vers une nouvelle ville pour espérer finir pourquoi pas Meilleur Ouvrier de France.

6 5

Cet éloge de l’effort et du travail bien fait nous donne soif. Fort heureusement, et même si peu de Compagnons doivent pouvoir en profiter au vu des règles de vie assez strictes qui leur sont imposées, le bar « L’Expresso » se trouve quelques mètres plus loin, à l’angle avec la rue de Bègles. Ambiance PMU et multiculturelle : les clients sont concentrés sur les tiercés, quartés et autres quintés et profitent des pauses équestres pour s’injurier folkloriquement ou se menacer de s’introduire des objets divers et variés dans l’arrière-train, dans une ambiance assez cocasse donc.

L'Expresso, où l'on ne boit pas que du café.

L’Expresso, où l’on ne boit pas que du café.

Une bière à mi-rue pour compenser sa longueur.

Une bière à mi-rue pour compenser sa longueur.

La bière avalée, nous reprenons notre petit trot jusqu’à la fin de la rue, et passons d’un pas assuré devant le siège girondin de la MGEN. La hauteur des maisons baisse, les échoppes sont de plus en plus présentes et nous amènent au final Place Nansouty, là ou s’achève notre rue du jour, après 1,2 kilomètres de marche parcourus en deux heures environ : on met au défi n’importe quel papy du quartier de remonter la rue aussi lentement que nous.
Le sens retour ne sera guère plus rapide, et commence quelques mètres après la place par un arrêt dans un autre petit troquet dont les recoins de Bordeaux ont le secret. Nous voici chez Maria, gérante portugaise du bar-restaurant « La récré ». Installée là depuis 1991, Maria nous livre sa vision du quartier : un endroit calme où tout le monde se connait et où l’on se rend service. Maria aime son bar-resto, et quand l’heure de la retraite aura donné sa clientèle lui manquera, notamment cet habitué qui depuis des années mange tous les jours à la même table, sur la même chaise … « et une fois je lui ai demandé : qu’est-ce que je vais devenir le jour où je ne vous vois pas, je vais m’inquiéter ? Ne vous inquiétez pas il m’a répondu, si j’ai un problème il y a un papier sur moi disant de vous prévenir ».

Cette clientèle fidèle vient de tout le quartier, et même si les écharpes de Lisbonne, Braga ou Porto décorent la salle, Maria ne donne pas dans le communautarisme exacerbé « ils sont gentils les Portugais mais ils parlent trop fort, c’est fatigant ». Elle aime le calme notre patronne, et c’est peut-être comme cela qu’elle arrive à faire pousser ces immenses roses trémières devant le restaurant, sa grande fierté. Snobée par les concours photos de Sud Ouest, Bordeaux 2066 répare cette injustice et vous présente la pétillante Maria, devant ses roses trémières et son restaurant.

Maria et ses roses trémières

Maria et ses roses trémières

Sur le chemin du retour, dernière halte chez Françoise et Mang, habitants du quartier depuis bientôt un demi-siècle. Arrivés de Dordogne (pour elle) et de Cochinchine (pour lui), ils nous dressent le portrait d’un quartier convivial et ouvert, même si depuis quelques années les petites entreprises (ils se souviennent d’une ancienne tannerie, remplacée par des immeubles modernes, moins odorants) et commerces se font de plus en plus rares, et que le trafic automobile s’intensifie en parallèle, renforçant l’effet « couloir » que l’on peut ressentir en se promenant dans la rue.

Françoise et Mang, témoins de la rue.

Françoise et Mang, témoins de la rue.

Aperçu de l'offre commerciale de la rue.

Aperçu de l’offre commerciale de la rue.

Nous clôturons cette longue promenade rue Malbec avec le témoignage de notre premier invité VIP du blog. Non ça n’est pas Johnny Hallyday qui a grandi rue Malbec, mais Michel Cardoze, connu pour sa météo poétique sur TF1, sa grosse voix portant un chantant accent du païs, et son érudition sans limite sur Bordeaux et son histoire que l’on peut retrouver ici. C’est quand il ne portait pas encore sa célèbre moustache que notre journaliste local, à la fin de l’occupation, a passé quelques années d’enfance rue Malbec. Il se souvient de l’ambiance ouvrière (son père, à l’instar de nombre de voisins, était cheminot à la gare), des courses à l’économat de la SNCF rue Amédée Saint-Germain, de l’école de la rue Francin dont la cour n’a pas changé depuis, des virées au cimetière israélite situé juste derrière chez Françoise et Mang, des histoires de voisinage et de la vie de tous les jours au sortir de la guerre. Tandis que nous remontons la rue une seconde fois en sa compagnie, il se souvient aussi d’un terrible accident de la circulation qui a fait qu’aujourd’hui encore l’immeuble situé à l’angle avec la rue de Bègles semble rafistolé.

Devant la maison d'enfance...

Devant la maison d’enfance…

La plus longue rue du blog à ce jour nous a montré un passé riche, et un présent encore marqué par la solidarité et la vie de quartier. Alors la prochaine fois que vous y passez, levez un petit peu le pied. Ca fera plaisir à Françoise et Mang de ne pas faire trembler leurs fenêtres, ça vous permettra d’apercevoir les œuvres des Compagnons, et si vous avez le temps vous dégusterez le menu ouvrier de Chez Maria. En y sirotant votre Porto, vous vous direz peut-être comme nous que décidément, cette rue Malbec est un grand cru.

Passage Pambrun

En ce samedi de mai, l’équipe de Bordeaux 2066 a une fois de plus peur. Rien d’effrayant dans les premières températures d’été, et encore moins dans le nombre des années qui augmente pour Pim en cette veille d’anniversaire. Notre peur est bien plus primaire : Excel nous a encore joué un tour. Après les 43 mètres de la rue Fénelon, nous voici confrontés aux 47 mètres du Passage Pambrun.

passagePambrun

Mais là où la rue Fénelon était remplie de magasins, et donc de témoins potentiels, nous nous attendons à trouver beaucoup moins de quidams dans ce passage reculé, proche de la gare et à la limite de Bègles. A notre descente du tram à l’arrêt Carle Vernet, nous tombons d’abord sur la Maison du projet de Bordeaux Euratlantique : et oui, le passage Pambrun, tout comme la rue Sarrette ou la rue Brulatour risque de bien changer dans les prochaines années, avec l’arrivée du TGV, la sortie de terre de nombreux projets immobiliers, le développement d’un quartier d’affaire etc.

Mais pour le moment, maison du projet mise à part, il n’y a pas encore de signe de grands bouleversements. Après avoir parcouru la rue Cazeaux perpendiculaire au tram, nous arrivons sur place : passage Pambrun nous voici !

P1030892

Avouons le, le premier ressenti ne nous rassure pas … 47 mètres c’est court ! Nous remarquons d’ailleurs que ce passage reste une adresse quasi exclusive puisque pour y vivre vous n’avez le choix qu’entre le numéro 1 ou le numéro 2, ensuite les maisons basculent automatiquement sur la rue Cazeaux ou la rue Poissonnier.

C’est justement rue Poissonnier, à la sortie du passage, que nous croisons Dominique, qui nous accueille couteau dans la main. Pas d’inquiétude, Dominique n’a nullement l’intention de nous mener dans la ruelle pour nous montrer son Opinel. Au contraire, son arme blanche Dominique l’utilise en tant que Michel Morin du quartier pour réajuster la cane d’une mamie … belle convivialité entre voisins ! Est-ce ainsi dans tout le quartier ? Cela dépend nous dit Dominique, « ici vous avez la rue des c…., et là celle de la solidarité ». Bon, ne nous attardons pas trop longtemps sur les quelques conflits passés de voisinage qui suscitent encore quelques noms d’oiseaux, concentrons nous plutôt sur la solidarité.

Le 1 passage Pambrun

Le 1 passage Pambrun

Le 2 passage Pambrun

Le 2 passage Pambrun

Dominique nous le dit clairement : ici historiquement, c’est un quartier populaire, d’immigrés, d’ouvriers et de cheminots. Des gens qui ont appris à se serrer les coudes et à compter les uns sur les autres. D’accord, mais aujourd’hui alors, que pense Dominique des futurs projets ? Si les immeubles ne l’enchantent pas forcément, il n’a pas peur des nouveaux habitants « des jeunes s’installent dans le quartier depuis quelques années, la population se renouvelle, mais ils sont tous très gentils, très aimables. Ils redonnent de la vie au quartier, et puis il y a des couples avec des racines différentes, ça apporte de nouvelles choses, c’est bien ».

Vue générale du Passage Pambrun

Vue générale du Passage Pambrun – sens aller

Vue générale du Passage Pambrun - sens retour

Vue générale du Passage Pambrun – sens retour

Chantre de la mixité sociale et ethnique, Dominique est également un apôtre de l’intergénérationnel et nous propose d’aller sonner chez une voisine, un peu plus loin, qui connaît toute l’histoire du quartier. Au premier coup de sonnette, et après les aboiements de Valou, fidèle chien de garde, nous voyons arriver Jeanne. Au premier coup d’œil c’est le coup de cœur : pas de doute, Jeanne sera une belle rencontre, comme celles que ce blog nous a d’ores et déjà offert dans d’autres rues.

Octogénaire à la démarche paisible, à l’œil vif et au sourire charmeur, Jeanne nous parle derrière sa grille de jardin « pour ne pas laisser échapper le chien, à mon âge je ne peux plus le rattraper ! ». Chien qui ne manquera pas de se faire remarquer lors de notre passage « Valou, tu as encore pété ! Tu m’empestes ! ».

Mais une fois le canidé rabroué, notre sympathique mamie s’intéresse à notre démarche et enclenche la machine à souvenirs. Pendant une heure de discussion à bâtons rompus, nous repassons toute l’histoire du quartier : des dizaines d’anecdotes, de fragments de vie, d’histoires drôles ou tragiques. Difficile de tout retranscrire ici mais en vrac sachez que près du passage Pambrun coulait autrefois à ciel ouvert l’Estey Sainte-Croix. On y menait boire les vaches, et quand il faisait chaud Jeanne s’y baignait et se chamaillait avec ses camarades à grands coups de sangsues lancées sur l’un ou l’autre.

Le quartier a bien sur connu la guerre, et tous les habitants qui se réfugiaient dans la maison d’en face, se partageaient, ironie du sort, des pastilles Vichy en attendant la fin de l’alerte. Ensuite les années fastes, l’arrivée du tout à l’égout, et toujours la convivialité : « on n’avait pas la télé, alors le soir vous savez on sortait les chaises dehors et on discutait entre voisins, tout simplement ».
Voisinage toujours avec des histoires cocasses et loufoques : un coup de fusil par ci, un ferrailleur coureur de jupons par là, ou encore un voisin qui avait sa carte et à la CGT et au RPR car comme il avait dit « moi tant qu’on me donne du boulot, je prends la carte ».

Jeanne nous confirme aussi la tradition populaire du quartier : beaucoup de cheminots, comme souvent à Bordeaux des Espagnols, et plus inattendue une communauté tchèque, venue cristalliser son savoir-faire à la verrerie Domecq voisine ou à l’usine Saint Gobain des boulevards, celle là même où avait travaillé notre copine Fernande de la rue Brulatour. Cette communauté tchèque, on n’en trouve plus trace aujourd’hui, malgré la présence du dernier ressortissant Tchèque Diabaté.

La maison des Pambrun, entièrement refaite il y a quelques années

La maison des Pambrun, entièrement refaite il y a quelques années

Sur le passage qui nous occupe aujourd’hui, Jeanne nous apprend que la famille Pambrun était propriétaire d’une grande partie des terrains qui forment le pâté de maisons actuel. Les Pambrun étaient « moutonniers », ce qui ici ne veut pas dire qu’on avait affaire à des gens grégaires mais bien à des bergers périurbains, quand l’actuel quartier Carle Vernet ressemblait encore à de la palu bien grasse. Après quelques recherches, un descendant de la famille Pambrun nous a d’ailleurs confirmé l’implantation du fief familial dans les Hautes-Pyrénées, avant d’essaimer vers les Landes et le Bordelais, à contre-courant de la transhumance.

Le soleil se couche et voici l’heure de quitter Jeanne et Dominique. Mais Jeanne on ne l’oubliera pas de sitôt, et là voilà à tout jamais dans la photothèque de Bordeaux 2066, avec son voisin et ses nains de jardin.

Dominique et Jeanne

Dominique et Jeanne

Lecteur rassure toi, après deux rues dans lesquelles nous n’avions pas eu l’occasion de boire la traditionnelle mousse finale, l’offense est réparée puisque nous nous offrons quelques jours plus tard un déjeuner au restaurant le Banlieue Sud, bien connu de ceux qui ont usé leurs nerfs aux feux rouges à l’angle de la rue d’Armagnac et de la rue Carle Vernet. C’est une cantine populaire comme on l’imagine : service uniquement le midi, repas copieux et savoureux, ambiance décontractée et petits prix ! Une bonne adresse, et surtout l’occasion de renouer avec le houblon.

Au Banlieue Sud

Au Banlieue Sud

Les 47 mètres du Passage Pambrun mènent bien plus loin qu’à la rue Cazeaux et à la rue Poissonnier. En remontant l’Estey Sainte-Croix dans lequel Jeanne barbotait, on arrive jusqu’aux Pyrénées des Pambrun. De là, en grimpant par temps clair, on aperçoit l’Espagne et ses plaines dépeuplées au profit des faubourgs ouvriers de Burdèos. Une vie de labeur, y compris pour les verriers arrivant de la Bohême. Aujourd’hui, dans le sillage du TGV, se pointent quelques bourgeois. Mais on n’efface pas l’histoire si rapidement : en hommage à la communauté tchèque disparue, certains de ces bourgeois sont aussi bohèmes.

Rue du Docteur Yersin

Ca y est ! Après 23 rues perpétuellement à bâbord, nous voici enfin en route pour la rive droite. Et pas n’importe où, Excel toujours aussi espiègle ayant décidé de nous envoyer rue du docteur Yersin, en plein cœur de la cité de la Benauge.

RueduDocteurYersin

La Benauge, pour nos lecteurs non bordelais, c’est une cité lambda du coin, avec ses tours, ses barres… et sa mauvaise réputation. Comme toute cité qui se respecte, le quartier n’existait pas il y a 50 ans : la rive droite était encore essentiellement industrielle, et la Benauge n’était qu’un marécage séparant Bordeaux de Floirac. C’est justement là que Chaban-Delmas, en jeune maire dynamique, souhaita impulser la ville de demain : « Nous avons voulu mettre sous les yeux des Bordelais, comme autant d’indications pour demain, ces réalités d’aujourd’hui : maisons claires, ensoleillées, entourées d’arbres et de fleurs, auprès desquelles on disposera de l’équipement collectif le plus complet, où il fera bon vivre, où les nouvelles générations pourront s’élever dans la joie et la dignité ». (Revue Urbanisme, 1953).

Le projet a tout de la ville parfaite à en croire les propos du Maire, ou encore les reportages télévisés de l’époque. C’est une telle réussite que Nikita Khrouchtchev himself vint visiter la cité le 26 mars 1960. On attend encore Poutine pour la visite de Ginko.

La Benauge en 1950 (source : Bordeaux, la conquête de la modernité - Robert Coustet et Marc Saboya)

La Benauge en 1950 (source : Bordeaux, la conquête de la modernité – Robert Coustet et Marc Saboya)

Mais soixante ans après, la Benauge dans l’imaginaire bordelais rime plutôt avec immeubles dégradés, faits divers sordides comme celui-ci ou celui-là, trafics, délinquances en tout genre et insécurité…

Pourtant, une fois sur place, on ne se sent pas vraiment apeuré. Au contraire, une fois passé le tumulte de la quatre-voies et de la voie ferrée Bordeaux-Paris qui ceinturent le quartier, l’ambiance est assez paisible, un peu bucolique même. Les arbres et les fleurs voulus par Chaban-Delmas sont encore là, et aux premières heures du printemps cette présence végétale apaise au milieu des tours, au grand dam des allergies de Vinjo. Si le Docteur Yersin était là, une végétation aussi luxuriante ne manquerait pas de lui rappeler la jungle vietnamienne, région où notre médecin passa quelques années avant de découvrir le bacille de la peste.

panneau

Vignoble bordelais

Vignoble bordelais

Entre les immeubles en pierre d’inspiration art-déco de la cité Pinçon et les grandes barres en béton de la cité Blanche (les deux principales composantes du quartier Benauge), notre rue rassemble surtout des maisons Aquitanis qui ressemblent plus à du préfabriqué qu’à de la pierre de taille. Leurs jours semblent d’ailleurs comptés puisqu’un projet de renouvellement urbain est prévu sur le quartier comme nous l’apprend le site de Bordeaux 2030. Il était temps qu’Excel nous y mène, car selon la façon dont on interprète les documents de planification joints ci-avant, la rue du Docteur Yersin pourrait bien purement et simplement disparaître, laissant orpheline sa consoeur de Lille Moulins, quartier cher à Vinjo et Pim qui y ont tous deux étudié et vécu, à l’époque où ils ne parlaient pas encore d’eux à la troisième personne.

Une rue en voie de disparition

Une rue en voie de disparition

Sans savoir si ce projet de renouvellement urbain souhaite favoriser la mixité sociale, nous pouvons déjà témoigner de la mixité ethnique du quartier. Lors de notre ballade nous commençons en effet par croiser Faïza, arrivée de Casablanca à La Benauge il y a 37 ans. Elle prend l’air avec une voisine sur le pas de sa porte et nous décrit un quartier tranquille, sans problème, où elle se sent bien.

A côté de chez Faïza, stationne un vieux camion de la Pâtisserie Fonseca, spécialiste en pièce montée de mariage mondialement connu, ou tout du moins nationalement puisque ladite pâtisserie est établie à Villeneuve d’Ascq. Traverser la France pour un gâteau de mariage, c’est vraiment (petits) choux…

fonseca

Nous croisons ensuite Marie-Claire, qui rentre du Simply Market de la cité. Ancienne infirmière, arrivée de Bassens il y a dix ans, elle tient un discours plus nuancé sur son quartier. C’est calme et elle n’y a pas de problèmes particuliers, mais les « qu’en dira-t-on » parlent de trafics, de délinquance etc. Elle ne l’a jamais vu, mais ça ne la rassure pas, surtout pour l’avenir. Marie-Claire n’est pas certaine de rester encore longtemps dans le quartier, trouvant que les petites incivilités du quotidien sont de plus en plus pesantes et que « ça se dégrade », même si ça reste mieux que le Grand Parc où elle ne se sent pas bien lorsqu’elle doit y aller. Sa fille lui conseille de partir à Bacalan « qui change beaucoup paraît-il, mais bon il faut être sur du changement ».

yersin yersin3

Face à ces témoignages partagés, nous partons à la recherche de notre traditionnelle bière en espérant y trouver quelques informations complémentaires. Pas de troquet dans notre rue et si nous voyons au loin la devanture du bar « Vive le Portugal », le débit de boisson est malheureusement fermé. Peut être les effets collatéraux d’une récente rixe ?

vivele

Sud Ouest - 23 Mars 2014

Sud Ouest – 23 Mars 2014

Nous nous contentons finalement de sodas au salon de thé / boulangerie, installé en face du supermarché, tout proche de notre rue. Nous papotons sur place avec Mehdi. Si ce jeune Lormontais ne travaille derrière le comptoir que depuis trois mois, il nous assure par contre que le quartier est assez calme.  « La Benauge c’est avant que ça craignait, il y a quelques années quand mon père était jeune, c’était la guerre avec Floirac, Lormont et les autres cités ». Et pourquoi ça s’est calmé ? « Surement que la nouvelle génération a le cœur tendre », déclare-t-il avec un grand sourire qui donnerait presque envie d’y croire.

Mehdi

Mehdi

Orangina

Réalité historique ? Sensibilités différentes de nos témoins ? Subjectivité du sentiment d’insécurité ? Bordeaux 2066 ne rentrera pas dans le débat, mais s’interroge… Depuis la création du blog, nous sommes allés au Grand Parc, où l’on nous a assuré que c’est aux Aubiers que ça craint. Nous sommes allés aux Aubiers, pour y entendre dire que tout est calme et que « Chicago c’est à la Benauge ». Et finalement à la Benauge on nous reparle du Grand Parc…

Croyant en la bonne foi de tous nos interlocuteurs, nous pensons que la réalité doit se situer un peu au milieu de tout cela, à la jonction de ces témoignages. Grâce à notre cartographie exclusive, nous sommes en mesure de vous l’assurer chers lecteurs, le haut lieu de l’insécurité bordelaise est situé quai des Chartrons, à peu près au niveau du skate parc : CQFD.

Insécurité Bordeaux

Dormez tranquille, nous faisons suivre au plus vite notre étude hautement scientifique à nos édiles.

En attendant de recevoir le prix « Justice et Sécurité 2015 » nous décidons de terminer la visite en prenant un peu de hauteur sur la Benauge et c’est depuis Cenon que nous profitons du soleil couchant du printemps. Alors certes le docteur Yersin nous dirait que cela ne vaut pas les temples d’Angkor, mais faute de Cambodge, on se contentera d’admirer la Benauge.

La Benauge vue du Haut-Cenon

La Benauge vue du Haut-Cenon

Rue Wilson

On va vous l’avouer tout de suite, ce dimanche à Caudéran, nous avons eu peur.

Pour notre sécurité, oh non certainement pas : ici entre la Place de Moscou et la Place Lopès on se sent bien loin d’une supposée « France Orange Mécanique ».

Non, c’est plutôt pour vous lecteurs que nous avons eu peur, tant la rue Wilson a mis du temps à se dévoiler.

 RueWilson

Lorsque nous sortons du bus 16 à l’arrêt « Moscou », le ciel blafard fait penser à une journée d’été lambda dans le Douaisis natal de Pim. Un peu plus loin sur la droite, la rue Wilson nous offre sa centaine de mètres de longueur, égrenant petites maisons arcachonnaises, cubes en béton des années 70, ainsi qu’une villa très tape-à-l’œil devant laquelle on ne peut s’empêcher de persifler en voyant la grosse cylindrée immatriculée 92 qui y est garée.

 P1030764

Pas d’immeubles, pas de commerces, pas d’associations, pas d’êtres humains… Perplexité. « Bon écoute, on va leur faire un copié-collé de la rue Genesta, c’était il y a longtemps, personne ne s’en rendra compte… »

Finalement, au bout de la rue Wilson, en arrivant sur la rue d’Austerlitz, nous décidons de continuer à batailler.

Un cycliste débarque à l’horizon, nous nous ruons dessus tel un aigle sur une jeune marmotte. Il vient rendre visite à ses amis Clément et Mathilde, qui habitent là depuis environ un an, et semblent nous plaindre lorsqu’on leur annonce qu’on aimerait écrire un petit article sur leur rue. En ce lendemain de UBB – Perpignan victorieux, Clément botte en touche et nous envoie chez son voisin d’en face, « un monsieur très gentil qui habite là depuis longtemps, et vu l’heure qu’il est aura surement fini sa sieste ».

P1030775

 Originaire du Pas-de-Calais, Monsieur L. habite en effet là depuis 30 ans, et coule une paisible retraite caudéranaise après une belle carrière d’ingénieur en ponts et chaussées. La rue Wilson ? Monsieur L. n’a rien à en dire. A part une ou deux maisons démolies / reconstruites depuis son arrivée à Bordeaux, rien n’a changé, et à vrai dire il ne s’y est jamais vraiment intéressé. Il peut nous parler un peu du quartier en revanche : la jolie chartreuse qu’on voit à peine derrière sa haute haie était un couvent de religieuses, et à la place de la résidence moderne un peu plus loin dans la rue, c’était les ateliers de la Glacière de Caudéran, à ne pas confondre avec la Glacière de Mérignac, un peu plus connue.

A ce stade de l’exploration, ça va déjà mieux. On n’en sait guère plus sur la rue Wilson en elle-même, mais au moins connaît-on un peu l’histoire du pâté de maisons.

Arpentant la courte rue Wilson une nouvelle fois, Frédéric, en pleine taille de ses arbres, nous envoie chez Lucien, « lui il aura plein de choses à vous dire ».

Vous la reconnaissez ?

Vous la reconnaissez ?

Ouvrant son volet suite à notre coup de sonnette, Lucien prétend gentiment qu’on ne le dérange pas, même si on devine bien qu’on a écourté sa sieste.

Lucien, c’est un personnage truculent comme on les aime. Chevalière au doigt, très fort accent gascon en bouche, Lucien aime les entrecôtes « épaisses commeu ça » (montrer la hauteur d’un trottoir) et le rugby de clocher. Lui qui allait voir jouer à la fois Bègles et le SBUC à l’époque s’est abonné lorsque l’UBB est remonté en Top 14, mais n’a pas récidivé en raison du speaker qui lui « casse les oreilles », à bon entendeur…

Lucien est sympa, c’est une chose, mais surtout il est une vraie encyclopédie sur son quartier. Natif des Landes, il s’est fixé à Caudéran il y a quasiment cinquante ans, après un passage par Maubeuge que l’on aurait aimé filmer tant le décalage culturel devait être amusant.

Lucien

Lucien

 Lucien nous confirme que la jolie chartreuse du bout de la rue Wilson était auparavant occupé par des religieuses : les Dames du Sacré-Cœur. Le petit bouquin « Mémoires de Caudéran », de Pierre Debaig, nous apprend que le pensionnat de ces dames (probablement demoiselles d’ailleurs) occupait 25 hectares, et comprenait des vignes et une grande chapelle. En 1907, deux ans après l’adoption de la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ces dames sont expropriées, la chapelle est démolie et des rues sont percées, dont la rue Wilson, qui comme le montre la photo ci-dessous n’avait pas encore reçu de nom en 1909.

Caudéran en 1909, extrait de "Mémoires de Caudéran"

Caudéran en 1909, extrait de « Mémoires de Caudéran »

Du bâtiment des Dames du Sacré-Cœur il ne reste qu’un morceau : c’est notre fameuse chartreuse, qui fut habitée un temps par Armand Faulat, le dernier maire du Caudéran indépendant.

Début XXème

Début XXème

Début XXIème

Début XXIème

Vous aurez aussi remarqué sur le vieux plan qu’en 1909 le Boulevard du Président Wilson s’appelait encore Boulevard de Caudéran, d’où le doublon Boulevard / Rue Wilson, qui lorsqu’ils ont été nommés au lendemain de la Première Guerre Mondiale n’étaient pas encore sur la même commune.

Lucien poursuit son récit en évoquant le charbonnier Baillarin, « comme les canelés », qui a construit la plupart des maisons du quartier en mélangeant la grave du sol avec le mâchefer qu’il récupérait. Certains ont reproché au charbonnier de mettre bien peu de ciment dans ses constructions. N’ayant pas de compétence en bâtiment, Bordeaux 2066 s’abstiendra de tout jugement.

Enfin, la rue Wilson a été marquée par un dénommé Menaldo, entrepreneur qui avait ses bureaux dans la rue même jusque dans les années 1980, et qui y a construit plusieurs maisons.

Les maisons de Menaldo

Maisons dont on croyait qu’elles étaient de Menaldo, jusqu’à ce qu’on reçoive des mails nous indiquant le contraire (correction de juin 2014). 

Lucien nous a appris tout ce qu’on pouvait savoir sur la rue Wilson, et le bougre nous a donné soif avec ses anecdotes de troisième mi-temps. Nous serions volontiers aller boire un coup à la Dame Blanche, juste au bout de la rue, mais malheureusement nous sommes arrivés deux ans trop tard. Alors finalement c’est dans le petit jardin du PMU « Le Marigny », rue Etchenique, que nous buvons notre demi d’après-balade.

P1030789

Comme l’aurait déclaré Thomas Woodrow Wilson en 1912, « nul ne peut adorer Dieu ou aimer son prochain s’il a l’estomac creux ». Venant d’un Américain, cette citation s’acclimate parfaitement à nos terres de cocagne, et soyons-en certains, aura su consoler les Dames du Sacré-Cœur de leur exil forcé en 1907. On leur dédicace notre 1664, elles sans qui cette chronique n’aurait pu voir le jour.

Adishats !

 

BONUS, pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Glacière de Caudéran située juste derrière la rue Wilson, Yves Simone vous raconte tout :
La glacière de Caudéran et son aménagement – kewego
Présenté par Yves Simone et Olivia Lancaster

Mots-clés : tv7 svlg

Rue Fénelon

Excel blagueur, Excel farceur. Alors que pour notre 22ème rue nous avons l’honneur d’être accompagnés par Tim Pike – auteur de ce très bon blog anglophone sur Bordeaux – le logiciel se montre espiègle et nous envoie dans une rue faisant … moins de 50 mètres de longueur, 43 mètres pour être précis.
Traître, fourbe, félon le logiciel ? Non Fénelon plutôt. Car c’est bien rue Fénelon, en plein cœur du Triangle, là où vivent des gens carrés, que nous partons en exploration. On notera pour la petite histoire que Fénelon est un habitué des rues courtes, puisque celle de Paris ne mesure que 80 mètres.

RueFenelon

Une fois sur place, il faut le constater : 43 mètres, c’est très court. Pour vous donner une idée, cela correspond à peu près à la largeur d’un cinéma, puisque justement tout un côté de la rue est occupé par les portes de sortie des salles du CGR Le Français.
On vous aurait bien raconté l’histoire du Français, salle historique de Bordeaux, plus grand écran d’Europe pendant quelques temps (Bordeaux aime collectionner les records d’Europe), mais l’adresse officielle de la salle étant rue Montesquieu, nous restons fidèles à nos principes pour nous concentrer sur la rue du jour.

La rue Fénelon dans son intégralité.

La rue Fénelon dans son intégralité.

Le CGR Français, côté pile.

Le CGR Français, côté pile.

La rue est belle, la pierre blonde montre toute sa gamme de couleurs avec le soleil un peu capricieux du mois de mars. Pas de doute, on est en plein cœur du Bordeaux bourgeois et classieux, proche des boutiques de luxe et des grands noms du négoce. Luxe, noblesse et élégance au programme de nos 43 mètres ? Allons vérifier cela.

L’enquête commence chez Bob Corner où nous sommes accueillis par David, qui vend ici tout un tas de petits objets pour la déco, plus ou moins utiles, mais tous insolites et plutôt sympas ! Les 165 marques vendues par David lui ont permis de trouver un public fidèle d’acheteurs, souvent renforcé par les quidams innocents sortant des salles obscures du Français : l’emplacement est hautement stratégique ! Pourtant tout n’a pas toujours été aussi simple. Reprenant un ancien salon de coiffure il y a 5 ans, Bob Corner s’est retrouvé dans une rue noire, sale, isolée du reste du Triangle et avec un bar assez louche au coin de la rue (des hôtesses apparemment, voire un peu plus, nous contacter pour avoir un dessin). Puis avec les années, les ravalements de façades et surtout la réouverture du cinéma, la rue a maintenant rattrapé le standing du reste du quartier et Bob Corner semble tirer son épingle du jeu. Sur ce coup là, David a bien fait de croire en son étoile.

L'intérieur du Bob Corner

L’intérieur du Bob Corner

Queen Elizabeth saluant le partenariat Bordeaux 2066 / Invisible Bordeaux

Queen Elizabeth saluant le partenariat Bordeaux 2066 / Invisible Bordeaux

A côté de Bob Corner, et pour poursuivre l’hommage à notre ami de la Perfide Albion, c’est encore une enseigne au nom anglicisant qui nous accueille : la boutique de prêt-à-porter (et non de liquide vaisselle) Sun, tenue par Anne-Sophie, Béatrice et Caroline. La boutique est belle, même s’il faut avouer que les vêtements féminins nous intriguent moins que les babioles d’à côté. Les sympathiques patronnes nous confirment en tout cas le changement récent du pâté de maisons, le départ des bars interlopes, la tendance consommatrice des sorties de cinéma etc. Malheureusement timides, nos trois grâces locales se refusent à une photo, mais nous encouragent à aller prendre la pose à côté chez les « Enfants du cirque », qu’elles gèrent également.

Sun

Sun

Nous voici alors dans un magasin de chaussures pour enfants, qui comporte un véritable bestiaire en peluche pour faire passer le temps autour de l’éternel débat des 6/8 ans : scratch ou pas scratch ?
Entre girafe, éléphant, kangourou, lion et dromadaire, nous réussissons enfin notre première photo d’être humain de la rue ! Bon avouons-le, elle était facile puisque c’est Dorian, le fils de Tim Pike qui pose pour nous. Profitons-en pour saluer notre plus jeune accompagnateur à ce jour, en espérant lui avoir donné des idées, pour que d’ici quelques années il poursuive l’exploration des rues que nous n’aurons pas vues.

Le portrait de Dorian Pike

Le portrait de Dorian Pike

Cher lecteur, tu trouves peut-être que cette chronique commence à ressembler à un dépliant promotionnel de l’association des commerçants du triangle d’or. Certes, mais on rappelle que la rue ne mesure que 43 mètres et est occupée sur tout un pan de mur par le cinéma.
Rue Fénelon, il n’y a que quatre adresses possibles : les numéros 1, 3, 5 et 7, ce qui nous offre le luxe de faire une description exhaustive pour cette fois. Une autre particularité de la rue, et hélas pour la diversité de nos écrits, c’est qu’il n’y a pas d’habitants ou presque. Seul le numéro 5 de la rue en abrite, dixit notre patronne du Sun. Le reste des étages se compose de bureaux, souvent vacants en raison du prix élevé au mètre carré du secteur. On aura tout de même relevé sur les plaques de porte la présence de cabinets de conseil, de graphistes, de spécialistes en gestion du patrimoine, des collecteurs de logement et de dealers de pins.

P1030730

A l'angle avec la rue Condillac

A l’angle avec la rue Condillac

Alors on vous a décrit ce qu’il y avait au 7, au 5 et au 3. C’est maintenant au numéro 1 que nous toquons à la porte, avec la ferme intention d’y boire notre bière de fin de rue. Ici feu le Cap Horn dont la mémoire titubante hante encore la rue et feu le gay friendly Bateau Ivre ont vu leur succéder un restaurant japonais. En plein milieu d’après-midi, nous n’avons pas goûté les sushis du Maruya, ni même pu boire une Asahi comme nous l’avions fait pour notre première sortie rue Roger Touton. Alors on s’est contenté de discuter cinq minutes avec Christophe et Willy, les deux patrons d’origine chinoise, qui ont ouvert leur resto il y a tout juste trois mois. Cette courte durée a suffi pour séduire les voisines du Sun qui nous ont dit le plus grand bien de l’endroit, ainsi que les quelques internautes ayant exprimé un avis.

Le Maruya

Le Maruya

C’est donc dans la rue Montesquieu voisine, au bar 5th Avenue, que se termine notre visite autour d’une bière. Spot idéal pour l’observation d’adolescents bourgeois dans leur milieu naturel, ce bar à la déco new-yorkaise nous fait méditer sur le destin du périgourdin François de Salignac de La Mothe-Fénelon .

Pour faire court, Fénelon fut un homme d’église, prédicateur, et précepteur du fils de Louis XIV. Son œuvre la plus célère est justement le livre Les aventures de Télémaque écrit pour le royal élève. L’ouvrage, un peu trop critique de la monarchie, lui valut un exil forcé à Cambrai … Comme quoi déjà à la fin du XVIIème siècle le Nord-Pas-de-Calais était une punition administrative classique, Dany Boon et son Bienvenue chez les Ch’tis n’a rien inventé.
Notons enfin, qu’avant de porter le nom de Fénelon, la rue s’appela Bailly. Maire de Paris et auto-proclamé président de l’Assemblée nationale, le révolutionnaire fut jugé trop conservateur et guillotiné en 1793 après avoir refusé de témoigner contre Marie-Antoinette. Trahison révolutionnaire qui en plus de lui faire perdre la tête lui fit perdre ses 43 mètres de rue.

Saurez-vous trouver le verre de Dorian ?

Saurez-vous trouver le verre de Dorian ?

Un peu circonspects au moment du tirage au sort sur ce qu’on allait bien pouvoir vous raconter, Excel nous aura fait faire un court mais joli voyage mêlant cinéphiles, bar à putes, prêt-à-porter, objets insolites et sushis. Le tout suivi de près par le plus bordelais des Anglais, dont on vous invite à lire in English la mise en abime ici.

Cheers !

BONUS : Diamant Street Art est passé par la rue Fénelon. Merci à Monsieur Poulet et à Julien pour nous avoir aidé à percer ce mystère.

P1030756

Rue Fonfrède

Le dimanche à Bordeaux… c’est le jour du tirage.

Tandis que la fin de l’hiver se profile, et après nous avoir promené dans différents recoins de la commune, Excel nous amène cette fois dans une rue au nom familier pour tous ceux qui empruntent ou ont emprunté les lignes de bus passant par le Cours de la Somme, spéciale dédicace à feu la ligne G, chère à Vinjo.

Rue_Fonfrède

En effet, Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède fait partie de ces personnalités, qui comme Pierre Trébod ont laissé une trace doublement visible dans la ville en réalisant le combo rue + arrêt de bus à leur nom. Bien joué JB, tu ne t’es pas fait guillotiner à 27 ans tout à fait pour rien (fichtre, 27 ans, c’est l’âge de vos serviteurs !).  Quand on est député de la Convention nationale en 1791, et que l’on dénonce les agissements d’un certain Marat , ce sont des choses qui peuvent arriver.

JB Fonfrède, un député swag (source : wikipedia)

JB Fonfrède, un député swag (source : wikipedia)

Quelques recherches sur Internet nous montrent qu’une des spécialités de la famille Fonfrède, outre le commerce triangulaire (mais Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède lui-même s’est opposé à l’esclavage, ce sont ses négociants de parents qu’il faut semble-t-il blâmer), c’est bien le nom de rue en héritage.

Dans la famille Fonfrède, je demande :

– la mère : Marie-Caroline Journu, comme le Cours Journu-Auber à Bordeaux
– le neveu : Théodore Ducos, décapité en même temps que tonton, et qui a une rue à son nom à Bordeaux également
– le frère : François Boyer-Fonfrède, industriel qui a une ruelle étroite du Vieux Toulouse à son nom.

Assez d’histoire et de jeu des sept familles, venons-en au présent. Nous arrivons à pieds depuis la Victoire par le Cours de la Somme, et arpentons une première fois cette rue qui ressemble à ses voisines : populaire et tranquille, un peu crasseuse sur les bords. Il n’y a pas foule en ce dimanche, hormis deux ouvriers rangeant un chantier, une dame affirmant ne rien connaître sur la rue, et de présumés Bulgares débonnaires prenant l’air sur un bout de trottoir. Le coin est plutôt cosmopolite, et en regardant un peu les noms sur les sonnettes des maisons et immeubles, on devine des origines du Maghreb, de l’Afrique Noire, du Gascon pur bœuf de Bazas, du Portugal, de l’Espagne, des pays de l’Est…

1

2

La rue est composée majoritairement de petits immeubles en pierre bordelaise avec un ou deux étages maximum. Elle croise le Cours de l’Yser, et se termine en impasse dans une copropriété des années 80, le Pavé de Fonfrède, qui semble occuper l’emplacement d’une ancienne usine. Lors de recherches immobilières Vinjo y avait visité un appartement, et a principalement gardé en mémoire l’odeur tenace de cannabis qui flottait dans les couloirs.

3

Le Pavé de Fonfrède

Le Pavé de Fonfrède

Carré VIP du Pavé

Carré VIP du Pavé

En continuant l’exploration nous croisons Clémence et ses beaux cheveux rouges. Elle est accompagnée de Tekos, jeune chiot un peu maladroit aux yeux très bleus. Tekos a été nommé en hommage aux « teufs », c’est-à-dire des rassemblements musicaux qui font « boum-boum », pour schématiser, et que Clémence affectionne particulièrement. Tekos appartient à Clémence depuis quelques jours seulement, alors il fait comme nous : il arpente la rue Fonfrède dans tous les sens, sans trop savoir ce qu’il cherche. La rue Fonfrède, Clémence ne la connaît que peu puisqu’elle y a emménagé récemment, mais elle s’y sent bien. Il y a beaucoup d’étudiants, mais la rue est calme car à l’écart des itinéraires de transhumance de la viande saoule de la Victoire.

Clémence et Tekos

Clémence et Tekos

S’il suit sa maitresse dans les teknival, notre canidé devra peut être ensuite consulter Anastasia, osthéopathe pour animaux (eh oui) , contactée par nos soins car encore répertoriée par Google comme étant en activité rue Fonfrède même si ce n’est plus le cas. Fraîchement arrivée de Paris, Anastasia s’est montrée un peu plus sévère dans son jugement : elle déplore « une propreté parfois douteuse et du bruit, surtout les week-ends », avant d’ajouter que « quand on est étudiant, le quartier est sympa ».

Si les explorateurs urbains que nous sommes ont globalement apprécié l’ambiance populaire et tranquille de la rue, nous avons déploré l’absence totale de commerces. A l’angle avec le Cours de la Somme, le rideau de fer a l’air baissé depuis bien longtemps. A l’angle avec la rue Kléber , il y a eu un temps les Montauzier qui proposaient des « vins de Gironde », mais vu l’état de l’inscription, il y a probablement plusieurs décennies qu’ils ont quitté les lieux. Quelques recherches sur Internet nous aiguillent vers une famille de négociants originaire de Charente (chose qui peut arriver même aux meilleurs), et dont la descendance sévit actuellement dans le Haut-Médoc.

Vestige des vins Montauzier

Vestige des vins Montauzier

Avec tous ces commerces disparus, on aurait du croire que la rue Fonfrède se meurt, que la rue Fonfrède is dead, que la rue Fonfrède périt (vous l’avez ?).

Heureusement nous n’avons pas à marcher trop longtemps pour trouver de quoi boire la traditionnelle bière post – arpentage de rue. On vous rappelle que notre rue Fonfrède croise le Cours de l’Yser, qui est constellé de nombreux bars majoritairement espagnols et portugais. Quasiment à l’angle avec la rue Fonfrède, le Coco Louco nous ouvre ses portes et nous plonge immédiatement dans cette ambiance si particulière d’un dimanche après-midi Cours de l’Yser. Alors que toute la ville ronronne doucement en profitant des dernières heures du week-end, ici la musique est poussée au maximum, les hommes plus ou moins ventrus jouent au baby-foot et aux fléchettes, des jurons pittoresques fusent dans plusieurs langues (surtout en Portugais), les enfants courent et les dames devisent avec parfois plus de véhémence que leurs conjoints.

On aime ou on n’aime pas, mais nous on aime ! Surtout quand une fois notre Superbock commandée la serveuse brésilienne nous amène gentiment une petite salade de poulpe à picorer ! Dans cette ambiance sympathique et survoltée, il nous a été impossible de ne pas recommander une deuxième bière.

Super Bock & Paul le Poulpe

Super Bock & Paul le Poulpe

Egayés par le houblon lusitanien nous avons essayé de réaliser une vidéo à la volée pour capter rapidement cette ambiance unique. La réalisation chaotique n’est pas due à un excès de boisson mais bien à notre timidité de cinéastes débutants. Enfin bon, c’est surtout le son que l’on vous conseille d’écouter.

Alors décidément, Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède n’a pas été guillotiné tout à fait pour rien et a légué son nom à une rue où la bonne humeur règne, au moins le dimanche.

Avant de repartir vers une nouvelle rue à explorer, nous vous disons : « Saùde » !

Rue Sarrette

Nous vous avions laissé sur un paisible quai de gare à Caudéran à profiter de la douceur du soleil hivernal … Depuis, les éléments se sont déchainés, la Garonne a craché son trop-plein sur nos berges, et Excel nous a fait passer de l’autre côté de la gare… mais cette fois-ci la vraie, la grande : la Gare Saint-Jean. Et l’autre côté, oui c’est bien Belcier, quartier plein de mythes, de préjugés et de fantasmes bordelais.

Rue_sarrette

Pour nous c’est près de la place Ferdinand Buisson, rue Sarrette, que tout commence.

P1030639

Pour ceux qui veulent sortir de l’image basique du quartier « putes (NDLR : ça c’est juste pour notre référencement, on sait que c’est un mot-clé qui cartonne sur Google) – marché de gros – friches industrielles » on vous conseille les itinéraires de ballades patrimoniales publiés par nos sérieux collègues de Bordeaux 2030. On rappellera simplement que nous sommes là dans une des zones historiquement industrielle et ouvrière de la ville. Proximité de la Garonne puis de la gare aidant, de nombreuses industries se sont installées dans le quartier dans la seconde moitié du XIXème siècle. Au XXème siècle le Marché d’Intérêt National de Brienne (sorte de Rungis aquitain) viendra compléter le paysage, et le bruit des camions s’ajoutera à celui des trains.

Avec l’industrie, viennent également les ouvriers. Ceux-ci se logent souvent à proximité, et c’est un véritable quartier d’habitation qui se développe à Belcier. La place Ferdinand Buisson l’illustre encore parfaitement, avec ses allures de place de village où convergent plusieurs rues plantées d’échoppes et autres maisons ouvrières.

A droite : l'école Ferdinand Buisson. Au fond : la place du même nom.

A droite : l’école Ferdinand Buisson. Au fond : la place du même nom.

La rue Sarrette est justement l’une de ces rues. A l’angle de la place, elle accueille une école et un dépôt de pain fermé. Dans l’axe, de petites échoppes sont alignées. Mais le passé n’est pas éternel, et quelques mètres plus loin pointent déjà des immeubles modernes, visiblement bâtis il y a une dizaine d’années pour accompagner le tramway venu s’implanter dans ce quartier longtemps délaissé.

 P1030638

P1030640

Les passants nous confirment qu’avant, la rue avait une vocation industrielle et artisanale affirmée : Outibat qui a aujourd’hui déménagé à deux pas de notre première rue explorée, une casse automobile, les transports Ducros, la verrerie Domec située sur l’actuelle emprise du tramway… C’était des centaines d’ouvriers qui travaillaient et vivaient dans le secteur. Mais voilà, en vingt ans tout a changé : les entreprises ont fermé ou sont parties en périphérie, et les immeubles modernes du nouveau Belcier ont poussé.

Deux époques se côtoient.

Deux époques se côtoient.

Le tram, sur le terrain de l'ancienne verrerie.

Le tram, sur le terrain de l’ancienne verrerie.

Le tramway est même venu couper en deux la rue Sarrette : sur une dizaine de mètres de large, sur l’emprise foncière de la verrerie disparue en 1992, l’allée Eugène Delacroix offre une percée très hausmanienne au bolide de la TBC, percée le long de laquelle on remarque quand même l’îlot Armagnac, ensemble architectural moderne plutôt audacieux, bien que son esthétique suscite le débat jusqu’au sein de l’équipe de Bordeaux 2066.

Le Belcier contemporain

Le Belcier contemporain

Notre rue ne s’arrête pas avec le tramway. Elle le traverse et poursuit son chemin quelques dizaines de mètres plus loin, mais dans un environnement intégralement moderne : plus de maisons ouvrières, plus de passé industriel visible… On pourrait même oublier qu’à deux pas de là était installée il y a encore peu de temps la célèbre boite de nuit / salle de concert du 4 Sans, en lieu et place du siège du bailleur social Gironde Habitat. 

Et les habitants dans tout cela ? Se faisant discrets lors de notre déambulation, on rencontre quand même la pharmacienne, installée depuis quelques années et qui trouve le quartier plutôt calme, en tout cas pas aussi « chaud » que certains le pensent. Les prostituées, la drogue … bien sur il y en a toujours, mais moins qu’avant quand « les filles faisaient n’importe quoi ».

Selon certains leur présence est tout de même fluctuante. Gigi, restauratrice bien connue de Vinjo et qui vit à Belcier nous le confirme : « Bordeaux c’est patrimoine mondial de l’Unesco, mais ce quartier on ne le montre jamais. Il n’y a qu’en ce moment que c’est calme, c’est les élections. Pendant les élections, elles disparaissent, après elles reviennent toujours plus nombreuses. »

Les prostituées à Belcier, un patrimoine intangible ? Vaste débat … en tout cas Gilles nous confirme qu’elles sont bien présentes : « une tous les trois mètres le soir » et parfois violentes (agression à coup de talons aiguilles semble-t-il). Gilles, qui est il ? Il est le dernier fier représentant de la vocation industrielle de la rue Sarrette. Gilles est le patron de Sodigraf, entreprise familiale d’agrafage professionnel (bah quoi, vous n’agrafez jamais rien vous ?) créée par ses parents en 1966. Enfant du quartier, il l’a vu changer, évoluer, et pas toujours en bien selon lui. C’est en tout cas grâce à son accueil et sa générosité que nous avons appris tant de choses sur le quartier, et nous l’en remercions. Rien à dire, ce vendeur d’agrafes nous a scotché !

Farces et agrafes.

Farces et agrafes

Gilles devant sa boutique

Gilles devant sa boutique

Malgré toutes ses qualités, Gilles n’a pas encore la Licence 4. C’est donc à la Brasserie de Belcier que nous terminons notre exploration. Ancien « tripot de quartier un peu louche » (dixit plusieurs riverains) le restaurant a été entièrement retapé par Pascale et Véronique pendant un an, et le résultat est magnifique. Elles servent de bons petits plats à une clientèle d’habitués dans une ambiance sympa et décontractée. On y savoure un filet mignon tout en sirotant notre traditionnelle bière de fin d’exploration (Goudale pression, assez rare pour être signalé).

20140212_125242

En regardant la place, et avec un peu d’imagination, on peut imaginer les grandes heures industrielles de Belcier, quand le va-et-vient des camionnettes n’annonçait pas des relations sexuelles tarifées. Et sur un petit air de Bouga, nous improvisons ceci :

« Tout part et Sarrette ici

Tu contestes ? Prépare ton testament gars.

Belcier, fleuron des quartiers bordelais

Coincé entre la gare et les quais …

Belcier Breakdown »

Gageons que depuis là où il est, Bernard Sarrette, Bordelais fondateur du Conservatoire de Paris, saura apprécier. A bientôt pour la 21ème rue.